mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2202346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ALTIUS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mai 2022, Mme A C, représentée par Me Louche, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision notifiée le 8 mars 2022 du commandant de groupement de la gendarmerie départementale du Finistère prononçant à son encontre la sanction de dix jours d'arrêts, assortie d'une dispense d'exécution ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la sanction litigieuse est dépourvue de base légale dès lors qu'elle s'appuie sur une instruction ministérielle, à savoir l'instruction n° 509040/ARM/DCSSA/ESSD du 29 juillet 2021, qui n'était pas exécutoire à défaut d'avoir été publiée sur le site internet du ministère de la défense ;
- la compétence du signataire de l'instruction ministérielle du 29 juillet 2021, qui a servi de fondement à la décision attaquée, n'est pas établie ;
- l'instruction ministérielle du 29 juillet 2021 était abrogée à la date à laquelle la décision attaquée a été prise et a été remplacée par l'instruction n° 514510/ARM/DCSSA/SDD du 7 décembre 2021 qui n'a pas non plus fait l'objet d'une publication sur le site internet du ministère de la défense.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il pouvait se fonder sur l'instruction n° 514510/ARM/DCSSA/SDD du 7 décembre 2021 afin d'édicter la sanction litigieuse et que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ambert,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Manhes, substituant Me Louche et représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C est gendarme depuis 2012 et a été affectée à la brigade de proximité de Pont-l'Abbé. Le 22 novembre 2021, le commandant de la compagnie de gendarmerie départementale de Quimper a demandé qu'une sanction soit infligée à la requérante au motif qu'elle s'était opposée à sa vaccination contre la covid-19. Par une décision notifiée le 8 mars 2022, le commandant de groupement de la gendarmerie départementale du Finistère a sanctionné Mme C de dix jours d'arrêts, assortis d'un sursis d'exécution. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cette sanction.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 4122-13 du code de la défense : " Les obligations en matière de vaccinations applicables aux militaires sont fixées par instruction du ministre de la défense. ". Aux termes de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Font l'objet d'une publication les instructions, les circulaires ainsi que les notes et réponses ministérielles qui comportent une interprétation du droit positif ou une description des procédures administratives. Les instructions et circulaires sont réputées abrogées si elles n'ont pas été publiées, dans des conditions et selon des modalités fixées par décret. () ". Aux termes de l'article R. 312-7 du même code : " Les instructions ou circulaires qui n'ont pas été publiées sur l'un des supports prévus par les dispositions de la présente section ne sont pas applicables et leurs auteurs ne peuvent s'en prévaloir à l'égard des administrés. / A défaut de publication sur l'un de ces supports dans un délai de quatre mois à compter de leur signature, elles sont réputées abrogées. ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la sanction litigieuse a été prise sur le fondement de l'instruction n° 509040/ARM/DCSSA/ESSD relative à la vaccination contre la covid-19 dans les armées du 29 juillet 2021, qui ajoute au calendrier vaccinal des armées la vaccination contre la covid-19. Si la requérante soutient que l'instruction ministérielle du 29 juillet 2021 était abrogée à la date à laquelle la décision attaquée a été prise et a été remplacée par l'instruction n° 514510/ARM/DCSSA/SDD du 7 décembre 2021, il ressort des pièces du dossier que le refus vaccinal, à l'origine de la sanction litigieuse, a été constaté le 11 octobre 2021. L'instruction précitée du 29 juillet 2021 était ainsi en vigueur au moment des faits litigieux.
4. D'autre part, c'est en sa qualité de chef de service et en application de l'article D. 4122-13 du code de la défense que le ministre des armées a précisé les obligations en matière de vaccinations applicables aux militaires. Les dispositions de l'instruction du 29 juillet 2021 revêtent un caractère réglementaire et ne comportent pas une interprétation du droit positif ou une description des procédures administratives. Cette instruction n'entre ainsi pas dans le champ d'application des articles L. 312-2 et R. 312-7 du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort des pièces du dossier que cette instruction a été publiée au bulletin officiel des armées n°37 du 30 juillet 2021, accessible depuis le site intranet du ministère des armées. Mme C ne soutient pas ne pas avoir eu connaissance de son contenu avant l'édiction de la sanction litigieuse. La décision attaquée pouvait ainsi être prise au vu de la méconnaissance d'une obligation vaccinale instituée par l'instruction du 29 juillet 2021, qui était opposable à l'intéressée. Le moyen tiré du défaut de base légale de la sanction litigieuse doit ainsi être écarté en toutes ses branches.
5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que l'instruction du 29 juillet 2021 a été signée par M. B D de E. Ce dernier a été nommé directeur central du service de santé des armées par décret du 28 octobre 2020 et était compétent, en application des dispositions de l'article 1 du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, afin de signer cette instruction. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'instruction du 29 juillet 2021 à raison de l'incompétence de son signataire doit ainsi être écarté.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision notifiée le 8 mars 2022 prononçant une sanction à l'encontre de Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
A. AmbertLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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