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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202242

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202242

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202242
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBLANQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 28 avril 2022 et 2 août 2023, M. B D, représenté par Me Blanquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel le maire de Cancale ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par Mme E portant sur la réalisation d'une piscine enterrée sur sa parcelle cadastrée AK 121 située au 43 C rue de Port-Briac sur le territoire de la commune, ainsi que le rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cancale le versement d'une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision doit justifier de sa compétence ;

- l'arrêté litigieux méconnait les dispositions de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune qui impose que les constructions nouvelles doivent s'implanter en limite séparative ou à une distance minimale de trois mètres, ce qui n'est pas le cas en l'espèce ;

- la parcelle AK 121, objet du litige, comporte une limite latérale ;

- la terrasse existant sur le terrain avant l'exécution du projet litigieux n'a jamais été autorisée ;

- l'arrêté litigieux méconnait également les dispositions des articles UC 1 et UC 4 du PLU ainsi que celles de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'il compromet la salubrité du quartier et si l'arrêté litigieux contient une prescription selon laquelle la vidange de la piscine doit se faire dans le réseau pluvial de la commune, cette prescription est inapplicable car le réseau ne dessert pas cet endroit précis de la commune, selon la carte de gestion des eaux pluviales annexée au PLU.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, la commune de Cancale, représentée par Me Donias de la SARL Martin Avocats, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal fasse application des dispositions des articles L. 600-5 et/ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que soit mis à la charge de M. D le versement d'une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- Mme A disposait d'une délégation régulière lui permettant de signer l'arrêté litigieux ;

- les dispositions de l'article UC 7 du PLU ne s'appliquent qu'aux seules limites séparatives latérales alors que la limite séparant les parcelles 36 et 121 constitue une limite de fond de terrain ;

- le moyen est inopérant dès lors qu'une piscine extérieure n'a pas le caractère d'un bâtiment ;

- la piscine et la terrasse en bois qui l'entoure forment un ensemble et la terrasse rejoint la limite séparative ;

- par sa nature et sa faible importance, la piscine projetée ne peut être regardée comme susceptible de porter atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la bonne tenue du quartier au sens des dispositions de l'article UC 1 du PLU ;

- le fonctionnement en circuit fermé de la piscine n'entraine aucun rejet ni dans le réseau d'eaux pluviales, ni dans les noues ou les zones d'infiltration ;

- le réseau public d'évacuation des eaux pluviales est présent à moins de 100 mètres du terrain d'assiette du projet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras, rapporteur ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,

- et les observations de Me Blanquet représentant M. D et de Me Laville-Collomb, de la SARL Martin Avocats, représentant la commune de Cancale.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, propriétaire d'une maison d'habitation implantée sur la parcelle cadastrée AK 121 située au 43 C rue de Port-Briac, en zone UC 3 du PLU de la commune de Cancale, a déposé en mairie un dossier de déclaration préalable portant sur la construction d'une piscine enterrée et non couverte de 24 m² et entourée d'une terrasse en bois posée sur plots. Par un arrêté du 23 décembre 2021, le maire de Cancale ne s'est pas opposé aux travaux projetés. M. D, demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 25 mai 2020 dûment affiché en mairie du 25 mai au 25 juillet 2020 et transmis au contrôle de légalité le 9 juin 2020, le maire de Cancale a donné délégation à Mme Maude Korsec, conseillère municipale déléguée à l'urbanisme, en vue de signer diverses décisions relevant de ses attributions et notamment les décisions relatives aux déclarations préalables. L'arrêté attaqué en tant qu'il a été signé par Mme A n'est donc pas entaché d'incompétence.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 7 du règlement du PLU :

3. Aux termes de l'article UC 7 du PLU de la commune de Cancale : " () / Lorsque les constructions ne jouxtent pas la limite séparative latérale, la distance horizontale de tout point du bâtiment à édifier au point le plus proche de la limite séparative doit être au moins égale à 2 m en zone UC1, et 3 m en zone UC2 et UC3 ".

4. D'une part, si une piscine non-couverte constitue une construction dont la réalisation est, en application de l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme, soumise à déclaration préalable pour les bassins dont la superficie est inférieure ou égale à cent mètres carrés, elle ne peut être regardée comme un bâtiment au sens des dispositions précitées de l'article UC 7. En outre, et au surplus, une construction enterrée, telle une piscine, n'est pas soumise aux règles de distance et de prospect. Par suite, le moyen tiré par le requérant de ce que l'implantation de la piscine projetée à moins de trois mètres de la limite séparative de la propriété méconnaîtrait les dispositions de l'article UC 7 du PLU doit ainsi être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles UC 1 et UC 4 du règlement du PLU et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

5. Aux termes de l'article UC 1 du PLU de la commune de Cancale : " () / 1.2 Sont interdites les occupations et utilisations du sol suivantes : / Tout type d'installations ou d'utilisations du sol qui par leur destination, leur nature, leur importance ou leur aspect, sont incompatibles avec la salubrité, la tranquillité la sécurité ou la bonne tenue d'un quartier d'habitation ". Aux termes de l'article UC 4 du même PLU : " () / Eaux pluviales : / Tout aménagement réalisé sur un terrain ne doit jamais faire obstacle au libre écoulement des eaux pluviales. Les aménagements réalisés sur un terrain doivent être réalisés de telle sorte qu'ils garantissent l'évacuation des eaux pluviales, de préférence par infiltration dans le sol ou par récupération. / Les mesures de rétention devront être conçues de préférence selon des méthodes alternatives (noues, tranchées et voies drainantes, puits d'infiltration ) à l'utilisation systématique de bassins de rétention. Le raccordement des constructions au réseau de collecte des eaux pluviales s'il existe pourra être imposé par la commune. () / La mise en œuvre d'un prétraitement des eaux pluviales pourra être exigé du pétitionnaire en fonction de la nature des activités exercées ou des enjeux de protection du milieu naturel environnant ". Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

6. Alors que la seule implantation d'une piscine de 24 m² dans la zone UC 3 du PLU de la commune ne peut être regardée en soi comme incompatible avec l'impératif de salubrité énoncé à l'article UC 1 du PLU, il résulte des dispositions de son article UC 4 que le PLU n'a pas entendu limiter la possibilité d'une telle implantation aux seuls secteurs de cette zone qui sont effectivement et directement desservis par un réseau de collecte des eaux pluviales dès lors qu'elles prévoient que, s'il existe, le raccordement des constructions à un tel réseau peut être imposé par la commune. Ainsi, le maire de Cancale n'a commis aucune erreur de droit dans la mise en œuvre de ces dispositions en assortissant son arrêté de non-opposition d'une prescription imposant, " dans l'éventualité d'un rejet au réseau public pour vidange " qu'un tel rejet soit précédé d'une neutralisation du chlore alors même que la parcelle n'est, pour l'heure, pas directement desservie par un tel réseau. Enfin, et pour les mêmes motifs, le maire de Cancale ne peut être regardé, en ne s'opposant pas au projet litigieux dans la limite de la prescription ainsi édictée, n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'irrégularité de la construction de la terrasse :

7. Aux termes de l'article R. 421-11 du code de l'urbanisme : " () En outre dans les sites classés ou en instance de classement, dans les sites patrimoniaux remarquables et dans les abords des monuments historiques, doivent être précédés d'une déclaration préalable : () g) Les terrasses de plain-pied () "

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la terrasse qui préexistait à l'implantation litigieuse et à laquelle le projet substitue une terrasse en bois, construite sur plots autour de la piscine, se situerait dans un site classé ou en instance de classement, dans un site patrimonial remarquable ni dans les abords d'un monument historique. Par suite, la réalisation de cette première terrasse n'avait pas à être précédée d'une quelconque autorisation d'urbanisme en application des dispositions précitées et le maire de Cancale n'était pas tenu d'inviter la pétitionnaire à faire régulariser la situation. Le moyen tiré de ce que la conformité au projet aux dispositions applicables devait être appréciée en tenant compte de l'irrégularité de l'implantation de cette première terrasse doit donc être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la l'arrêté du 23 décembre 2021 présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mis à la charge de la commune de Cancale, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement à M. D de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. D le versement à la commune de Cancale d'une somme de 1 000 euros sur le même fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : M. D versera à la commune de Cancale une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme C E et à la commune de Cancale.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. Terras

Le président,

Signé

E. Kolbert

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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