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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2201236

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2201236

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2201236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rennes a rejeté la requête de Mme B, qui contestait deux arrêtés du préfet des Côtes-d'Armor du 17 janvier 2022 lui refusant l'autorisation d'ouvrir un établissement d'élevage d'animaux d'espèces non domestiques (dont la chasse est autorisée) et la délivrance d'un certificat de capacité. La requérante avait recueilli un faon de chevreuil blessé, mais l'autorité préfectorale avait ordonné son placement dans un refuge. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés par Mme B, notamment la conformité des conditions d'accueil et la prise en compte de ses diplômes et de son expérience, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'environnement, notamment les articles L. 411-1, L. 411-2, L. 413-3 et R. 413-1, ainsi que sur les arrêtés ministériels des 11 septembre 1992 et 8 octobre 2018.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 mars 2022 et 13 mai 2024, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-215 du 17 janvier 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer une autorisation d'ouverture pour un établissement d'élevage d'animaux d'espèces non domestiques dont la chasse est autorisée ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2021-276 du 17 janvier 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un certificat de capacité pour l'entretien et l'élevage d'animaux d'espèces non domestiques ;

3°) d'enjoindre à l'Etat de lui permettre de récupérer le chevreuil qu'elle a été contrainte de céder au refuge du Coat Fur.

Elle soutient que :

- les conditions d'accueil du chevreuil sont conformes à l'arrêté relatif aux conditions de détention des cervidés ;

- elle a été contrainte de signer une attestation de cession du chevreuil au refuge ;

- le chevreuil recueilli n'est pas un animal " d'origine illicite ", dès lors qu'il lui a été amené blessé et qu'elle ne l'a pas dissimulé ;

- les arrêtés attaqués ne prennent pas en considération ses diplômes, la journée de formation effectuée le 4 juin 2021 auprès de la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor et son expérience dans un établissement d'élevage de catégorie A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, le préfet des Côtes-d'Armor conclut, au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté du 11 septembre 1992 relatif aux règles générales de fonctionnement et aux caractéristiques des installations des établissements qui pratiquent des soins sur les animaux de la faune sauvage ;

- l'arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d'animaux d'espèces non domestiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- et les conclusions de M. Martin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir recueilli un faon blessé le 7 mai 2020, Mme B a déposé, le 9 novembre 2020, une déclaration de détention d'animaux d'espèces non domestiques pour un chevreuil. Par une décision du 15 décembre 2020, le directeur départemental de la protection des populations de la préfecture des Côtes-d'Armor a refusé de faire droit à sa demande et lui a ordonné de placer l'animal au refuge de Coat Fur à Lescouët-Gouarec dans un délai d'un mois, ce qui a été fait le 17 février 2021. Le 6 juillet 2021, Mme B a déposé une demande de certificat de capacité et une demande en vue d'exploiter un élevage d'agrément comprenant deux chevreuils. Par deux arrêtés n°s 2021-215 et 2021-276 du 17 janvier 2022, dont Mme B demande l'annulation, le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de faire droit à ses demandes.

2. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : / 1° La destruction ou l'enlèvement des oeufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ; (). ". Selon l'article L. 411-2 du même code : " I. - Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles sont fixées : () 2° La durée et les modalités de mise en œuvre des interdictions prises en application du I de l'article L. 411-1 ; () 6° Les règles que doivent respecter les établissements autorisés à détenir ou élever hors du milieu naturel des spécimens d'espèces mentionnés au 1° ou au 2° du I de l'article L. 411-1 à des fins de conservation et de reproduction de ces espèces ; (). ".

Sur la légalité de l'arrêté portant refus d'ouverture d'un établissement d'élevage :

3. Aux termes de l'article L. 413-3 du code de l'environnement : " Sans préjudice des dispositions en vigueur relatives aux installations classées pour la protection de l'environnement, l'ouverture des établissements d'élevage d'animaux d'espèces non domestiques, de vente, de location, de transit, ainsi que l'ouverture des établissements destinés à la présentation au public de spécimens vivants de la faune locale ou étrangère, doivent faire l'objet d'une autorisation délivrée dans les conditions et selon les modalités fixées par un décret en Conseil d'Etat. () ".

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 413-1 du code de l'environnement :

" () III.- Sont soumis aux dispositions des sections 2,4 et 5 du présent chapitre les établissements d'élevage, de vente et de transit des espèces de gibier dont la chasse est autorisée. () ". Selon l'article R. 413-29 du même code : " I. - Les caractéristiques auxquelles doivent répondre les installations des établissements de la catégorie A et de la catégorie B ainsi que leurs règles générales de fonctionnement sont fixées par arrêtés des ministres chargés de la chasse et de l'agriculture. / II. - Ces dispositions tendent notamment à garantir le bien-être des animaux, la qualité des produits et la protection du patrimoine naturel. / III. - Les arrêtés précisent notamment : / 1° Les modalités d'élevage, d'entretien et de préparation à l'introduction dans le milieu naturel ; / 2° Les règles sanitaires complétant les règles du code rural en matière de lutte contre les maladies des animaux ; / 3° Les exigences en termes de caractéristiques génétiques, morphologiques et éthologiques des animaux. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d'animaux d'espèces non domestiques : " () II. - Toute personne, physique ou morale, qui détient en captivité des animaux d'espèces non domestiques doit satisfaire aux exigences suivantes : / - disposer d'un lieu d'hébergement, d'installations et d'équipements conçus pour garantir le bien-être des animaux hébergés, c'est-à-dire satisfaire à leurs besoins physiologiques et comportementaux ; / - détenir les compétences requises et adaptées à l'espèce et au nombre d'animaux afin que ceux-ci soient maintenus en bon état de santé et d'entretien ;/ - prévenir les risques afférents à sa sécurité ainsi qu'à la sécurité et à la tranquillité des tiers ;/ - prévenir l'introduction des animaux dans le milieu naturel et la transmission de pathologies humaines ou animales. ".

5. Mme B, qui ne peut utilement soutenir que l'enclos dans lequel elle a prévu d'accueillir les deux chevreuils est conforme aux dimensions fixées par la règlementation relative à la détention d'animaux non domestiques, dès lors que cette exigence n'est prévue par aucune disposition règlementaire ni même législative, a prévu d'accueillir deux chevreuils au sein d'un espace clos constitué d'une prairie et de quelques arbres et de les nourrir notamment avec des plantes sèches provenant du milieu non forestier telle que du maïs et du foin. Or, il résulte du rapport de la direction départementale de la protection des populations du 22 novembre 2021, dont les conclusions ne sont pas contestées par la requérante, que cette espèce, vit essentiellement à couvert, qu'elle est grégaire et qu'elle digère peu la nourriture provenant du milieu non forestier. Dans ces conditions, les installations mise en place par la requérante pour accueillir les deux chevreuils ne permettent pas de satisfaire leur besoins physiologiques et comportementaux, qui constituent la garantie de leur bien-être selon l'article 1er de l'arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d'animaux d'espèces non domestiques. Par suite, c'est à bon droit que le préfet des Côtes-d'Armor a considéré que les installations proposées par la requérante dans le dossier de demande d'autorisation n'étaient pas adaptées.

6. En deuxième lieu, il résulte des termes de l'arrêté attaqué, de l'avis de la commission technique du 17 novembre 2021, du rapport de la direction départementale de la protection des populations du 22 novembre 2021 et de l'avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites du 1er décembre 2021 que les termes " d'origine non-licite " désignent le milieu naturel duquel provient l'animal et ceux " d'origine licite " désignent l'établissement autorisé duquel provient l'animal. Il est constant que le chevreuil recueilli par Mme B a été prélevé dans la nature. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que le chevreuil recueilli n'est pas d'origine illicite, nonobstant son intention de ne pas dissimuler cet animal.

7. En troisième lieu, la circonstance que Mme B a été contrainte de signer une attestation de cession lorsqu'elle a déposé le chevreuil qu'elle a recueilli au refuge de Coat-Fur est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

8. Enfin, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la détention de ses diplômes, de sa formation théorique et de son expérience professionnelle pour contester l'arrêté attaqué, dès lors que ces circonstances ne constituent pas le motif du refus de délivrance de l'autorisation en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées contre l'arrêté n° 2021-215 du 17 janvier 2022 doivent être rejetées.

Sur la légalité de l'arrêté portant refus de délivrance du certificat de capacité :

10. D'une part, aux termes de l'article L. 413-2 du code de l'environnement : " I. - Les responsables des établissements d'élevage d'animaux d'espèces non domestiques, de vente, de location, de transit, ainsi que ceux des établissements destinés à la présentation au public de spécimens vivants de la faune locale ou étrangère, doivent être titulaires d'un certificat de capacité pour l'entretien de ces animaux. () ". Aux termes de l'article R. 413-26 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " I. - Pour obtenir le certificat de capacité, le requérant doit présenter au préfet une demande précisant ses nom, prénoms, domicile et le type de qualification générale ou spécialisée sollicitée. / La demande doit être accompagnée des diplômes, des certificats et de toute autre pièce justifiant des connaissances du requérant ou de son expérience professionnelle. / Le ministre chargé de la protection de la nature fixe par arrêté, pris après avis du conseil institué par l'article R. 421-1 et de la commission nationale instituée par l'article R. 413-2, les diplômes ou les conditions d'expérience professionnelle exigés à l'appui de la demande de certificat de capacité./ Des arrêtés conjoints du ministre de l'intérieur, du ministre des affaires étrangères, du ministre chargé de l'économie, des finances et du budget et du ministre chargé de la chasse fixent les détails d'application du présent chapitre en ce qui concerne les conditions de présentation de la demande de délivrance du permis de chasser et de sa validation. ".

11. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 12 décembre 2000 fixant les diplômes et les conditions d'expérience professionnelle requis par l'article R. 413-5 du code de l'environnement pour la délivrance du certificat de capacité pour l'entretien d'animaux d'espèces non domestiques : " Sous réserve des dispositions des articles 2, 3 et 4, à l'appui de leur demande de certificat de capacité pour l'entretien d'animaux d'espèces non domestiques au sein des établissements autres que ceux d'élevage, de vente, de location ou de transit des espèces de gibier dont la chasse est autorisée, les requérants doivent justifier d'une durée minimale d'expérience fixée, en fonction des titres ou diplômes dont ils sont titulaires, à l'annexe I du présent arrêté. / Cette expérience peut avoir été acquise en une ou plusieurs périodes, au sein d'un ou plusieurs établissements, ayant le même type d'activité que celui faisant l'objet de la demande, tel que mentionné à l'annexe I du présent arrêté. / Au sein de ces établissements, l'expérience doit avoir été acquise dans l'entretien d'animaux d'espèces ou de groupes d'espèces faisant l'objet de la demande. / Pour l'application du présent arrêté, est prise en compte l'expérience acquise dans l'exercice des certificats de capacité attribués pour l'élevage, la vente et le transit des espèces de gibier dont la chasse est autorisée. ".

12. Aux termes de l'article R. 413-26 dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté :

" I. - Pour obtenir le certificat de capacité, le requérant doit présenter au préfet une demande précisant ses nom, prénoms, domicile et le type de qualification générale ou spécialisée sollicitée. La demande doit être accompagnée des diplômes, des certificats et de toute autre pièce justifiant des connaissances du requérant ou de son expérience professionnelle. () ".

13. Il résulte de l'article R. 413-1 du code de l'environnement cité au point 4 que les conditions de délivrance d'un certificat de capacité d'un établissement d'élevage des espèces de gibier dont la chasse est autorisée sont déterminées par les dispositions de l'article R. 413-26 du code de l'environnement rappelées ci-dessus. En se fondant sur l'arrêté ministériel du 12 décembre 2000 fixant les diplômes et les conditions d'expérience professionnelle requis par l'article R. 413-5 du code de l'environnement pour refuser de délivrer à la requérante un certificat de capacité, le préfet a donc fait une application erronée de la réglementation.

14. Toutefois, pour refuser de délivrer à Mme B le certificat de capacité en litige, le préfet s'est également fondé sur son absence de connaissance de la règlementation relative aux règles générales de fonctionnement et aux caractéristiques des installations des établissements qui pratiquent des soins sur les animaux de la faune sauvage prévue à l'arrêté ministériel du 11 septembre 1992, mais aussi de la biologie et de la zootechnie du chevreuil et des risques sanitaires, sylvicoles et agricoles résultant de la captivité de cette espèce. La requérante, qui fait seulement valoir qu'elle est titulaire d'un brevet de technicien supérieur agricole et qu'elle a effectué un stage de deux mois dans un établissement de catégorie A, ne conteste pas ce point et le préfet, comme cela ressort des pièces du dossier, aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ces seuls motifs pour prendre la décision contestée, qui n'est donc pas entachée d'illégalité.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées contre l'arrêté n° 2021-276 du 17 janvier 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par la requérante à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera adressée pour information au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

Le président,

signé

E. BerthonLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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