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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2201030

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2201030

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2201030
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS GRIMALDI MOLINA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2022, Mme B A, représentée par la Selarl Grimaldi et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du recteur de l'académie de Rennes du 29 décembre 2021 lui infligeant une sanction d'abaissement d'échelon ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de l'avis du conseil de discipline dès lors qu'il n'est pas établi que le président de celui-ci ait mis aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires ;

- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits dès lors que les faits qui lui sont imputés ne sont pas étayés ;

- la décision lui infligeant un abaissement d'échelon est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée compte tenu de ses qualités professionnelles évoquées dans ses appréciations professionnelles, de sa situation personnelle, de l'absence de précédente procédure disciplinaire ouverte à son encontre et du fait que certains établissements de la zone de remplacement dans laquelle elle est affectée ne se plaignent pas de son travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2023, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ambert,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est professeure certifiée d'éducation musicale depuis le 1er septembre 1997. Elle a été affectée au collège Max Jacob à Quimper à compter du 1er septembre 2002 puis au collège La Tour d'Auvergne à Quimper à compter du 1er septembre 2005. Le 24 mai 2018, le principal du collège La Tour d'Auvergne de Quimper effectue un signalement au rectorat à la suite de signalements concernant le comportement de Mme A. A compter du 5 novembre 2018, Mme A a été affectée provisoirement dans la zone de remplacement de Quimper et a exercé dans plusieurs établissements. Une procédure disciplinaire a été engagée à son encontre le 15 avril 2021 et la commission administrative paritaire académique siégeant en formation disciplinaire s'est réunie le 30 novembre 2021. Par une décision du 29 décembre 2021, le recteur de l'académie de Rennes lui a infligé un abaissement d'échelon. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le vice de procédure :

2. Aux termes de l'article 8 du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " Le conseil de discipline, au vu des observations écrites produites devant lui et compte tenu, le cas échéant, des déclarations orales de l'intéressé et des témoins ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. / A cette fin, le président du conseil de discipline met aux voix la proposition de sanction la plus sévère parmi celles qui ont été exprimées lors du délibéré. Si cette proposition ne recueille pas l'accord de la majorité des membres présents, le président met aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires en commençant par la plus sévère après la sanction proposée, jusqu'à ce que l'une d'elles recueille un tel accord. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'abaissement d'échelon, soit la sanction la plus sévère évoquée lors du délibéré de la commission administrative paritaire académique siégeant en formation disciplinaire le 30 novembre 2021, a été mise aux voix et a recueilli l'avis favorable de la majorité des membres présents du conseil de discipline avec 18 voix pour sur 35 membres présents. Dès lors que cette proposition de sanction a recueilli l'accord de la majorité des membres présents, le président du conseil de discipline n'était pas tenu de mettre aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires en commençant par la plus sévère après la sanction proposée. Le moyen est ainsi inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne la sanction disciplinaire :

4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

S'agissant de la matérialité des faits :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, dans un rapport du 24 mai 2018, le principal du collège La Tour d'Auvergne à Quimper a évoqué les nombreux retards de Mme A dans la prise en charge de ses élèves, qu'il a lui-même personnellement constatés. Ces retards ont donné lieu à plusieurs rappels à l'ordre de Mme A, qui a été convoquée par ce principal le 14 décembre 2017 sans que cela soit suivi d'effet. Dans un rapport du 20 janvier 2020, le principal du collège Laënnec à Pont-l'Abbé a fait également état des retards réguliers de Mme A et de ses absences à deux réunions avec des parents d'élèves les 19 décembre 2019 et 7 janvier 2020. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A est partie le 26 juin 2020 à 8h15, sans prendre en charge ses élèves. Elle soutient ne pas avoir vu son nom sur le tableau d'organisation. Toutefois, elle ne conteste pas avoir été prévenue de son emploi du temps par voie téléphonique et l'avoir également reçu par courriel. Ces nombreux retards sont également corroborés par des témoignages d'élèves joints au dossier, ainsi que par le rapport du 23 novembre 2020 de la conseillère principale d'éducation du collège Germain Pensivy de Rosporden.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que plusieurs élèves se sont plaints des propos tenus à leur égard par Mme A. Une classe de cinquième a noté et daté les propos désobligeants tenus par Mme A en novembre et décembre 2017. Si Mme A nie avoir tenu ces propos, de nombreux courriers joints au dossier se font l'écho de son comportement inadapté face aux élèves. Dans un courrier du 5 octobre 2018, la fédération des conseils de parents d'élèves alerte le rectorat sur l'attitude de Mme A et sur la souffrance morale de nombreux d'élèves, certains d'entre eux évoquant des idées suicidaires au regard des agissements de Mme A à leur encontre. De nombreux témoignages d'élèves et de parents d'élèves de plusieurs établissements sont joints au dossier et font état de situations dans lesquelles, notamment, Mme A se moque de la voix d'un élève, met en difficulté des élèves timides et n'applique pas les dispositifs spécifiques relatifs à la fourniture de documents aux élèves en situation de handicap. Le rapport du principal du collège La Tour d'Auvergne de Quimper du 24 mai 2018 évoque des " propos et attitudes, abrupts et péremptoires ". Le rapport d'inspection de l'inspecteur d'académie, inspecteur pédagogique régional, du 18 octobre 2018 évoque l'" enseignement frontal " mis en place par Mme A, qui " évacue tout processus d'apprentissage " et met en place des sanctions inadaptées aux élèves. Ce rapport relate les nombreuses exclusions, propos excessifs et vexatoires tenus à l'égard de certains élèves, ce qui a pour effet, pour certains d'entre eux, d'installer des phobies et des comportements d'évitement. Dans un témoignage du 30 novembre 2020, l'infirmière du collège Germain Pensivy à Rosporden relate avoir pris en charge une élève en pleurs à la suite d'un incident avec Mme A et précise avoir reçu à plusieurs reprises, depuis le début de l'année scolaire, des élèves stressés avant les cours de musique de Mme A. Enfin, si Mme A conteste le non-respect du protocole sanitaire et l'absence de port du masque, plusieurs témoignages d'élèves joints au dossier corroborent néanmoins ce fait.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'adjointe-gestionnaire du collège Germain Pensivy à Rosporden relate, dans un témoignage joint au dossier, le ton très agressif de Mme A à son égard. Le principal-adjoint de ce collège, dans un compte-rendu du 30 novembre 2020, relate également le ton véhément de Mme A à l'occasion de l'entretien que le principal du collège et lui ont eu avec Mme A le 27 novembre 2020. Ainsi que cela ressort du rapport du 24 mai 2018 du principal du collège La Tour d'Auvergne de Quimper et du compte-rendu de l'entretien du 21 janvier 2021, tenu par la secrétaire générale adjointe, directrice des ressources humaines du rectorat de l'académie de Rennes, il est particulièrement difficile d'échanger avec Mme A au sujet de ses retards et de ses méthodes d'enseignement.

8. Pour contester les éléments factuels rappelés aux trois points précédents, Mme A se borne à procéder par dénégations et à relever que certains établissements de la zone de remplacement dans laquelle elle est affectée ne se plaignent pas de son travail. Toutefois, compte tenu des multiples signalements et des appréciations gravement défavorables dont Mme A a fait l'objet, provenant de plusieurs établissements distincts et émanant tant des élèves que du corps professoral ainsi que de sa hiérarchie, c'est sans commettre d'erreur de fait que, pour sanctionner Mme A, le recteur s'est fondé, premièrement, sur ses nombreux retards et ses absences injustifiées, deuxièmement, sur son comportement inadapté vis-à-vis des élèves et, troisièmement, sur ses difficultés relationnelles avec sa hiérarchie et ses collègues.

S'agissant des fautes de nature à justifier une sanction :

9. Aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors applicable : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. () ". Aux termes de l'article L. 111-3-1 du code de l'éducation : " L'engagement et l'exemplarité des personnels de l'éducation nationale confortent leur autorité dans la classe et l'établissement et contribuent au lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l'éducation. () ".

10. Eu égard à ce qui a été dit aux points 5 à 8, nonobstant ses compétences en matière musicale et le fait qu'elle a dirigé une chorale au collège La Tour d'Auvergne à Quimper, les nombreux retards de Mme A dans la prise en charge de ses élèves, le comportement inadapté et vexatoire qu'elle a adopté envers eux, notamment envers les plus timides, le ton véhément qu'elle a employé à l'égard de sa hiérarchie et de ses collègues, empêchant tout dialogue avec elle, constituent des manquements, notamment, à l'obligation d'exemplarité qui pèse sur elle en sa qualité d'enseignante. Ces fautes professionnelles, qui nuisent gravement au fonctionnement du service public de l'éducation et au surplus portent atteinte à son image, sont de nature à justifier le prononcé d'une sanction disciplinaire à son encontre.

S'agissant de la proportionnalité de la sanction :

11. Aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. () Deuxième groupe : / () - l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent () ".

12. Eu égard à la gravité des faits mentionnés aux points 5 à 7 ci-dessus et à leur caractère réitéré, et nonobstant l'absence de précédente sanction disciplinaire prononcée à son encontre, le recteur de l'académie de Rennes n'a pas pris une sanction disproportionnée en décidant d'infliger à Mme A un abaissement d'échelon. Mme A n'est ainsi pas fondée à soutenir que la décision du 29 décembre 2021 est entachée d'une erreur d'appréciation.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 29 décembre 2021 infligeant un abaissement d'échelon doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera délivrée pour information au recteur de l'académie de Rennes.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

A. AmbertLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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