vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2202930 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, M. A C, représenté par
Me Maony, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Russie comme pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Maony de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure et d'une illégalité formelle de l'avis médical rendu par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une décision du 21 juillet 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Maral, substituant Me Maony, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 16 septembre 2003 en Russie, de nationalité russe, est entré en France le 27 février 2017 alors qu'il était âgé de 13 ans, accompagné de ses parents et de son jeune frère. Les demandes d'asile de ses parents, enregistrées en procédure accélérée le
21 mai 2019, ont été rejetées successivement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 24 août 2020, puis par la Cour nationale du droit d'asile le
2 novembre 2021. M. et Mme C ont sollicité, le 29 décembre 2021, auprès des services de la préfecture du Finistère, leur admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui leur a été refusé par un arrêté du 17 mai 2022 du préfet du Finistère. Leur fils aîné, A C, devenu majeur, a sollicité auprès du même préfet du Finistère un titre de séjour pour raisons de santé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui lui a été refusé par un arrêté du 17 mai 2022 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant la Russie comme pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à compter de l'expiration de ce délai. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il rappelle la nationalité russe et le lieu de naissance du requérant, sa situation familiale et le fait que les autres membres de sa famille présent en France font
eux-mêmes l'objet d'une mesure d'éloignement. Il mentionne que M. C a sollicité un titre de séjour en tant qu'" étranger malade " et précise la teneur de l'avis rendu en dernier lieu, le 4 avril 2022, par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dûment consulté, avis que le préfet a décidé de s'approprier. Alors qu'il n'est ni établi ni même soutenu que le préfet, à l'initiative du requérant qui aurait choisi de lui communiquer des éléments confidentiels le concernant, couverts par le secret médical, disposait de documents autres que l'avis du collège des médecins de l'OFII et qui auraient pu le conduire à s'écarter de celui-ci, une telle motivation révèle que le préfet a, comme il le devait, porté sa propre appréciation sur les faits de l'espèce et décidé, au cas particulier, de s'approprier l'avis susmentionné. L'arrêté attaqué indique aussi que le requérant, scolarisé en France en classe de première générale, ne démontre pas ne pas pouvoir poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine, ni être dépourvu de tout lien dans ce pays, qu'il ne dispose pas de ressources propres ou de revenus professionnels, qu'il ne fait pas état de liens privés ou familiaux en France autres que ceux qui le lient à ses parents et à son frère, et que le refus qui lui est opposé ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté et d'un examen insuffisant par le préfet de la situation particulière du requérant doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ".
4. D'autre part, l'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Selon l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". La teneur et les modalités d'émission de cet avis sont précisées à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles
R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la régularité de la procédure implique notamment, pour respecter les prescriptions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que préalablement à l'avis rendu par ce collège de médecins, un rapport médical, relatif à l'état de santé de la personne intéressée et établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), doit lui être transmis et que le médecin ayant établi ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.
6. En l'espèce, l'avis émis le 4 avril 2022 par le collège des médecins de l'OFII sur l'état de santé de M. C produit par le préfet du Finistère suffit à justifier du respect de la procédure issue des dispositions rappelées aux points 4 et 5. Si le requérant peut être regardé comme invoquant un vice de procédure tenant au fait qu'il n'était pas établi que le collège des médecins de l'OFII aurait émis un avis sur l'ensemble des rubriques visées par l'arrêté du
27 décembre 2016, il ressort néanmoins de cet avis que ce collège s'est prononcé, en formation collégiale, à partir du rapport d'un médecin de l'OFII qui n'est pas membre du collège, sur l'état de santé de M. C, sur les conséquences d'un défaut de prise en charge, sur la possibilité pour l'intéressé de bénéficier effectivement d'un traitement dans son pays d'origine et sur la possibilité pour lui de voyager sans risque vers ce pays. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII doit être écarté.
7. En troisième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII allant dans le sens de ses conclusions doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de destination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. En l'espèce, Il ressort de l'arrêté litigieux que le préfet du Finistère a suivi l'avis rendu le 4 avril 2022 par le collège des médecins de l'OFII, qui a estimé que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Pour contester cette analyse, M. C se borne à produire des certificats médicaux établis par des praticiens hospitaliers antérieurement à l'avis du 4 avril 2022, attestant, d'une part, que, porteur d'un adénome hypophysaire opéré, il " présente une pathologie endocrinologique à répercussion multiviscérale qui nécessite un suivi
très régulier " actuellement assuré par le service d'endocrinologie-diabétologie-maladies métaboliques du CHU de Brest (centre de compétence des maladies endocriniennes rares), et, d'autre part, qu'il est " porteur d'une pathologie rachidienne lourde nécessitant un suivi clinique régulier et pouvant faire l'objet d'une sanction chirurgicale dans un délai pour l'instant non défini ". Ni ces documents médicaux, ni l'attestation traduite du russe le 20 juin 2022 par laquelle un chirurgien orthopédiste de Rostov-sur-le-Don déclare qu'en raison d'un manque d'équipement approprié, une intervention à la clinique municipale de cette ville a été refusée au requérant, n'établissent l'impossibilité d'une poursuite en Russie des soins ou du suivi actuellement prodigués en France. Sur ce point, les extraits cités du journal Le Monde et du dernier rapport d'Amnesty International soulignant les failles du système médical russe, notamment dans le contexte de la pandémie de Covid 19, ne permettent pas de démontrer le caractère erroné de l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII sur la possibilité pour le requérant de bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Russie. Par suite, en l'absence d'éléments suffisants permettant de remettre en cause l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet du Finistère de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, dès lors que le requérant ne démontre pas l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, il n'est pas fondé à se prévaloir, par voie de conséquence, de son illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9o L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Eu égard à ce qui a déjà été dit ci-dessus au point 8 du présent jugement, le préfet du Finistère n'a pas entaché la décision attaquée d'une méconnaissance des dispositions précitées ni d'une erreur manifeste d'appréciation comme il est soutenu. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
13. Si M. C était en France depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée, cette durée s'explique par les démarches engagées, alors qu'il était mineur, par ses parents pour obtenir l'asile, puis par l'instruction de la demande qu'il a présentée lui-même en vue d'être admis au séjour en qualité d'étranger malade. S'il fait valoir son arrivée en France alors qu'il était âgé de 13 ans seulement et non 15 ans et 5 mois comme mentionné dans l'arrêté attaqué, un précédent séjour allégué en France entre septembre 2011 et juillet 2014, et sa scolarisation actuelle en classe de première au lycée du Léon de Landivisiau ainsi que sa convocation aux épreuves anticipées du baccalauréat en juin 2022, ces éléments ne sont pas suffisants pour démontrer une intégration particulièrement remarquable au plan social, culturel ou professionnel, M. C ne soutenant pas, par ailleurs, être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où sont susceptibles d'être reconduits d'office ses deux parents et son plus jeune frère. Il ne peut être considéré, dans ces conditions, que le préfet du Finistère aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de ce que, en prononçant son éloignement, le préfet du Finistère aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, dès lors que le requérant ne démontre pas l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à se prévaloir, par voie de conséquence, de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
16. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
17. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
18. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement,
M. C n'établit pas, en se prévalant de son état de santé et de l'impossibilité d'une prise en charge de celui-ci en Russie, que le préfet du Finistère aurait entaché sa décision d'une méconnaissance ou d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions et stipulations citées aux points 16 et 17 ci-dessus. D'autre part, en se bornant à faire valoir que compte tenu de " la situation géopolitique actuelle et de la provenance géographique de M. C, au sud-ouest de la Russie, un renvoi vers la Russie porterait nécessairement atteinte aux dispositions précitées ", le requérant n'établit pas l'existence, à la date de la décision attaquée, d'un risque personnel et actuel qu'il soit exposé à des traitements contraires aux dispositions et stipulations précitées en cas de retour en Russie.
19. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
G.-V. B L'assesseur le plus ancien,
Signé
M. DLa greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2202930
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026