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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2201161

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2201161

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2201161
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMATEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 mars 2022 et 28 août 2022 et 20 mars 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2022 par laquelle le département du Finistère l'a licencié pour inaptitude physique, ensemble la décision du 14 février 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au département du Finistère de diligenter une nouvelle expertise relative à son inaptitude.

Il soutient que :

- la décision de licenciement fondée sur son inaptitude physique est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car la commission de réforme a fixé son IPP à 3 % ;

- son employeur avait l'obligation de le reclasser ;

- son dossier administratif contient de nombreuses incohérences.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juillet 2022, et 7 mars 2024, le département du Finistère, représenté par la Selarl Valadou - Josselin et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 € soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 97-487 du 12 mai 1997 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pottier,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Allaire, représentant le département du Finistère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté en qualité de surveillant de nuit qualifié stagiaire à compter du 16 juillet 2013, à l'issue d'un concours sur titre organisé par le département du Finistère. La période de stage de M. B a été prolongée pour une durée de six mois à compter du 16 juillet 2014, soit jusqu'au 17 janvier 2015. Le 17 novembre 2014, M. B a été victime d'un accident de travail et a été placé, à ce titre, en congé pour accident de service, puis en congé pour invalidité temporaire imputable au service, du 17 novembre 2014 au 31 janvier 2022. Le 18 novembre 2021, la commission de réforme a rendu un avis favorable à la poursuite de la prise en charge au titre de l'accident de service, et a déclaré M. B inapte définitivement à ses fonctions de surveillant de nuit et d'agent d'entretien ainsi qu'à toutes les fonctions correspondant aux emplois de son grade, mais pas à toutes fonctions. Par courrier du 15 décembre 2021, le département du Finistère a informé M. B de l'avis émis par la commission de réforme et a prolongé son congé pour invalidité temporaire imputable au service ainsi que la prise en charge des soins et des frais correspondants, pour la période du 8 mars 2021 au 31 décembre 2021 inclus. Après en avoir informé préalablement M. B par courrier du 6 janvier 2022, le département du Finistère, par une décision du 8 février 2022, a décidé le licenciement pour inaptitude physique de M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation relative à l'inaptitude totale et définitive de M. B à son poste :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'expert médical sollicité par l'employeur a estimé l'IPP de M. B imputable à l'accident de service à 10 % de façon constante, et a conclu, le 24 mars 2021, à l'inaptitude de l'intéressé à son poste, du fait qu'il est " inapte à la station debout prolongée, à l'utilisation d'escaliers, aux ports de charges, à la conduite prolongée, au travail à genoux, accroupi ou en hauteur, aux gestes éprouvants pour la colonne vertébrale, au travail exposé aux bruits ", ajoutant qu'un " un travail assis nécessite un aménagement de poste : siège ergonomique et prise en charge du trouble auditif ". Cette appréciation correspond également à celle qui a été effectuée dans le cadre de l'examen médical établi par l'organisme associatif ADAPT du Finistère et qui a fixé l'IPP de M. B à 15 % le 3 octobre 2019. En outre il ressort des pièces du dossier que M. B a été placé en arrêt maladie pour invalidité temporaire imputable au service du 17 novembre 2014 au 31 janvier 2022, soit jusqu'à son licenciement pour inaptitude. Si M. B fait valoir que son taux d'IPP fixé à 3 % par l'avis de la commission de réforme du 18 novembre 2021 n'est pas compatible avec une inaptitude définitive à ses fonctions de veilleur de nuit et d'agent d'entretien ainsi qu'à toutes fonctions correspondant aux emplois de son grade, en tout état de cause, il résulte de l'ensemble des expertises et avis médicaux que M. B se trouvait toujours, à la date de son licenciement, en arrêt maladie, et ne se trouvait pas en situation de reprendre ses fonctions de veilleur de nuit ou d'agent d'entretien pour lesquelles il était, compte tenu de son accident de service, inapte physiquement. Par conséquent le moyen tiré de l'erreur d'appréciation entachant la décision le déclarant inapte physiquement de façon définitive et absolue à son poste doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance d'une obligation de reclassement :

3. Aux termes de l'article 5 de la loi susvisée du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Sous réserve des dispositions de l'article 5 bis, nul ne peut avoir la qualité de fonctionnaire : () 5° S'il ne remplit pas les conditions d'aptitude physique exigées pour l'exercice de la fonction () ".

4. Aux termes de l'article 2 de la loi susvisée du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière dans sa rédaction applicable au litige : " Les dispositions du présent titre s'appliquent aux personnes qui, régies par les dispositions du titre premier du statut général, ont été nommées dans un emploi permanent à temps complet ou à temps non complet dont la quotité de travail est au moins égale au mi-temps, et titularisées dans un grade de la hiérarchie des établissements ci-après énumérés : () ". Aux termes de l'article 71 de la même loi : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. () ".

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 31 du décret du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière dans sa rédaction applicable au litige dispose quant à lui : " Sauf lorsqu'il se trouve placé dans l'une des positions de congé prévues aux articles 26 à 29 du présent décret, l'agent stagiaire a droit au congé de maladie, au congé de longue maladie et au congé de longue durée mentionnés aux 2°, 3° et 4° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, dans les conditions fixées par les dispositions législatives et réglementaires applicables aux agents titulaires de la fonction publique hospitalière, sous réserve des dispositions suivantes: / () 2° Lorsque, à l'expiration des droits à congé avec traitement ou d'une période de congé sans traitement accordés pour raison de santé, l'agent stagiaire est reconnu par la commission de réforme inapte à reprendre ses fonctions de façon définitive et absolue, il est licencié ou, s'il a la qualité de fonctionnaire titulaire dans un autre corps, cadre d'emplois ou emploi, il est mis fin à son détachement et l'intéressé est remis à la disposition de son administration d'origine dans les conditions prévues par le statut dont il relève.(). ".

6. Si, en vertu d'un principe général du droit dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés que les règles statutaires applicables aux fonctionnaires, en cas d'inaptitude physique définitive, médicalement constatée, à occuper un emploi, il appartient à l'employeur de reclasser l'intéressé dans un autre emploi et, en cas d'impossibilité, de prononcer son licenciement dans les conditions qui lui sont applicables, ni ce principe général ni les dispositions rappelées ci-dessus de la loi du 9 janvier 1986 et du décret du 12 mai 1997 ne confèrent aux fonctionnaires stagiaires, qui se trouvent dans une situation probatoire et provisoire, un droit, pour toute inaptitude physique définitive, à être reclassés dans l'attente d'une titularisation.

7. Il résulte de ces dispositions que M. B ayant été reconnu inapte définitivement à ses fonctions alors qu'il se trouvait toujours en stage, le département du Finistère était fondé à prendre la décision attaquée sur le fondement des dispositions précitées du 2°) de l'article 31 du décret du 12 mai 1997. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation de reclassement doit être écarté.

8. Enfin la circonstance que la gestion du dossier de M. B ait été entachée d'incohérences dans les déclarations de son employeur quant à son statut ou à son reclassement n'est pas de nature à établir que la décision de licenciement attaquée serait entachée d'illégalité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que le département du Finistère sollicite au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département du Finistère au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département du Finistère.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

signé

F. Pottier

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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