jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2202802 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LAGRAVE - JOUTEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mai 2022, Mme C Bry, représentée par la
SCP Lagrave-Jouteux, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident survenu le 2 novembre 2020 ;
2°) d'enjoindre à l'administration de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle rapporte la preuve du comportement déplacé de son supérieur hiérarchique, M. A, qui est constitutif d'un accident de service en ce que ce dernier l'a, à un instant donné, placée dans une situation inextricable puisqu'il lui reprochait de ne pas réaliser un travail qu'elle ne pouvait de facto pas accomplir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme Bry n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tourre,
- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,
- et les observations de Me Madoulé, représentant Mme Bry, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Bry, secrétaire administrative de classe supérieure (catégorie B) au sein du ministère des armées, était déléguée syndicale à temps complet à la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC) depuis 2017, en qualité de secrétaire pour la zone de défense Nord-Ouest à Rennes, avant de présenter sa lettre de démission le 9 novembre 2020 à ce syndicat. Elle a déclaré le 12 novembre 2020 un accident de service survenu le 2 novembre 2020 au cours d'un déménagement des locaux du syndicat CFTC, à la suite d'une altercation avec le président du syndicat. Par décision du 31 mars 2022, la ministre des armées a rejeté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident survenu le 2 novembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article () II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ".
3. Constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.
4. Dans sa déclaration du 12 novembre 2020, Mme Bry a fait état d'une altercation, sans toutefois nommer expressément la personne visée par ses griefs, lors du déménagement des locaux syndicaux vidés par des déménageurs le 2 novembre 2020 : quelqu'un lui aurait demandé " d'envoyer des calendriers, de faire des désignations etc Bref de continuer à travailler dans des conditions qui [lui] paraissaient irréalisables " alors que les travaux n'étaient pas faits dans le futur local et que les affaires étaient stockées dans une pièce d'attente. La requérante décrit avoir ressenti un effondrement avec de violents maux de tête du fait du " manque de concertation, de réflexion, devant l'impréparation de cette période " et " des ordres criés sans dialogue possible ". Elle explique avoir décidé de quitter son lieu de travail pour raisons médicales. À sa déclaration, Mme Bry joint un certificat médical initial établi le 5 novembre 2020 par son médecin traitant qui constate un " burn out, syndrome dépressif réactionnel, épuisement au travail réactionnel aux conditions pouvant porter atteinte à sa santé physique et morale ", justifiant la prescription d'un arrêt de travail ainsi que sa lettre de démission au syndicat du 9 novembre 2020. Par ailleurs, le 25 janvier 2021, Mme Bry a déposé plainte à l'encontre du président du syndicat, M. A, pour harcèlement moral et tenue de propos diffamatoires susceptibles de porter atteinte à sa personne. Le Dr B, médecin psychiatre agréé auprès de l'administration, conclut que " l'état clinique présenté apparaît en lien unique et certain avec les conditions de travail ". La commission de réforme départementale a, au terme de sa séance du 18 février 2022, émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'évènement au motif qu'il doit être reconnu comme étant une maladie professionnelle et non un accident du travail.
5. Par décision du 31 mars 2022 et suivant l'avis de la commission de réforme départementale, le ministre des armées a estimé que faute de rapporter la preuve d'avoir subi des propos vexatoires ou humiliants, les faits survenus le 2 novembre 2020 ne pouvaient être regardés comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur la requérante.
6. Si Mme Bry indique dans sa requête que M. A a eu des propos déplacés et l'a humiliée car elle n'arrivait pas à effectuer son travail tout en gérant le déménagement des bureaux et que la violence de ses propos l'a atteinte, elle ne précise pas davantage que dans sa déclaration d'accident de service la teneur de ces propos. Mme Bry évoque, dans son dépôt de plainte pour harcèlement moral et propos diffamatoires à l'encontre de M. A, le contexte dégradé de ses conditions de travail depuis plusieurs années et le fait qu'elle " [avait] évoqué [sa] démission depuis 2018 ". Elle indique dans sa requête que M. A a " eu un comportement pire le lundi () " en évoquant la journée du 2 novembre 2020 et que " ()
depuis 2017 [elle] avait pris son parti du comportement de M. A mais l'intérêt qu'elle portait à son travail était supérieur à ces désagréments. Toutefois, le comportement de ce dernier le 2 novembre 2020 a été pire que d'habitude () ". Le 29 octobre 2020, soit antérieurement au 2 novembre 2020, Mme Bry allègue un " énième coup de gueule " et une " situation de stress dans laquelle elle se trouvait ", ce qui est attesté par Mme D, trésorière du syndicat CFTC défense zone Nord-Ouest, qui indique qu'elle a une conversation téléphonique avec l'intéressée le 29 octobre 2020 pendant une dizaine de minutes, que cette dernière se trouvait en décompensation psychologique et qu'elle lui a conseillé de quitter son poste de travail et de se rendre à la médecine de prévention. Toutefois, cette attestation ne se rapporte pas à l'altercation du 2 novembre 2020. Dans ces conditions, si la pathologie de Mme Bry apparaît en lien avec le service, elle ne peut être regardée comme la conséquence brutale d'un évènement survenu à une date certaine. Il suit de là que le ministre des armées a pu rejeter la demande d'imputabilité au service d'un accident sans entacher la décision du 31 mars 2022 d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". Aux termes de l'article 911-2 du même code " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé () ".
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme Bry demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme Bry est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C Bry et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
L. TourreLe président,
Signé
G. Descombes
Le greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026