jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2201351 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LAUDRAIN ET GICQUEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mars 2022 et 23 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Gicquel (SCP Gicquel-Desprez), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2021 par lequel le préfet du Morbihan a acté la remise des armes lui appartenant aux services de gendarmerie, a indiqué que la conservation de ces armes était confiée à ces derniers pendant un délai maximum d'un an, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et lui a retiré la validation de son permis de chasser ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la confiscation de ses armes est intervenue préalablement à la notification de l'arrêté attaqué, que le procès-verbal du 12 juillet 2021 sur lequel se fonde l'arrêté attaqué ne lui a pas été communiqué, que l'intervention à son domicile des services de gendarmerie a eu lieu en dehors des heures légales prévues par les dispositions de l'article L. 312-8 du code de la sécurité intérieure, qu'elle aurait dû être effectuée par les services de gendarmerie de Pluvigner qui est la commune de sa résidence et que certaines des armes saisies relèvent de la succession de son père ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure, dès lors qu'il justifie que son comportement ne laisse pas craindre l'utilisation d'une arme dangereuse pour lui-même ou pour autrui.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin,
- les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public,
- et les observations de Me Desprez, substituant Me Gicquel, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un signalement, une intervention du peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie de Lorient a eu lieu au domicile de M. B le 11 juillet 2021 à l'issue de laquelle ont été saisis cinq fusils de calibre 12, une carabine d'un calibre de 22 Long Rifle, deux carabines de calibre 300 Winchester Magnum et des munitions. Par un arrêté du 10 août 2021, notifié le 29 septembre suivant, le préfet du Morbihan, sur le fondement de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure, a acté la remise de ces armes aux services de gendarmerie, a indiqué que la conservation de ces armes était confiée à ces derniers pendant un délai maximum d'un an, a interdit à M. B d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et lui a retiré la validation de son permis de chasser. Par un arrêté du 13 janvier 2022, le préfet du Morbihan a décidé de procéder à la saisie définitive des armes et des munitions du requérant sur le fondement de l'article L. 312-9 du même code. Par un courrier du 19 novembre 2021, reçu le 22 novembre suivant, M. B a formé un recours hiérarchique contre l'arrêté du 10 août 2021. Une décision implicite de rejet de cette demande est née du silence gardé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur cette demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 août 2021 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes, de munitions et de leurs éléments présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie. ".
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure qui en constitue le fondement, fait état des motifs pour lesquels le peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie de Lorient est intervenu au domicile de
M. B le 11 juillet 2021 et lui a confisqué ses armes, indique que l'intéressé a été conduit par le centre de secours de Pluvigner au centre hospitalier Bretagne Atlantique de Vannes et relève que la présence d'armes au domicile de M. B constitue un danger grave et immédiat pour lui-même et pour autrui. Dans ces conditions, le requérant a été mis à même de comprendre les motifs de l'arrêté attaqué. Si l'intéressé se prévaut de l'absence de communication du
procès-verbal des services de gendarmerie du 12 juillet 2021 visé par l'arrêté attaqué, ce dernier en reprend le contenu. En outre, s'il conteste la réalité des faits sur lesquels se fonde l'arrêté attaqué, cette circonstance, qui relève du bien-fondé de l'arrêté attaqué, est sans incidence sur sa motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 312-8 du même code : " L'arme, les munitions et leurs éléments faisant l'objet de la décision prévue à l'article L. 312-7 doivent être remis immédiatement par le détenteur, ou, le cas échéant, par un membre de sa famille ou par une personne susceptible d'agir dans son intérêt, aux services de police ou de gendarmerie. Le commissaire de police ou le commandant de la brigade de gendarmerie peut procéder, sur autorisation du juge des libertés et de la détention, à la saisie de l'arme, des munitions et de leurs éléments entre 6 heures et 21 heures au domicile du détenteur. ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. / Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. ".
6. Les dispositions des articles L. 312-7 et L. 312-8 du code de la sécurité intérieure citées au point 2 et 4 du présent jugement organisent une procédure de remise immédiate des armes sans formalités préalables lorsque le comportement du détenteur de ces armes présente un danger grave pour lui-même ou pour autrui. La circonstance que la notification de l'arrêté attaqué soit intervenue après la remise immédiate des armes est ainsi sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. En outre, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'absence de communication du rapport administratif de la compagnie de gendarmerie départementale de Lorient du 12 juillet 2021 sur lequel se fonde l'arrêté attaqué, dès lors que cette obligation n'est prévue par aucune disposition législative ou règlementaire et qu'en tout état de cause, il n'allègue ni n'établit en avoir sollicité la communication qui constitue une condition du droit d'accès aux documents administratifs selon les dispositions de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration citées au point 5. Le contenu de ce procès-verbal, produit en cours d'instance, était, au surplus, reproduit par l'arrêté attaqué.
7. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, le rapport administratif du 12 juillet 2021 indique que les forces de l'ordre sont intervenues au domicile de M. B le
11 juillet 2021 à 20 heures, soit dans le créneau horaire prévu par les dispositions de l'article L. 312-8 du code de la sécurité intérieure. De plus, M. B n'est pas fondé à invoquer pour les modalités d'organisation des forces de l'ordre lors de l'intervention à son domicile pour contester la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait été privé d'une garantie à cet égard. M. B ne saurait davantage utilement invoquer le délai entre l'incident du 12 juillet 2021 et la date de notification de l'arrêté attaqué, le 29 septembre 2021. Enfin, la procédure de remise immédiate des armes est subordonnée à la seule détention de ces dernières par une personne, indépendamment du statut juridique de ces armes, de sorte que la circonstance que certaines des armes de M. B relèvent du régime de la succession de son père est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré des vices de procédure dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.
8. En dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure dès lors qu'elles ne constituent pas le fondement de l'arrêté attaqué. A supposer que le requérant ait entendu se prévaloir d'un moyen tiré de l'erreur d'appréciation en application des dispositions de l'article L. 312-7 du code cité au point 2, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport administratif de la compagnie de gendarmerie départementale de Lorient du 12 juillet 2021 et de l'attestation du 7 mai 2022 établie par une amie du requérant, que les services de l'ordre sont intervenus à la demande d'une amie de M. B au motif que ce dernier était retranché à son domicile et refusait de lui ouvrir la porte. L'arrêté attaqué indique, sans que cela ne soit contesté par le requérant, que ce dernier a également tenu des propos menaçants à l'égard des services de gendarmerie à l'annonce de leur venue et que le refus de sortir de son domicile et de se rendre a nécessité qu'il soit conduit par le centre de secours de Pluvigner, sous escorte militaire, au centre hospitalier Bretagne Atlantique de Vannes. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas le caractère inadapté et dangereux des conditions de stockage à son domicile des armes et des munitions ainsi que le fait valoir le préfet du Morbihan en défense. L'ensemble de ces circonstances établit ainsi l'existence d'un comportement caractérisant l'existence d'un danger grave pour M. B ou pour autrui. Le constat ultérieur, par un certificat médical du 13 juillet 2021 du médecin médico-psychologique des urgences du centre hospitalier de Vannes, de la stabilité de son état de santé et de l'absence de nécessité d'un suivi psychiatrique, le caractère isolé du comportement du requérant et la passion de ce dernier pour la chasse ne constituent pas des circonstances qui sont de nature à remettre en cause l'existence d'un comportement grave du requérant avant et pendant l'intervention des forces de l'ordre à son domicile. Dans ces conditions, le préfet du Morbihan n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation dans l'application de ces dispositions doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige et les dépens :
10. D'une part, l'instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions en ce sens présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.
11. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Thalabard, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.
La rapporteure,
signé
C. Pellerin
La présidente,
signé
C. GrenierLa greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2201351
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026