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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202233

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202233

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMATEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête n° 2202233, enregistrée le 28 avril 2022, la SCI du Moulin, représentée par Me Pierre-Yves Matel, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 du préfet du Morbihan portant prescriptions complémentaires, en application de l'article L. 211-5 du code de l'environnement, concernant la digue formant l'étang de Tronchâteau ;

2°) à titre subsidiaire, de désigner un expert chargé d'identifier les désordres ou faiblesses affectant la digue de l'étang de Tronchâteau, d'en déterminer les causes, origines et conséquences et les mesures propres à y remédier ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté préfectoral du 30 mars 2022 est entaché d'un vice de procédure, faute d'avoir été précédé d'une étude de danger telle que prescrite par l'article R. 214-115 du code de l'environnement ;

- l'étang de Tronchâteau et son étang relevant de la rubrique n° 21 du tableau de l'article R. 122-2 du code de l'environnement, le préfet ne pouvait lui imposer des prescriptions complémentaires sans prévoir préalablement la réalisation d'une évaluation environnementale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation, la digue ne présentant aucun défaut majeur et aucun risque de rupture ;

- une mesure d'expertise judiciaire doit être mise en œuvre afin d'éclairer la juridiction sur l'état de l'ouvrage en litige, d'identifier les causes, origines et conséquences d'éventuels désordres et de déterminer les mesures propres à les faire disparaître, avec la réalisation, le cas échéant, d'une évaluation environnementale.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 décembre 2022 et 13 décembre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'étang de Tronchâteau et la digue font l'objet depuis plusieurs années, en tant qu'ouvrages hydrauliques, d'un suivi des services de l'Etat afin de concilier les usages liés à la propriété privée de l'étang avec les enjeux de continuité écologique et de sécurité ;

- les services spécialisés de l'Etat ont constaté, à plusieurs reprises, une gestion du barrage contraire à la régulation des crues ainsi qu'une inaptitude structurelle à la régulation des ondes de crues ;

- lors d'une visite sur place le 8 octobre 2021, l'unité de contrôle de la sécurité des ouvrages hydrauliques a constaté que l'état de l'ouvrage était non satisfaisant et préoccupant quant à sa tenue et que le risque de rupture n'était pas négligeable ;

- le barrage de Tronchâteau n'est pas un aménagement hydraulique au sens de l'article R. 562-18 du code de l'environnement ;

- les mesures prescrites à la SCI du Moulin ne nécessitaient pas d'évaluation environnementale préalable, en ce qu'elles portent sur un ouvrage déjà autorisé, qu'elles n'atteignent aucun des seuils de la rubrique n° 21 du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement, qu'elles concernent une action de gestion relevant du dernier alinéa du II de cet article R. 122-2 et qu'elles n'ont pas d'incidences négatives notables sur l'environnement ;

- la SCI du Moulin ne peut soutenir que l'arrêté préfectoral contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la stabilité de l'ouvrage en se prévalant du rapport du Bureau Véritas rédigé en 2015, puisque ce rapport mentionne notamment qu'aucune justification de la stabilité du barrage n'a été transmise et qu'il n'a pu être procédé qu'à une inspection partielle, compte tenu du manque d'entretien de certains accès ;

- les constats des services de l'Etat ont mis en évidence la survenance de débordements par-dessus le barrage et une insuffisance d'entretien de l'ouvrage pour en garantir une tenue pérenne ainsi que l'existence d'un risque réel d'effondrement ;

- compte tenu du risque pour la sureté, il a pu, sans erreur manifeste d'appréciation, prescrire à la SCI du Moulin un diagnostic de sûreté à faire réaliser par un organisme agréé conformément aux dispositions des articles R. 214-129 à R. 214-132 du code de l'environnement, et l'abaissement du plan d'eau au regard des risques pour la qualité de la ressource en eau potable en aval et des risques d'inondation ;

- il ne s'oppose pas à la réalisation d'une expertise contradictoire compte tenu de l'enjeu au regard de la préservation de la ressource en eau potable mais aussi de la protection des populations en raison du risque de rupture de l'ouvrage.

II - Par une requête n° 2301961, enregistrée le 11 avril 2023, la SCI du Moulin, représentée par Me Pierre-Yves Matel, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 du préfet du Morbihan de mise en demeure de mettre en œuvre l'arrêté préfectoral du 30 mars 2022 portant prescriptions complémentaires, en application de l'article L. 211-5 du code de l'environnement, concernant la digue formant l'étang de Tronchâteau ;

2°) à titre subsidiaire, de désigner un expert chargé d'identifier les désordres ou faiblesses affectant la digue de l'étang de Tronchâteau, d'en déterminer les causes, origines et conséquences et les mesures propres à y remédier ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté préfectoral du 6 février 2023 est illégal en ce qu'il se fonde sur l'arrêté préfectoral du 30 mars 2022, lui-même illégal, faute d'avoir été précédé d'une étude de danger et d'une évaluation environnementale ;

- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, la digue ne présentant aucun risque de rupture ;

- elle a entrepris des travaux depuis l'arrêté du 30 mars 2022 de prescriptions complémentaires, ainsi qu'elle en justifie par un constat d'huissier du 24 février 2023 et par la facture de l'entreprise qui est intervenue ;

- une mesure d'expertise judiciaire doit être mise en œuvre afin d'éclairer la juridiction sur l'état de l'ouvrage en litige, d'identifier les causes, origines et conséquences d'éventuels désordres et de déterminer les mesures propres à les faire disparaître, avec la réalisation, le cas échéant, d'une évaluation environnementale.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 octobre 2023 et 13 décembre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tenant à l'illégalité de l'arrêté du 6 février 2023 en ce qu'il se fonde sur l'arrêté du 30 mars 2022, lui-même illégal, est dépourvu de fondement, pour les mêmes motifs que ceux développés dans l'instance n° 2202233 ;

- la SCI du Moulin n'a nullement fait état des travaux réalisés ou qu'elle envisageait de réaliser dans la réponse qu'elle lui a adressée le 27 janvier 2023 après transmission du rapport de manquement administratif ;

- le constat d'huissier du 24 février 2023 ne permet pas de démontrer que les travaux entrepris présentent les garanties de sécurité requises et que le diagnostic de sûreté demandé ne se justifierait plus ;

- il était en situation de compétence liée, en application des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, pour mettre en demeure la SCI du Moulin, dès lors qu'elle ne s'était pas conformée à une prescription préfectorale ;

- la SCI du Moulin cherche à se soustraire à ses obligations, notamment de production d'un diagnostic de sûreté, en sollicitant du tribunal la désignation d'un expert.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thalabard,

- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,

- et les observations de Mme A, Mme C et M. B, tous trois représentant le préfet du Morbihan.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI du Moulin est propriétaire de plusieurs parcelles situées au lieu-dit Tronchâteau, sur le territoire de la commune de Cléguer (Morbihan), sur lesquelles se trouvent, au bord de la rivière du Scorff, un moulin, un étang et un barrage. Le barrage et l'étang - déjà répertorié sur la carte de Cassini - sont référencés, dans leur actuelle configuration, sur les registres du cadastre de 1818. Par un premier arrêté du 30 mars 2022, le préfet du Morbihan a imposé à la SCI du Moulin des prescriptions complémentaires concernant la digue formant l'étang de Tronchâteau. Par un second arrêté du 6 février 2023, le préfet du Morbihan a mis en demeure la SCI du Moulin de se conformer aux prescriptions complémentaires résultant de l'arrêté du 30 mars 2022. Par deux requêtes enregistrées sous les nos 2202233 et 2301961, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, la SCI du Moulin demande l'annulation de ces deux arrêtés préfectoraux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté préfectoral du 30 mars 2022 :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 181-3 du code de l'environnement :

" I. - L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement. () ". L'article L. 181-14 du même code précise que : " L'autorité administrative compétente peut imposer toute prescription complémentaire nécessaire au respect des dispositions des articles L. 181-3 et L. 181-4 à l'occasion de ces modifications, mais aussi à tout moment s'il apparaît que le respect de ces dispositions n'est pas assuré par l'exécution des prescriptions préalablement édictées. ". Selon l'article R. 181-45 dudit code, dans sa version applicable au litige : " Les prescriptions complémentaires prévues par le dernier alinéa de l'article L. 181-14 sont fixées par des arrêtés complémentaires du préfet, après avoir procédé, lorsqu'elles sont nécessaires, à celles des consultations prévues par les articles R. 181-18 et R. 181-22 à R. 181-32. () / Ces arrêtés peuvent imposer les mesures additionnelles que le respect des dispositions des articles L. 181-3 et L. 181-4 rend nécessaire ou atténuer les prescriptions initiales dont le maintien en l'état n'est plus justifié. Ces arrêtés peuvent prescrire, en particulier, la fourniture de précisions ou la mise à jour des informations prévues à la

section 2. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : " I.- Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion prend en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et vise à assurer : / 1° La prévention des inondations et la préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides ; () / 2° La protection des eaux et la lutte contre toute pollution () ; / 3° La restauration de la qualité de ces eaux et leur régénération ; / 4° Le développement, la mobilisation, la création et la protection de la ressource en eau ; / () 7° Le rétablissement de la continuité écologique au sein des bassins hydrographiques. / Un décret en Conseil d'Etat précise les critères retenus pour l'application du 1° et les modalités d'application du 6° du présent I aux activités, installations, ouvrages et travaux relevant des articles L. 214-3 et L. 511-2 dont la demande d'autorisation, la demande d'enregistrement ou la déclaration sont postérieures au 1er janvier 2021, ainsi qu'aux activités, installations, ouvrages et travaux existants. / II.- La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population. Elle doit également permettre de satisfaire ou concilier, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences : / 1° De la vie biologique du milieu récepteur, et spécialement de la faune piscicole et conchylicole ; / 2° De la conservation et du libre écoulement des eaux et de la protection contre les inondations ; / () III.- La gestion équilibrée de la ressource en eau ne fait pas obstacle à la préservation du patrimoine hydraulique, en particulier des moulins hydrauliques et de leurs dépendances, ouvrages aménagés pour l'utilisation de la force hydraulique des cours d'eau, des lacs et des mers, protégé soit au titre des monuments historiques, des abords ou des sites patrimoniaux remarquables en application du livre VI du code du patrimoine, soit en application de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme. ".

4. Enfin, l'article L. 214-1 du code de l'environnement expose que : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants. ". Aux termes de l'article L. 214-3 de ce code : " I.- Sont soumis à autorisation de l'autorité administrative les installations, ouvrages, travaux et activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, d'accroître notablement le risque d'inondation, de porter gravement atteinte à la qualité ou à la diversité du milieu aquatique, notamment aux peuplements piscicoles. / Cette autorisation est l'autorisation environnementale régie par les dispositions du chapitre unique du titre VIII du livre Ier, sans préjudice de l'application des dispositions du présent titre. () ". Selon le II de l'article L. 214-6 du même code : " Les installations, ouvrages et activités déclarés ou autorisés en application d'une législation ou réglementation relative à l'eau antérieure au 4 janvier 1992 sont réputés déclarés ou autorisés en application des dispositions de la présente section. Il en est de même des installations et ouvrages fondés en titre. ".

5. Il résulte de l'instruction que le barrage de l'étang de Tronchâteau, propriété de la SCI du Moulin, est un ouvrage en remblai d'environ sept mètres de haut, dépourvu d'exutoire de fond, qui retient 58 000 m3 d'eau et est construit en pierre et en terre. Il comporte des parements amont et aval maçonnés, trois vannes de décharge situées en rive gauche constituant le déversoir de l'ouvrage et une conduite forcée alimentant une turbine qui prend naissance dans une chambre à l'aval de la vanne meunière. Un ancien moulin est, par ailleurs, adossé au barrage sur la partie droite et une ancienne vanne meunière est présente sur la partie droite du remblai. Le barrage et l'étang de Tronchâteau, regardés par le préfet du Morbihan comme fondés en titre au regard des documents obtenus auprès des archives départementales, se trouvent à 200 mètres en amont de la confluence du ruisseau Saint-Sauveur avec le fleuve côtier Scorff et à 1,7 kilomètres en amont de la prise d'eau potable du pompage de Kereven destinée à l'alimentation de l'agglomération de Lorient.

6. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées du code de l'environnement que le préfet peut imposer à tout moment des prescriptions particulières au propriétaire d'un ouvrage autorisé, si les prescriptions générales édictées en application des articles L. 211-2 et L. 211-3 du code de l'environnement sont insuffisantes pour assurer le respect des objectifs fixés par l'article L. 211-1 du même code. L'édiction de prescriptions particulières peut s'imposer non seulement pour faire face à une évolution de la situation au regard des objectifs de l'article

L. 211-1 mais également pour améliorer cette situation. Contrairement à ce que soutient la SCI du Moulin, aucune disposition législative ou réglementaire ne faisait obligation au préfet du Morbihan de faire précéder l'édiction de prescriptions complémentaires d'une étude de danger, laquelle est, en tout état de cause, à la charge du gestionnaire de l'ouvrage. Il n'est au demeurant pas contesté en réplique que les ouvrages de Tronchâteau ne présentent pas les caractéristiques des aménagements hydrauliques au sens de l'article R. 562-18 du code de l'environnement, que les dispositions de l'article R. 214-115 de ce code soumettent à étude de danger. Par suite, la SCI du Moulin n'est pas fondée à soutenir que l'absence de réalisation préalable d'une étude de danger a entaché l'arrêté du 30 mars 2022 d'un vice de procédure.

7. En deuxième lieu, aux termes du II de l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " Les projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas (). ". L'article R. 122-2 du même code prévoit notamment que : " () II. - Les modifications ou extensions de projets déjà autorisés, qui font entrer ces derniers, dans leur totalité, dans les seuils éventuels fixés dans le tableau annexé ou qui atteignent en elles-mêmes ces seuils font l'objet d'une évaluation environnementale ou d'un examen au cas par cas. / Les autres modifications ou extensions de projets soumis à évaluation environnementale systématique ou relevant d'un examen au cas par cas, qui peuvent avoir des incidences négatives notables sur l'environnement sont soumises à examen au cas par cas. / Sauf dispositions contraires, les travaux d'entretien, de maintenance et de grosses réparations, quels que soient les projets auxquels ils se rapportent, ne sont pas soumis à évaluation environnementale. () ".

8. Par l'arrêté du 30 mars 2022 en litige, le préfet du Morbihan a prescrit à la SCI du Moulin, d'une part, d'abaisser le niveau de la retenue d'eau, et de le maintenir abaissé, par l'enlèvement des trois vannes de l'évacuateur de crue, afin de réduire la charge hydraulique de l'ouvrage et, d'autre part, de procéder à l'entretien régulier et à la surveillance des ouvrages hydrauliques et de leurs dépendances. S'agissant de l'entretien, il est précisé que celui-ci doit notamment porter sur la maîtrise du développement de la végétation sur la totalité de l'ouvrage, sur les organes de sécurité en veillant à l'absence de dépôt gênant l'écoulement de l'eau, en prévoyant une peinture anti-corrosion pour les organes disposant de vanne et un graissage des engrenages, sur la protection contre les dégâts susceptibles d'être occasionnés par les animaux fouisseurs et sur la mise en œuvre d'un plan d'actions de lutte contre la jussie afin d'éviter toute propagation vers l'aval. S'agissant de la surveillance, il est attendu du propriétaire du barrage de Tronchâteau qu'il fasse procéder, à ses frais, par un organisme agréé, à un diagnostic sur les garanties de sûreté de l'ouvrage, lequel sera transmis au préfet dans un délai de six mois, et qu'il s'astreigne à une surveillance régulière, a minima annuelle, comprenant les inspections visuelles de routine et des inspections visuelles après chaque crue, incluant notamment une description exhaustive des désordres éventuels, de leurs évolutions et des opérations de maintenance effectuées et programmées, faisant l'objet de comptes rendus mis à disposition du service de la police de l'eau. Ainsi que le fait valoir le préfet du Morbihan, de telles prescriptions relèvent des travaux d'entretien, de maintenance et de grosses réparations qui sont dispensés d'évaluation environnementale concernant les ouvrages bénéficiant déjà d'une autorisation, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 122-2 du code de l'environnement. En outre, en ce qu'elle se borne à soutenir que la digue de l'étang de Tronchâteau a été identifiée comme un obstacle à la continuité écologique et que l'ouverture de ses vannes, avec déversement d'eau dans le ruisseau Le Pilornec puis dans le fleuve Scorff, aura des conséquences importantes sur l'environnement, la SCI du Moulin ne démontre pas que les prescriptions complémentaires qui lui ont été imposées par le préfet du Morbihan auraient pour effet de modifier la consistance de l'autorisation dont elle bénéficie et ferait entrer l'ouvrage litigieux dans l'un des seuils fixés par le tableau annexé à l'article R. 222-1 du code de l'environnement, notamment à la rubrique n° 21 relative aux barrages et autres installations destinées à retenir les eaux ou à les stocker. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que l'arrêté du 30 mars 2022 serait intervenu aux termes d'une procédure viciée, faute d'avoir été précédé d'une évaluation environnementale.

9. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que les contrôles menés par les services de l'Etat sur le site du barrage de Tronchâteau ont mis en évidence une insuffisance de l'entretien de l'ouvrage et l'existence de désordres susceptibles d'en affecter la solidité. Selon le rapport d'inspection du 17 octobre 2014, il a été constaté un défaut d'entretien du barrage, notamment en ce qui concerne la végétation sur la crête et le parement aval de l'ouvrage, dont la maçonnerie présente une déstructuration ainsi qu'une fuite assez importante. Il a également été relevé que les vannes de décharge étaient fermées le jour de la visite alors même que des précipitations importantes avaient eu lieu les jours précédents. Les rapports des contrôles effectués les 18 février, 7 avril et 18 mai 2015 par l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (ONEMA) font notamment état de vannes entièrement fermées, rendant impossible toute migration piscicole vers l'amont par nage, saut ou reptation et de la réapparition d'anciennes fuites ainsi que de la survenance d'un jaillissement d'eau à la base du mur du moulin adossé à la digue. Ces mêmes constats ont été réitérés par rapports du 5 avril 2016 et du 18 avril 2017. Dans un rapport du 19 octobre 2020, l'inspecteur de l'office français de la biodiversité (OFB), qui s'était, une nouvelle fois, rendu sur place, a déploré que " rien n'a changé depuis l'année 2005 " en soulignant que : " le barrage de l'étang de Tronchâteau génère toujours une interruption chronique de la circulation des poissons migrateurs et du transport suffisant des sédiments " et que " les fuites hydrauliques sous ce barrage perdurent, s'amplifient, et peuvent provoquer sa rupture. Cela générerait un flot de boues qui entrainerait l'arrêt du pompage de Kérévent lequel approvisionne en eau potable Lorient Agglomération ". Enfin, il résulte du relevé d'observations du service de sécurité des ouvrages hydrauliques de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) de Bretagne, rédigé après une visite effectuée le 8 octobre 2021, que malgré la reprise de certains désordres, l'entretien de l'ouvrage demeure insuffisant pour garantir une tenue pérenne de l'ouvrage et que son état est jugé préoccupant. Il est notamment précisé que : " même si une surveillance visuelle est réalisée selon la propriétaire, cette surveillance n'est pas formalisée et n'est pas satisfaisante au regard de l'état de l'ouvrage ". Surtout, il est estimé que : " le risque de rupture n'est pas négligeable, sans que le service de contrôle ne puisse s'engager sur la durée de sa tenue. Son mauvais état perdure depuis des années. La présence de sables dans le conduit meunier peut en être un indicateur. La défaillance (de type érosion interne) pourrait conduire à une rupture de l'ouvrage en quelques heures ou en quelques mois, ce mode de rupture étant très incertain. ". Le même jour, un agent de l'OFB a constaté que le barrage de Tronchâteau interrompait la circulation des poissons migrateurs en les empêchant de parvenir en amont du barrage, en détaillant dans son rapport les facteurs limitant constituant un obstacle infranchissable pour les poissons cherchant à migrer en amont du barrage de Tronchâteau.

10. Alors que le préfet du Morbihan a fondé les prescriptions complémentaires en litige sur les constats réitérés des services spécialisés de l'Etat à l'issue de leurs visites sur place, la SCI du Moulin ne peut se contenter d'alléguer que les risques de rupture de la digue sont insuffisamment démontrés. Elle ne peut se prévaloir utilement du compte rendu de la visite technique approfondie effectuée par le Bureau Véritas en avril 2015 pour contester les insuffisances de l'ouvrage détaillées dans les rapports cités au point 9, en ce que ce document, désormais ancien, ne contredit pas les constatations fondant les prescriptions fixées par l'arrêté préfectoral du 30 mars 2022, notamment en ce qu'il mentionne qu'il n'a pu être procédé qu'à une inspection partielle de l'ouvrage, le manque d'entretien n'ayant pas permis d'accéder à certaines de ses parties et que les documents relatifs à la justification d'ensemble de stabilité de l'ouvrage n'ont pas été transmis. Dans ces conditions, la SCI du Moulin n'établit pas que le préfet du Morbihan aurait commis une erreur d'appréciation en lui imposant les prescriptions complémentaires litigieuses.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la SCI du Moulin tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2022 portant prescriptions complémentaires concernant la digue de l'étang de Tronchâteau doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'arrêté préfectoral du 6 février 2023 :

12. Aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I. -Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. En cas d'urgence, elle fixe, par le même acte ou par un acte distinct, les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement. ".

13. Le préfet du Morbihan fait valoir, sans être contesté, que le 28 avril 2022, les inspecteurs de l'environnement qui se sont rendus sur le site du barrage de Tronchâteau ont constaté que la SCI du Moulin ne s'était pas conformée à la prescription fixée par l'article 1er de l'arrêté du 30 mars 2022, visant, dans un délai de sept jours, à réduire la charge hydraulique de l'ouvrage par enlèvement des trois vannes de l'évacuateur de crues. Le 22 mai 2022, avertis par signalement téléphonique, les inspecteurs ont observé que des travaux de bétonnage étaient en cours, à l'entrée du canal usinier et qu'un batardeau, constitué de terre prélevée côté aval du barrage, avait été construit en amont de celui-ci et devant l'entrée du canal usinier, sans toutefois que la SCI du Moulin n'ait préalablement fait procéder au diagnostic de sûreté, prescrit par l'article 2.2.1 de l'arrêté du 30 mars 2022, destiné à identifier les mesures nécessaires pour remédier aux insuffisances de l'ouvrage, de son entretien et de sa surveillance au regard des impératifs de sécurité des personnes et des biens. Le préfet du Morbihan ajoute qu'un agent de l'OFB a effectué un nouveau constat sur place le 5 janvier 2023, mettant en évidence une fuite formant un jet plongeant. Le 17 janvier 2023, la SCI du Moulin a été rendue destinataire d'un rapport de manquement administratif constatant que le diagnostic de sureté prescrit n'avait pas été transmis au préfet dans le délai de six mois suivant la notification de l'arrêté du 30 mars 2022. La société propriétaire de l'ouvrage n'a fait valoir aucune observation dans le délai de quinze jours qui lui était imparti. Par conséquent, et ainsi qu'il y était tenu en application des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, le préfet du Morbihan a, par un arrêté du 6 février 2023, mis en demeure la SCI du Moulin, d'une part, de satisfaire dans un délai de deux mois à l'obligation fixée par l'article 2.2.1 de l'arrêté du 30 mars 2022 relatif au diagnostic de sûreté et, d'autre part, de mettre en œuvre dans un délai de quinze jours toutes les dispositions nécessaires pour stopper la fuite alimentant le canal de fuite de l'ancien moulin, laquelle provient de la chambre d'alimentation de la turbine visible depuis le pied aval du barrage le long du mur de l'ancien moulin.

14. En premier lieu, ainsi qu'il a été développé aux points 6 à 8, l'arrêté préfectoral du 30 mars 2022 n'est pas entaché d'un vice de procédure tenant à l'absence préalable d'étude de danger ou d'évaluation environnementale. La SCI du Moulin n'est donc pas fondée à soutenir que l'arrêté préfectoral du 6 février 2023 aurait été pris sur le fondement d'un arrêté illégal. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 10, la SCI du Moulin n'établit pas que la digue de Tronchâteau ne présenterait aucun défaut majeur et qu'il n'en résulterait aucun risque de rupture. Si elle produit dans le cadre de l'instance un constat d'huissier daté du 24 février 2023, cette seule pièce, qui n'est pas assortie, ainsi qu'elle le prétend dans ses écritures, de la facture de l'entreprise intervenue en janvier 2023 pour réaliser des travaux destinés à assurer l'étanchéité de la partie de l'ouvrage incriminée, est insuffisante pour justifier tant de l'ampleur des travaux effectivement mis en œuvre que des garanties de sécurité qu'ils présentent. Il n'est, en outre, pas même allégué qu'un diagnostic de sécurité aurait été transmis au préfet. Dans ces conditions, et en l'état de l'instruction, la SCI du Moulin n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté de mise en demeure contesté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la SCI du Moulin tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 février 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'expertise :

17. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. () ".

18. Il incombe, en principe, au juge administratif de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui appartient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis, et que l'expertise présente ainsi un caractère utile.

19. En l'espèce, eu égard aux motifs exposés aux points précédents, il ne résulte pas de l'instruction que l'expertise demandée par la SCI du Moulin soit utile pour la solution des deux litiges dont elle a saisi le tribunal. Par suite, ses conclusions tendant à la désignation d'un expert doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SCI du Moulin demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la SCI du Moulin sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI du Moulin, à la commune de Cléguer et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche.

Une copie du présent jugement sera adressée au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

M. Thalabard

Le président,

signé

E. BerthonLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2202233,2301961

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