mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2201219 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 mars 2022, Mme B A, représentée par la SERARL Teissonnière Topaloff Lafforgue Andreu et associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 janvier 2022 par laquelle la directrice du centre expert pour les ressources humaines du personnel civil de la défense a partiellement rejeté sa contestation du titre de perception d'un montant de 11 094,51 euros émis le 19 juillet 2021 ;
2°) d'annuler la décision mentionnée dans la décision du 13 janvier 2022 qui aurait été prise le 9 novembre 2020 et " portant admission à la retraite et radiation des contrôles au titre de l'article 87 de la loi de financement 2013 après une cessation anticipée d'activité amiante " ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 13 janvier 2022 est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît la règle fixée par l'arrêt Ternon reprise à l'article 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : aucune décision de retrait ou d'abrogation de la décision créatrice de droits du 2 décembre 2019, fixant sa date de retraite au 9 mai 2020, n'étant intervenue dans le délai de quatre mois suivant sa notification, celle-ci est devenue définitive ;
- la décision du 9 novembre 2020 ne lui a jamais été notifiée et est pas conséquent entachée d'incompétence ;
- elle est illégale dès lors qu'elle est intervenue plus de quatre mois après la décision créatrice de droits du 2 décembre 2019.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 modifiée ;
- l'arrêté du 23 avril 2015 portant délégation des pouvoirs d'ordonnateur du ministre de la défense ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tourre,
- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,
- et les observations de Me Baron, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ouvrière d'État à la Direction des constructions navales (DNCS) devenue Naval group en 2017, a été placée, à sa demande, en cessation anticipée d'activité au titre de l'amiante à compter du 1er janvier 2012, et a perçu, depuis cette date l'allocation mensuelle spécifique de cessation d'activité au titre de l'amiante (ASCAA). Mme A a été placée à la retraite à compter du 9 mai 2020 par décision du 30 septembre 2019, mettant fin automatiquement au bénéfice de l'ASCAA à son départ à la retraite, soit le 8 mai 2020. Toutefois, en octobre 2020, à la suite d'une nouvelle étude du dossier de Mme A par le service des pensions et des risques professionnels, l'administration a estimé qu'une bonification pour enfant de huit trimestres au titre du régime général pouvait être accordée à l'intéressée pour sa fille née en 1974. En conséquence, le centre ministériel de gestion de Lyon a, par décision du 9 novembre 2020, admis Mme A à la retraite à compter du 31 juillet 2018, mettant fin au bénéfice de l'ASCAA au 30 juillet 2018 inclus. Par courrier du 12 mai 2021, le ministère des armées a informé Mme A qu'elle avait perçu un indu d'un montant brut de 32 339,52 euros
qui serait repris par l'émission d'un titre de perception. Le 19 juillet 2021, un titre de perception d'un montant de 11 094,51 euros a été émis à son encontre. Le recours administratif exercé le 6 septembre 2021 contre ce titre a été partiellement rejeté par décision du 13 janvier 2022 qui indiquait à Mme A que l'étude approfondie du titre de perception laissait apparaître deux anomalies au titre du prélèvement à la source et d'un remboursement erroné de cotisations mais qu'elle restait redevable d'un montant de 9 537,78 euros en raison d'une radiation des contrôles à compter du 31 juillet 2018 au lieu du 9 mai 2020. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 13 janvier 2022 portant rejet partiel de son recours administratif préalable ainsi que la décision mentionnée dans la décision du 13 janvier 2022 qui aurait été prise le 9 novembre 2020 " portant admission à la retraite et radiation des contrôles au titre de l'article 87 de la loi de financement 2013 après une cessation anticipée d'activité amiante ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 13 janvier 2022 :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C D, signataire de la décision attaquée, a été nommée, par décision du 23 décembre 2020, directrice du centre expert pour les ressources humaines du personnel civil de la défense à compter du 1er janvier 2021. Elle avait donc, à la date d'édiction de la décision attaquée, cette qualité.
Il résulte de l'application combinée de l'article 2 de l'arrêté du 23 avril 2015 portant délégation des pouvoirs d'ordonnateur du ministre de la défense et de l'annexe II à cet arrêté que la directrice du centre expert pour les ressources humaines du personnel civil de la défense a été instituée ordonnateur secondaire et, qu'à ce titre, elle a reçu délégation de pouvoirs du ministre de la défense pour l'engagement, la liquidation et l'ordonnancement des recettes et des dépenses de programmes du ministère de la défense, dans la limite de ses attributions. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".
4. Mais aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, dans sa rédaction issue de l'article 94 de la loi du 28 décembre 2011 portant loi de finances rectificative pour 2011 : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive () ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui
en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération.
6. Il ressort des pièces du dossier que le 30 septembre 2019, il a été décidé que Mme A serait placée à la retraite à compter du 9 mai 2020 et qu'elle percevrait l'ASCAA jusqu'au 8 mai 2020. Cette décision, dont l'illégalité n'est pas contestée, est devenue définitive, faute pour le ministre des armées d'avoir exercé la possibilité de la retirer dans le délai de quatre mois prévu par l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article 37-1 la loi du 12 avril 2000, dont le ministre des armées se prévaut en défense, que la circonstance que cette décision créatrice de droit irrégulière devenue définitive constitue le fondement des versements litigieux ne fait pas obstacle à l'action en répétition susceptible d'être exercée par l'administration dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement. Par suite, le moyen tiré de ce que le ministre des armées ne pouvait ordonner l'émission d'un titre de recettes contraire à la décision du 30 septembre 2019, devenue définitive et créatrice de droits, doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 13 janvier 2022 par laquelle la directrice du centre expert pour les ressources humaines du personnel civil de la défense a partiellement rejeté sa contestation du titre de perception d'un montant de 11 094,51 euros émis le 19 juillet 2021.
En ce qui concerne la décision du 9 novembre 2020 :
8. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 30 septembre 2019, plaçant Mme A à la retraite à compter du 9 mai 2020 et lui attribuant le bénéfice de l'ASCAA jusqu'à cette date, a été annulée et remplacée par la décision du 9 novembre 2020 plaçant l'intéressée à la retraite à compter du 31 juillet 2018 et lui attribuant le bénéfice de l'ASCAA jusqu'à cette date. La décision contestée, datée du 9 novembre 2020, est intervenue postérieurement à l'expiration du délai de quatre mois fixé par les dispositions citées au point 3 du présent jugement de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être annulée.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués, que Mme A est seulement fondée à soutenir que la décision du 9 novembre 2020 doit être annulée.
Sur les frais liés au litige :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 9 novembre 2020 plaçant Mme A à la retraite à compter du 31 juillet 2018 et lui attribuant le bénéfice de l'ASCAA jusqu'au 30 juillet 2018 inclus est annulée.
Article 2 : L'État versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
La rapporteure,
L. TourreLe président,
G. Descombes
Le greffier,
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026