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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202870

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202870

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202870
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2022, M. B C, représenté par Me Roilette, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le préfet du Morbihan lui a refusé le séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à destination de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Morbihan de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à compter de la otification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Morbihan de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'éloignement sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Lafontaine, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant tunisien, est entré en France le 15 janvier 2020 sous couvert d'un visa de court séjour. M. C a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté en date du 15 avril 2022, le préfet du Morbihan a opposé un refus à la demande de titre de séjour de M. C, assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. M. C justifiant du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle, relative à son recours contre l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le préfet du Morbihan lui a refusé le séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à destination de son pays d'origine, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs invoqués à l'encontre des décisions :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 7 juin 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Morbihan n° 56-2021-066 du même jour, le préfet du Morbihan a donné délégation de signature à Mme F E, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité aux fins de signer, notamment, les décisions relatives à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision litigieuse doit, par suite, être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. C, précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris, notamment sa situation administrative, sa situation familiale, l'absence de menace invoquée quant à sa sécurité dans son pays d'origine, et il répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Cette motivation révèle en outre que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre cette décision. Le moyen tiré d'une insuffisante motivation de la décision litigieuse et d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation doit, par suite, être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. C se prévaut de sa vie commune avec une ressortissante française avec laquelle il est lié par un pacte civil de solidarité, non produit à l'instance, depuis le mois de mars 2021, soit à peine un an avant l'intervention de la décision litigieuse du 15 avril 2022. Ce seul acte, au-delà même de son caractère récent, n'est pas à lui seul de nature à justifier de la stabilité et de la durée du lien qui l'unirait avec Mme D avec laquelle il n'a partagé des moments de vie commune qu'à la fin de l'année 2020. Les quelques réunions de famille mentionnées ne démontrent pas à cet égard que cette relation serait continue et intense.

8. En outre, les attestations et témoignages joints à l'appui de la requête, par leur caractère parfois peu circonstancié, et émanant pour la plupart de membres ou de proches de la famille de Mme D, ne sont pas de nature à justifier de la construction et de la permanence d'un réseau relationnel en dehors du seul cercle familial. En outre, les baux d'habitation produits sont au nom de Mme D en qualité de locataire, M. C n'étant mentionné qu'en qualité de simple occupant pour le plus récent. Ainsi, les pièces justifiant d'une vie commune apportées par l'intéressé ne permettent pas, tant en leur qualité qu'en leur quantité, d'établir qu'il aurait fixé durablement sur le territoire français le centre de sa vie privée et familiale.

9. Par ailleurs, M. C est sans charge de famille, il n'atteste pas d'une insertion particulière dans la société française et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu l'essentiel de son existence.

10. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision du 15 avril 2022 méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. C dont le séjour en France est récent est sans charge de famille en France et ne justifie pas de l'absence d'attaches dans son pays d'origine et les éléments relatifs à sa vie conjugale sont insuffisants pour caractériser des motifs exceptionnels justifiant de l'admettre au séjour au titre de la vie privée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Il en résulte que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant le séjour en date du 15 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). ".

16. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le préfet n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation en refusant le titre de séjour sollicité par M. C, au regard notamment des documents qu'il avait produits à l'appui de sa demande et il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée en obligeant l'intéressé à quitter le territoire français. En outre, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans et où il est en mesure de poursuivre sa vie conjugale et aucune circonstance d'ordre personnel ne s'oppose à son retour dans son pays d'origine, la Tunisie. Par ailleurs, il n'est pas soutenu que Mme D ne pourrait être légalement admissible dans le pays d'origine de son compagnon où la langue française est couramment pratiquée.

17. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Morbihan aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées ou aurait méconnu les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le délai de départ :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision d'éloignement n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant un délai de départ de trente jours.

19. En second lieu, M. C n'est pas non plus fondé, au regard des mêmes motifs que retenus précédemment, à se prévaloir de ce que la mesure fixant le délai de départ serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision d'éloignement n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

21. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions du 15 avril 2022 portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire ne portent pas au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et M. C n'est pas non plus fondé, au regard de ces mêmes motifs à se prévaloir de ce que la mesure fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ou aurait méconnu les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2022. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

M. Bozzi, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. A

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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