mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2200847 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | DJAMAL ABDOU NASSUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 février 2022, M. E B, représenté par Me Djamal, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2022 par laquelle le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance d'un passeport pour sa fille A B ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de délivrer un passeport à sa fille A à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 18 et 20-1 du code civil ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 4 et 5 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les critères retenus par le préfet pour établir le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité, à savoir que
le père ne participe pas réellement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, l'absence de communauté de vie entre les parents et la reconnaissance anticipée de l'enfant, reposent sur des faits matériellement contestables et sont insuffisants pour refuser la délivrance des documents d'identité demandés ; aucune preuve du caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité n'est rapportée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tourre,
- et les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 mai 2021, M. B, ressortissant français, a déposé une demande de passeport français pour sa fille A B, née le 6 février 2021 à Noyal Pontivy. Par une décision du 19 janvier 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Finistère a refusé de délivrer un passeport français à l'enfant A.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 18 du code civil : " est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". Aux termes de l'article 316 du même code : " () la filiation () peut l'être par une reconnaissance de paternité ou de maternité, faite avant ou après la naissance ". Aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande ". Aux termes de l'article 5 de ce décret : " I.- En cas de première demande, le passeport est délivré sur production par le demandeur : / 1° De sa carte nationale d'identité () ; / 2° Ou de sa carte nationale d'identité () ; / 3° Ou d'un passeport d'un autre type () ; / 4° Ou à défaut de produire l'un des titres mentionnés aux alinéas précédents, de son extrait d'acte de naissance de moins de trois mois, comportant l'indication de sa filiation () ".
4. En outre, si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas dans le cadre de l'examen d'une demande de passeport. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité ou d'un passeport pour le compte d'un enfant mineur, que la reconnaissance de cet enfant a été faite dans le seul but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de ce document.
5. Pour refuser de faire droit à la demande de délivrance d'un passeport présentée par le requérant pour l'enfant A, le préfet du Finistère s'est fondé sur " l'existence d'un soupçon de fraude entachant la reconnaissance de paternité de l'enfant par M. B, de nationalité française ", et, dès lors, sur l'existence d'un doute sérieux sur son lien de filiation avec l'enfant. Le préfet se fonde sur l'absence de communauté de vie de M. B avec Mme G, la mère A, la reconnaissance anticipée de cette enfant, la reconnaissance par le requérant d'au moins sept enfants de trois femmes différentes, toutes les trois étrangères entrées en France de manière irrégulière, le fait qu'il ne connaît pas la vie de Mme G, de même qu'elle ignore la sienne, et notamment sa vie maritale avec Mme D, son autre relation avec Mme F et l'existence de ses six autres enfants. Le préfet relève que Mme G est entrée en France de façon irrégulière sans effectuer aucune démarche pour régulariser sa situation et qu'il a saisi le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Vannes d'une procédure en reconnaissance frauduleuse de paternité. Le préfet relève également que M. B dit voir sa fille A tous les week-ends alors qu'il prétend avoir vu sa fille C qui vit en région parisienne avec sa mère Mme F le week-end précédent. Le préfet du Finistère relève, par ailleurs, que M. B a déclaré une fausse adresse de domicile dans l'acte de naissance de l'enfant A, indiquant une adresse commune avec sa mère, Mme G, alors qu'il reconnaît n'avoir jamais résidé à cette adresse. En outre, le préfet relève qu'à la question " pourquoi avoir demandé des papiers pour A ' ", M. B a répondu que c'est " sa fille et
[que] l'assistante sociale a parlé de papiers et [qu'il] ne connaissai[t] pas le procédé " alors que sa compagne actuelle, Mme D, a régularisé sa situation relative au séjour en tant que parent des enfants français reconnus par M. B et que le requérant a déjà formé une requête devant le tribunal administratif de Rennes le 17 août 2018 pour contester la décision de refus de délivrance d'une carte d'identité pour sa fille C, née de Mme F. Enfin, le préfet du Finistère estime que les photographies représentant l'enfant et son père allégué et les différentes factures produites ne suffisent pas à démontrer que M. B contribuerait à l'éducation ou à l'entretien de l'enfant, ou exercerait effectivement son autorité parentale. Il est toutefois constant que M. B, ressortissant français, a reconnu A le 25 janvier 2021 à Mûr-de-Bretagne (Côtes-d'Armor) avant sa naissance le 6 mars 2021. Il ressort des pièces du dossier que les déclarations de Mme G et du requérant sont concordantes sur les circonstances de leur rencontre, leur relation amoureuse et le fait qu'il lui ait demandé d'avorter. Les photographies produites font état de la présence de M. B lors de la naissance A et des liens entretenus avec Mme G et sa fille. Dans ces conditions, l'ensemble des éléments apportés par le préfet du Finistère ne suffit pas à faire naître un doute sur le lien de filiation entre A et M. B et, dès lors, sur la nationalité française de l'enfant. Il suit de là que le préfet du Finistère ne pouvait légalement refuser, pour ce motif, la délivrance du passeport sollicité par M. B.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision refusant de délivrer à M. B le passeport sollicité pour sa fille doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs et sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de M. B, que le préfet du Finistère procède à la délivrance d'un passeport à l'enfant A B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 19 janvier 2022 par laquelle le préfet du Finistère a refusé la délivrance d'un passeport pour la fille de M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère, sous réserve d'un changement dans la situation de fait ou de droit de M. B, de faire droit à la demande de l'intéressé dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
L. Tourre Le président,
Signé
G. Descombes
Le greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026