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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2201811

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2201811

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2201811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2022, M. K F, représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet du Morbihan refuse de lui délivrer un titre de séjour, lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence à Lorient, l'a obligé à se présenter tous les jours sauf week-end et jours fériés au commissariat de police situé 3, quai de Rohan à Lorient, l'a astreint à remettre son passeport contre une attestation de dépôt et lui a interdit de sortir du périmètre de la ville de Lorient sans autorisation ;

3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre, à tout le moins, au préfet du Morbihan, de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le premier arrêté du 6 avril 2022 est entaché d'incompétence à défaut pour son signataire de justifier d'une délégation de signature régulière et exécutoire ;

- les décisions de refus de titre de séjour, d'obligation de quitter le territoire français sans délai et d'interdiction de retour sont insuffisamment motivées en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le premier arrêté du 6 avril 2022 méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour d'une durée de six mois n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté d'assignation à résidence est entaché d'incompétence à défaut pour son signataire de justifier d'une délégation de signature régulière et exécutoire ;

- il est insuffisamment motivé en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'illégalité par voie d'exception d'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, notamment s'agissant du périmètre de circulation accordé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. I a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant béninois, est entré en France le 26 septembre 2012, muni d'un visa de long séjour afin d'y suivre des études supérieures et a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étudiant jusqu'en juin 2015 puis d'une autorisation provisoire de séjour pour recherche d'emploi en tant qu'étudiant jusqu'au 24 octobre 2016. Il s'est ensuite maintenu en situation irrégulière sur le territoire français. Interpellé le 18 octobre 2018 pour escroquerie en bande organisée, il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français prononcée par un arrêté du préfet du Finistère du 19 octobre 2018 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 13 novembre 2018 et a été placé en détention provisoire à compter du 20 octobre 2018. Il a fait l'objet, alors qu'il était encore incarcéré au centre pénitentiaire de Lorient-Ploemeur, d'un second arrêté portant obligation de quitter le territoire français prononcé le 6 avril 2020 par le préfet du Morbihan, le recours de l'intéressé contre ce second arrêté ayant été rejeté par un second jugement du tribunal du 23 avril 2020. Il n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement après sa levée d'écrou, intervenue le 8 juin 2020, et a finalement présenté le 10 mars 2022 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. F demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet du Morbihan refuse de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le même préfet l'a assigné à résidence à Lorient, l'a obligé à se présenter tous les jours sauf week-end et jours fériés au commissariat de police situé 3, quai de Rohan à Lorient, l'a astreint à remettre son passeport

contre une attestation de dépôt et lui a interdit de sortir du périmètre de la ville de Lorient sans autorisation.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 11 avril 2022, le magistrat désigné a statué sur les conclusions des requêtes de M. F tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'assignant à résidence. Il n'y a plus lieu, pour la formation collégiale du tribunal, que de statuer sur les conclusions des requêtes en tant qu'elles sont dirigées contre les décisions du préfet du Morbihan rejetant la demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 6 avril 2022 a été signé par M. J C, attaché d'administration au bureau des étrangers et de la nationalité. Celui-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par arrêté du 7 juin 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département du Morbihan, à l'effet de signer, en l'absence de M. D H et de Mme G E, notamment les décisions portant refus de titre de séjour, les décisions d'éloignement et les mesures d'exécution de ces arrêtés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées

sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté attaqué vise les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'il a été édicté aux motifs que si l'intéressé a conclu le 18 juin 2021 un pacte civil de solidarité avec Mme B A, de nationalité française, cette circonstance n'emporte pas, à elle seule, la délivrance de plein droit d'un titre

de séjour, qu'il n'a pu justifier d'une vie commune suffisamment ancienne et établie avec sa partenaire, que rien ne s'oppose à ce que sa partenaire le rejoigne au Bénin, que s'il déclare

avoir été professeur bénévole à la maison pour tous, il a également été condamné à deux ans d'emprisonnement pour des faits d'escroquerie et usage de faux dans un document administratif commis de manière habituelle, entre le 1er janvier 2015 et le 18 octobre 2018, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales à l'étranger, compte tenu notamment du fait qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 21 ans. Il comporte ainsi, les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. F est présent en France depuis le mois de septembre 2012, soit depuis presque dix ans à la date de l'arrêté attaqué, et qu'il est pacsé, depuis le 18 juin 2021, avec une personne de nationalité française. Toutefois, d'une part, alors que l'intéressé n'établit pas l'existence d'une vie commune avant le 29 juin 2020, date déclarée aux services de la caisse d'allocations familiales du Morbihan, cette vie commune de même que le pacte civil de solidarité qu'il a conclu présentent un caractère récent et ne sauraient témoigner, à la date de l'arrêté attaqué, de l'existence d'une relation ancienne, intense et stable. D'autre part, l'intéressé a d'abord séjourné en France en qualité d'étudiant, ce qui ne lui donnait pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français, s'est maintenu en situation irrégulière avant d'être incarcéré sur la période du 20 octobre 2018 au 8 juin 2020 pour des faits d'escroquerie en bande organisée et usage de faux dans un document administratif puis s'est encore maintenu sur le territoire français en se soustrayant à deux précédentes obligations de quitter le territoire français. S'il fait valoir qu'il a obtenu plusieurs promesses d'embauche, et alors même qu'il a par ailleurs pu être bénévole depuis près de deux ans au sein du centre social " la Maison pour Tous de Kervénanec " à Lorient ainsi que pour l'Établissement français du sang, il ne justifie pas, compte tenu de cette condamnation encore récente à deux années de prison ferme, d'une intégration remarquable sur le territoire français. Dans ces conditions, bien qu'il ait purgé sa peine et pour louable soit sa volonté de s'amender à l'avenir, le préfet du Morbihan a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que l'intéressé pouvait encore présenter une menace pour l'ordre public. Par suite, M. F n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait, en conséquence, tant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. F dirigées contre la décision lui refusant un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par le requérant.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions de l'article L. 761-1.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. K F et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

Y. I

Le président

Signé

G. Descombes

Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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