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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2201081

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2201081

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2201081
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mars 2022, et un mémoire, enregistré le 23 avril 2024, Mme B C, représentée par Me Stéphane Baron, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, la décision limitant à 3 256,02 euros le montant de son indemnité de licenciement pour inaptitude physique, opposée par l'arrêté du 3 août 2021 pris par le président du centre intercommunal d'action sociale de la communauté d'agglomération Lannion-Trégor Communauté, d'autre part, les décisions rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de procéder, dans un délai de deux mois, à un nouveau calcul du montant de cette indemnité prenant en compte l'ensemble de ses années de service à compter de 2006 ;

3°) de mettre à la charge de Lannion-Trégor Communauté la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le montant de son indemnité de licenciement a été calculé en méconnaissance de l'article 41-1 du décret n° 91-298 du 20 mars 1991 ;

- l'exclusion des périodes durant lesquelles elle a exercé l'activité en qualité d'agente contractuelle conduit à une méconnaissance du principe d'égalité de traitement des fonctionnaires.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 mai 2022 et 12 novembre 2024, le centre intercommunal d'action sociale de Lannion-Trégor Communauté, représenté par la SELARL Coudray-Urbanlaw, demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme C et de mettre à sa charge la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 29 novembre 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 91-298 du 20 mars 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 décembre 2024 à partir de 11h00 :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. A,

- et les observations de Me Hauuy, représentant le centre intercommunal d'action sociale de Lannion-Trégor Communauté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a été titularisée dans le grade d'agent social de deuxième classe à compter du 1er juin 2016 pour occuper un emploi permanent à temps non complet d'auxiliaire de vie. Cette titularisation, qui a fait suite à une période de stage ayant débuté le 1er juin 2015, a été prononcée par un arrêté du 20 mai 2016 pris par le président du syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU) "Aide à domicile Plestin-les-Grèves", établissement public local situé dans le département des Côtes d'Armor. Mme C a été placée en congé de longue maladie du 13 février 2018 au 12 février 2021. Durant cette période, le SIVU qui l'avait recrutée a été dissous à la suite de la création de la communauté d'agglomération dénommée "Lannion-Trégor Communauté". En conséquence, Mme C a été affectée, en qualité d'auxiliaire de vie, au sein du centre intercommunal d'action sociale (CIAS) de cette communauté d'agglomération.

2. Par un arrêté du 3 août 2021, le président du CIAS de Lannion-Trégor Communauté (LTC) a licencié Mme C pour inaptitude physique. Par l'article 2 de cet arrêté, il a fixé à 3 256,02 euros le montant de l'indemnité de licenciement prévue à l'article 41-1 du décret du 20 mars 1991 visé ci-dessus, portant dispositions statutaires applicables aux fonctionnaires territoriaux nommés dans des emplois permanents à temps non complet. Mme C a contesté le montant de cette indemnité par un recours gracieux qui a été rejeté, implicitement, le 11 décembre 2021, puis, expressément, le 4 janvier 2022. Elle demande l'annulation des trois décisions relatives au montant de son indemnité de licenciement mais, dès lors que la décision explicite de rejet de son recours gracieux s'est substituée à la décision implicite de rejet de ce recours, elle doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 3 août 2021 du président du CIAS de LTC limitant à 3 256,02 euros le montant de son indemnité de licenciement pour inaptitude physique, et celle de la décision du 4 janvier 2022 rejetant son recours gracieux visant à obtenir une réévaluation de ce montant.

3. Il est constant que Mme C a exercé, sous le statut d'agente contractuelle de droit public, les fonctions d'auxiliaire de vie à compter du 1er juin 2006 au sein du SIVU "Aide à domicile Plestin-les-Grèves" et jusqu'au 30 mai 2015, veille de sa nomination en qualité de stagiaire dans le grade d'agent social de deuxième classe précédant sa titularisation pour occuper les mêmes fonctions. Il est également constant que le montant de son indemnité de licenciement a été calculé en prenant en compte les seules années de services qu'elle a accomplies en qualité de fonctionnaire.

4. En premier lieu, Mme C soutient que la décision fixant le montant de son indemnité de licenciement est entachée d'une erreur de droit dès lors que les années de service au cours desquelles elle a exercé les fonctions d'auxiliaire de vie en qualité d'agente contractuelle de droit public n'ont pas été prises en compte.

5. Aux termes de l'article 41-1 du décret n° 91-298 du 20 mars 1991 : " Le fonctionnaire licencié pour inaptitude physique perçoit une indemnité de licenciement. / L'indemnité de licenciement est égale à la moitié du traitement mensuel défini à l'article 32 pour chacune des douze premières années de services et au tiers de celui-ci pour chacune des années suivantes, sans pouvoir excéder douze fois le montant de ce traitement. / Le nombre d'années de services est déterminé dans les conditions prévues à l'article 31. () ". Selon l'article 31 de ce même décret : " Sont pris en compte, pour déterminer le montant de l'indemnité, les services accomplis à temps complet auprès d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public territorial, et qui n'ont pas déjà été retenus pour le versement d'une indemnité de licenciement. (). / Les services effectués à temps non complet ou à temps partiel sont pris en compte pour leur durée effective. La durée effective est égale à la période de services effectuée à temps non complet ou partiel multipliée par le quotient obtenu en divisant la durée hebdomadaire de services du fonctionnaire par celle d'un fonctionnaire à temps complet exerçant à temps plein les mêmes fonctions. Tout autre service, civil ou militaire, n'entre pas en ligne de compte. "

6. Il ne résulte pas de ces dispositions qui sont relatives aux modalités de détermination du montant de l'indemnité de licenciement pour inaptitude physique d'un fonctionnaire, lequel est fixé au regard du traitement dont a bénéficié ce fonctionnaire pendant un certain nombre d'années de services accompli en qualité de fonctionnaire, ni d'aucune autre disposition, ni d'aucun principe, en particulier du principe d'égalité de traitement entre les fonctionnaires, que la détermination du calcul de l'indemnité de licenciement pour inaptitude physique d'une agente titulaire devrait intégrer les services qu'elle a accomplis en qualité d'agente contractuelle. Est sans incidence sur l'exclusion de ce calcul de ces années de services, la circonstance que durant ces années ce sont les mêmes fonctions qui ont été exercées auprès du même employeur. Il suit de là que seules les années pendant lesquelles l'agente licenciée a exercé ces fonctions en qualité d'agent titulaire sont prises en compte au titre des années de service pour la mise en œuvre des dispositions précitées de l'article 41-1 du décret du 20 mars 1991. Mme C n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'en excluant, pour le calcul du montant de son indemnité de licenciement pour inaptitude physique, la période correspondant aux années de service durant laquelle elle n'était pas fonctionnaire, le président du CIAS de LTC aurait commis une erreur de droit.

7. En second lieu, s'il ressort des pièces du dossier que l'ancienneté de Mme C dans l'emploi d'auxiliaire de vie qu'elle a exercé en qualité d'agente contractuelle a été prise en compte au moment de sa titularisation dans le grade d'agent social de deuxième classe pour déterminer son échelon et, par suite, le niveau de sa rémunération, cette circonstance n'a pas eu pour objet, ni pour effet, de placer l'intéressé dans une situation similaire, au regard des règles de calcul de l'indemnité de licenciement régie par l'article 41-1 du décret n° 91-298 du 20 mars 1991, à celle d'un agent ayant accompli l'ensemble de ses années de service en qualité de fonctionnaire. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement, lequel ne vise qu'à protéger des agents placés dans une situation identique, ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 août 2021 du président du CIAS de LTC limitant à 3 256,02 euros le montant de l'indemnité de licenciement pour inaptitude physique, ni celle du 4 janvier 2022 rejetant son recours gracieux visant à obtenir une réévaluation de ce montant. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et, en tout état de cause, celles qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

9. Mme C est la partie perdante au sens de cet article, mais, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge une somme à verser au CIAS de LTC au titre des frais qu'il a exposés pour cette instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre intercommunal d'action sociale de Lannion-Trégor Communauté sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre intercommunal d'action sociale de Lannion-Trégor Communauté.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. David Labouysse, président,

M. David Bouju, premier conseiller,

Mme Catherine René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

D. D

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

D. Bouju

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet des Côtes d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201081

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