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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2201024

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2201024

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2201024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMARAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés respectivement les 25 février 2022, 9 février et 23 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Maral, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire prise par la commission nationale d'agrément et de contrôle le 27 février 2022 ;

2°) d'annuler la décision du 16 mars 2022 de rejet de son recours administratif préalable obligatoire prise par la commission nationale d'agrément et de contrôle ;

3°) d'enjoindre à la commission nationale des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification

du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision de refus de délivrance d'une carte professionnelle doit être motivée ; en l'espèce, en l'absence de décision explicite, il doit être considéré que la commission nationale d'agrément et de contrôle n'a pas motivé sa décision ;

- la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest a fait application d'une condition qui n'existait pas lorsqu'il a sollicité une demande d'autorisation provisoire le 17 mars 2021 ; avant l'entrée en vigueur de la loi n° 2021-646 du 25 mai 2021, les ressortissants étrangers n'étaient pas soumis à l'obligation d'être titulaires, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour pour obtenir la délivrance de leur carte professionnelle ; ce faisant, la commission a commis une erreur d'application de la loi dans le temps et a privé d'effet l'autorisation préalable, pourtant devenue définitive, qui lui avait été délivrée le 29 mars 2021 ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 612-20 du code de sécurité intérieure dès lors qu'il remplissait les conditions posées par cet article à la date d'introduction de sa demande ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2023, le conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest sont irrecevables dès lors qu'en application des articles L. 633-3 et R. 633-9 du code de sécurité intérieure, la décision nationale, qui se substitue à la décision de la commission locale, est seule susceptible d'être déférée devant le juge de l'excès de pouvoir ;

- les conclusions dirigées contre la décision implicite de la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) devront être regardées comme dirigées contre sa décision expresse du 16 mars 2022 ;

- aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tourre,

- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,

- et les observations de Me Péres, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité tchadienne, a bénéficié le 29 mars 2021 d'une autorisation préalable pour l'accès à une formation en vue d'exercer une activité privée de sécurité valable du 29 mars au 29 septembre 2021. Il a ensuite sollicité, le 9 novembre 2021, la délivrance de la carte professionnelle prévue à l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure permettant d'exercer une activité privée de sécurité mentionnée à l'article L. 611-1 du même code. Par une décision du 10 décembre 2021, la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest a refusé à M. B la délivrance d'une carte professionnelle au motif qu'il ne justifiait pas être titulaire d'un titre de séjour depuis au moins cinq ans. Le 23 décembre 2021, M. B a exercé un recours administratif préalable obligatoire auprès de la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC). Ce recours a donné lieu à une décision implicite de rejet le 27 février 2022. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision par laquelle cette commission a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 10 décembre 2021 de la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest. La CNAC a, postérieurement à l'enregistrement de la requête, rejeté le recours préalable par une délibération du 16 mars 2022.

Sur les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours administratif préalable :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite de rejet de la CNAC doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 16 mars 2022, par laquelle cette commission a expressément rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. B contestant le refus de délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité.

Sur la décision du 16 mars 2022 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration: " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ".

5. Pour refuser de délivrer à M. B la carte professionnelle d'agent privé de sécurité, la décision attaquée vise les dispositions du code de la sécurité intérieure dont elle fait application et se fonde sur la circonstance que l'intéressé, né le 7 février 1999 et de nationalité tchadienne, n'était pas titulaire d'un titre de séjour avant le 16 octobre 2020 et ne remplit donc pas la condition de détention de titre de séjour depuis au moins cinq ans, conformément au 4° bis de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du code civil : " Les lois et, lorsqu'ils sont publiés au Journal officiel de la République française, les actes administratifs entrent en vigueur à la date qu'ils fixent ou, à défaut, le lendemain de leur publication. Toutefois, l'entrée en vigueur de celles de leurs dispositions dont l'exécution nécessite des mesures d'application est reportée à la date d'entrée en vigueur de ces mesures () ".

7. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au litige issue de la loi n° 2021-646 du 25 mai 2021 pour une sécurité globale préservant les libertés, entrée en vigueur le 27 mai 2021 en l'absence de dispositions dérogatoires ou subordonnant expressément ou nécessairement leur exécution à une condition déterminée : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 4 ° bis Pour un ressortissant étranger ne relevant pas de l'article L. 233-1 du même code, s'il n'est pas titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 612-22 de ce code dans sa rédaction issue de la loi du 25 mai 2021 : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L. 612-20 () ".

8. Sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes de délivrance de la carte professionnelle permettant l'exercice d'une activité salariée de surveillance et de gardiennage, de transport de fonds, de protection physique de personnes ou de protection des navires qui lui sont présentées en application du code de la sécurité intérieure.

9. Pour refuser la délivrance de la carte d'agent de sécurité à M. B, la commission nationale d'agrément et de contrôle s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé n'était pas titulaire d'un titre de séjour depuis au moins cinq ans à la date de sa décision, conformément au 4 bis de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. M. B, dont la demande de carte professionnelle a été déposée après le 27 mai 2021, soutient néanmoins que la CNAC a commis une erreur de droit en lui opposant cette condition pour refuser de faire droit à sa demande, dès lors qu'il avait été autorisé, par une décision de la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest du 29 mars 2021, à suivre une formation de gardiennage et de surveillance humaine et qu'il a obtenu, le 27 septembre 2021, le titre d'agent de prévention et de sécurité à l'issue de sa formation. Toutefois, la décision d'autorisation de suivre une formation, qui est une décision distincte de celle de délivrance de la carte professionnelle, n'a pas eu pour effet de créer à son profit une situation juridiquement constituée s'opposant à ce que lui soit appliquée la condition de la détention d'un titre de séjour depuis au moins cinq ans. Elle est donc sans incidence sur la décision attaquée. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la CNAC a méconnu les dispositions applicables précitées en lui opposant cette condition pour refuser de faire droit à sa demande.

10. En troisième lieu, M. B soutient que, depuis son entrée en France, trois ans auparavant, et avant dans son pays d'origine, il n'a eu aucun comportement susceptible de méconnaître les conditions de probité et de moralité exigées pour l'exercice d'une activité privée de sécurité et produit un casier judiciaire du Tchad vierge. Toutefois, le requérant ne peut utilement faire valoir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, pour refuser de faire droit à sa demande de délivrance d'une carte professionnelle, la commission lui a exclusivement opposé l'absence de titre de séjour depuis au moins cinq ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

L. Tourre Le président,

Signé

G. Descombes

Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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