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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202715

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202715

jeudi 11 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL ARES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de la commune de Vern-sur-Seiche qui demandait l'annulation de la décision du 24 décembre 2021 approuvant la modification expérimentale des trajectoires de décollage depuis l'aérodrome de Rennes-Saint-Jacques. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, en jugeant que la directrice adjointe de la sécurité de l'aviation civile Ouest bénéficiait d'une délégation de signature régulière du directeur de la sécurité de l'aviation civile, conformément au décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 et à l'arrêté du 18 décembre 2019. La solution retenue est donc le rejet des conclusions à fin d'annulation, sans que les autres moyens de la requête (irrégularité de la procédure d'avis et erreurs d'appréciation) n'aient été examinés dans l'extrait fourni.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mai 2022 et le 15 décembre 2023, la commune de Vern-sur-Seiche, représentée par Me Collet (SELARL Ares), demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 24 décembre 2021 par laquelle la directrice adjointe de la sécurité de l’aviation civile Ouest a approuvé la modification des trajectoires de décollage depuis l’aérodrome de Rennes-Saint-Jacques ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’État.

Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un vice d’incompétence ;
- l’avis de la commission consultative de l’environnement ayant précédé cette décision a été rendu à l’issue d’une procédure irrégulière ;
- la décision de modification des trajectoires de décollage est entachée d’erreurs d’appréciation
.


Par deux mémoires en défense, enregistrés le 24 octobre 2023 et le 27 décembre 2023, le ministre chargé de l’aviation civile conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable à défaut pour le maire d’avoir qualité pour représenter la commune en justice ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’environnement ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement ;
- l’arrêté du 18 décembre 2019 portant organisation de la direction de la sécurité de l’aviation civile ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Villebesseix,
- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,
- et les observations de Me Marie, représentant la commune de Vern-sur-Seiche.



Considérant ce qui suit :

Une étude d’impact relative à la modification des trajectoires des départs depuis l’aérodrome de Rennes-Saint-Jacques vers l’est en direction du sud afin de réduire les nuisances environnementales a été réalisée en 2020. Les résultats de cette étude ont été présentés à la commission consultative de l’environnement et une concertation a été organisée le 1er avril 2021. Le 23 avril 2021, la commission consultative de l’environnement a émis un avis favorable à la modification des trajectoires à titre expérimental. La directrice adjointe de la sécurité de l’aviation civile ouest a approuvé cette modification à titre expérimental le 24 décembre 2021. La commune de Vern-sur-Seiche demande l’annulation de cette décision.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du vice d’incompétence :

Aux termes de l’article 1er du décret susvisé du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : « A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter de l'enregistrement de cet acte au recueil spécial mentionné à l'article L. 861-1 du code de la sécurité intérieure, lorsqu'il est fait application de cet article, ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'État et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : (…) /2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense ; (…). ». Aux termes de l’article 1er de l’arrêté du 18 décembre 2019 portant organisation de la direction de la sécurité de l’aviation civile : « La direction de la sécurité de l'aviation civile, service à compétence nationale, comprend un échelon central et des échelons locaux, les directions interrégionales, répartis sur le territoire européen de la France, dans les départements d'outre- mer et dans les collectivités de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin. ». Aux termes de l’article 3 de cet arrêté : « Les directions interrégionales de la direction de la sécurité de l'aviation civile sont (…) /- la direction de la sécurité de l'aviation civile Ouest (DSAC-O) ; (…). ». L’article 4 de cet arrêté comporte un tableau précisant que le ressort territorial de la direction de la sécurité de l’aviation civile Ouest correspond à la Normandie, à la Bretagne, au Centre-Val de Loire et aux Pays de la Loire. Par une décision du 17 septembre 2021 portant délégation de signature, consultable au bulletin officiel du ministre de la transition écologique et solidaire, le directeur de la sécurité de l’aviation civile a donné délégation à Mme A... B..., directrice adjointe de la direction de la sécurité de l’aviation civile Ouest, ingénieure des études et de l’exploitation de l’aviation civile hors classe, à l’effet de signer, au nom du ministre chargé des transports, « tous actes, arrêtés et décisions, à l’exception des décrets, dans la limite des attributions de la direction de la sécurité de l’aviation civile Ouest mentionnées dans les articles 4 et 7 de la décision du 6 mai 2020 susvisée ». La décision du 6 mai 2020, également consultable au bulletin officiel du ministre de la transition écologique et solidaire prévoit que cette direction est chargée notamment de « l’approbation des procédures de circulation aérienne ». Ainsi, Mme B... était bien compétente pour signer la décision d’approbation de la modification des trajectoires des décollages depuis l’aérodrome de Rennes-Saint-Jacques.

En ce qui concerne le moyen tiré de l’irrégularité de l’avis de la commission consultative de l’environnement :

Aux termes de l’article L. 571-13 du code de l’environnement, dans sa version alors en vigueur : « I. L’autorité administrative peut créer, pour tout aérodrome visé à l'article L. 112- 5 du code de l'urbanisme, une commission consultative de l'environnement. Cette création est de droit lorsque la demande en est faite par une commune dont une partie du territoire est couverte par le plan d'exposition au bruit de l'aérodrome. La création est de droit, également, pour les aérodromes visés au I de l'article 1609 quatervicies A du code général des impôts. /II. La commission est consultée sur toute question d'importance relative à l'aménagement ou à l'exploitation de l'aérodrome qui pourrait avoir une incidence sur l'environnement. Elle peut également, de sa propre initiative, émettre des recommandations sur ces questions. Lorsque l'un des aérodromes visés au I de l'article 1609 quatervicies A du code général des impôts est concerné, les recommandations relatives au bruit sont transmises à l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires. La commission consultative de l'environnement coordonne, le cas échéant, la rédaction des documents écrits qui formalisent les engagements pris par les différentes parties intéressées à l'exploitation de l'aérodrome en vue d'assurer la maîtrise des nuisances liées à cette exploitation. /(…) / XI. Cette commission comprend : / 1° Pour un tiers de ses membres, des représentants des professions aéronautiques ; / 2° Pour un tiers, des représentants des collectivités locales intéressées ; / 3° Pour un tiers, des représentants des associations de riverains de l'aérodrome et des associations de protection de l'environnement et du cadre de vie concernées par l'environnement aéroportuaire. /XII. - Elle est présidée par le représentant de l'État. /XIII. Un décret en Conseil d'État détermine les modalités d'application du présent article. ». Aux termes de l’article R. 571-73 de ce code : « I. Les membres de la commission consultative de l'environnement mentionnés à l'article L. 571-13 sont répartis en trois catégories égales en nombre. La commission comprend : /1° Au titre des professions aéronautiques : / a) Des représentants des personnels exerçant leur activité sur l'aérodrome, désignés par le préfet présidant la commission, sur proposition des organisations syndicales les plus représentatives, les modalités de représentation des personnels relevant du ministre chargé de la défense étant toutefois définies par arrêté de ce ministre / b) Des représentants des usagers de l'aérodrome désignés par le même préfet ; / c) Un ou des représentants de l'exploitant de l'aérodrome désignés par le même préfet, sur proposition de l'exploitant ; / 2° Au titre des représentants des collectivités locales : / a) Des représentants des établissements publics de coopération intercommunale dont au moins une commune membre est concernée par le bruit de l'aérodrome et qui ont compétence en matière de lutte contre les nuisances sonores, élus par les organes délibérants de ces établissements ; / b) Des représentants des communes concernées par le bruit de l'aérodrome n'appartenant pas à l'un des établissements publics de coopération intercommunale mentionnés ci-dessus, désignés par le collège des maires de ces communes ; / c) Des représentants des conseils régionaux et généraux, élus par leurs assemblées respectives ; / 3° Au titre des associations : / a) Des représentants des associations de riverains de l'aérodrome désignés, sur proposition des associations de riverains déclarées, par le préfet présidant la commission ; / b) Des représentants des associations de protection de l'environnement concernées par l'environnement aéroportuaire, désignés par le même préfet. / II. L’élection par le collège des maires des communes concernées, prévue au b du 2° du I, a lieu au scrutin majoritaire à un tour. Le vote peut avoir lieu par correspondance. Le collège des maires est convoqué par le préfet du département concerné. /III. Pour l'application des dispositions du 2° du I, est considérée comme commune concernée toute commune touchée par le plan de gêne sonore tel qu'il est défini par les articles R. 571-66 à R. 571- 69 du présent code ou par le plan d'exposition au bruit mentionné à l'article L. 112-6 du code de l'urbanisme. ». Enfin, aux termes de l’article R. 571-80 du code de l’environnement : « La commission se réunit au moins une fois par an en séance plénière. Elle est également réunie à la demande du tiers au moins de ses membres ou à celle du comité permanent. / La commission ou son comité permanent entend, à sa demande, toute personne affectée par les nuisances sonores résultant des trajectoires de départ, d'attente et d'approche qui ne serait pas représentée au sein de la commission consultative de l'environnement. / En outre, assistent aux réunions de la commission ou du comité permanent, sans voix délibérative, les représentants des administrations intéressées ainsi que, lorsqu'ils n'en sont pas déjà membres et lorsqu'une opération projetée sur le territoire de leur commune est examinée en séance, les maires de ces communes ou leurs représentants. / Les avis de la commission sont motivés et rendus publics. / Pour les aérodromes mentionnés au I de l'article 1609 quatervicies A du code général des impôts, la commission établit un rapport annuel rendant compte de son activité. Ce rapport est rendu public. ».

Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d’une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n’est de nature à entacher d’illégalité la décision prise que s’il ressort des pièces du dossier qu’il a été susceptible d’exercer, en l’espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu’il a privé les intéressés d’une garantie.

En l’espèce, il est constant que le maire de la commune de Vern-sur-Seiche n’a pas assisté à la réunion de la commission consultative de l’environnement du 23 avril 2021. Cependant, la commune a pu faire valoir sa position sur le projet de modification des trajectoires des décollages dans le cadre de la concertation organisée le 1er avril 2021. Le maire a également rédigé un courrier, dont le contenu a été repris dans le compte rendu de cette concertation, qui a été adressé aux membres de la commission consultative de l’environnement avant que celle-ci ne se réunisse afin de rendre son avis. Les membres de cette commission étaient ainsi suffisamment informés de la concertation et notamment de la position de la commune de Vern-sur-Seiche sur le projet. Contrairement aux dires de la requérante, il ne ressort pas des mentions du courrier du maire que celui-ci aurait expressément demandé à être entendu par la commission consultative de l’environnement. Ainsi, dès lors que les membres de la commission ont été informés des réserves de la commune sur la modification des trajectoires et que le maire, même s’il avait assisté à la séance, n’aurait pas eu de voix délibérative, il n’apparait pas que son absence aurait privé les habitants de Vern-sur-Seiche d’une garantie. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que cette absence aurait exercé une influence sur le sens de la décision qui permet seulement une expérimentation de ces nouvelles trajectoires. Par suite, le moyen tiré de l’irrégularité de l’avis de la commission consultative de l’environnement doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l’erreur d’appréciation :

En l’espèce, la requérante n’établit pas que l’étude d’impact serait faussée s’agissant du nombre de personnes impactées par les nuisances sonores. La circonstance que la trajectoire déterminée dans le cadre de l’expérimentation litigieuse ne soit pas respectée ne révèle pas une erreur d’appréciation ou une insuffisance de l’étude d’impact mais seulement une problématique d’exécution de la décision attaquée reconnue par la défense. Il est indiqué, sans que cela soit contesté par la commune de Vern-sur-Seiche, que des mesures sont d’ailleurs mises en œuvre pour assurer le respect de la trajectoire telle que définie par la décision du 24 décembre 2021. La commune n’apporte aucun élément pertinent permettant d’établir que les données de l’étude ont été sous-estimées. Il n’est pas établi que la modification implique le survol de l’oléoduc de Donges. Par ailleurs, la modification concerne les trajectoires des décollages vers l’est qui bifurquent en direction du sud. Or, seuls les décollages en direction de l’est conduisent à un survol des sites « Seveso » présents sur le territoire de la commune de Vern-sur-Seiche. Enfin, il apparait que l’étude d’impact a bien pris en compte l’augmentation de la production de CO₂ du fait de la modification des trajectoires. Il a toutefois été fait le choix de privilégier la réduction des nuisances sonores. La décision d’approbation permet seulement une expérimentation de cette nouvelle trajectoire. Par suite, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non- recevoir opposée en défense, que la requête doit être rejetée.


Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Vern-sur-Seiche demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.






D É C I D E :







Article 1er : La requête de la commune de Vern-sur-Seiche est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Vern-sur-Seiche et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.

Copie en sera adressée à la direction départementale des territoires et de la mer d’Ille-et-Vilaine et à la direction de la sécurité aérienne civile ouest.



Délibéré après l'audience du 27 novembre2025, à laquelle siégeaient :

M. Vennéguès, président,
M. Desbourdes, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025.



La rapporteure,
signé
J. Villebesseix
Le président,
signé
P. Vennéguès


La greffière,


signé


I. Le Vaillant



La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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