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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202979

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202979

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202979
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, Mme C B épouse D représentée par Me Maony demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité qui entache le refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité qui entache l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 24 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport E A,

- et les observations de Me Maony, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

1. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il décrit de manière particulièrement circonstanciée la situation administrative E D et les éléments de sa situation personnelle et familiale en faisant notamment état de la présence en France de son époux et de ses trois enfants majeurs. Il ne ressort ni de ses termes, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Finistère n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation E D avant de prendre sa décision. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de la décision attaquée et d'un défaut d'examen complet de la situation E D doivent être écartés.

2. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Si cet article permet à l'autorité préfectorale de délivrer, au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " à des ressortissants étrangers qui ne satisfont pas aux conditions requises pour prétendre à ces titres, cette faculté est toutefois subordonnée à la condition que l'admission au séjour du demandeur réponde à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir.

3. Mme D, née en 1969, se prévaut de sa présence en France depuis juin 2012, ainsi que de celle de ses enfants et petits-enfants, de son frère et de sa sœur, se déclarant très attachée à sa famille. Toutefois si Mme D s'est maintenue régulièrement en France durant l'examen de sa demande d'asile puis du 6 octobre 2015 au 2 août 2017, période au cours de laquelle elle a obtenu une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé, l'intéressée a fait par la suite l'objet à deux reprises les 25 septembre 2018 et 20 août 2020, de refus de titre de séjour et d'obligations de quitter le territoire français auxquelles elle ne s'est pas conformée en dépit du rejet par les juridictions administratives de ses recours contre ces décisions. Bien que les trois fils majeurs E D soient, à la date de l'arrêté attaqué, en situation régulière sur le territoire français, étant toutefois relevé au vu des documents produits que la carte de séjour temporaire de l'un d'eux expire le 24 juin 2022 et qu'un autre dispose seulement d'un récépissé de demande de carte de séjour temporaire valable jusqu'au 24 mai 2022, l'intéressée n'a pas vocation à s'établir durablement avec ses enfants dès lors que ceux-ci sont susceptibles de constituer leur propre cellule familiale, ce qui est le cas pour l'un d'eux, marié avec une ressortissante française et père de deux enfants. L'époux E D en situation irrégulière sur le territoire français a également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en 2018 dont la légalité a été confirmée par le tribunal et la cour administrative d'appel de Nantes. Mme D n'établit pas être dépourvue de tout lien familial ou personnel en Albanie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans. Si la requérante fait valoir qu'elle parle très bien le français, qu'elle justifie de son implication dans des activités bénévoles et produit plusieurs attestations pour démontrer son intégration sur le territoire français, ces éléments pour louables qu'ils soient ne permettent pas de considérer qu'elle justifie de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors par ailleurs que sa situation en France demeure précaire, en l'absence notamment de ressources propres lui permettant à elle et son époux de subvenir à leurs besoins, Mme D ne démontrant pas une inaptitude au travail. Au regard de l'ensemble de ces éléments ainsi que de l'objet de la décision en litige, qui n'est pas de nature à faire obstacle à ce que la requérante puisse venir en France y rencontrer les membres de sa famille, le préfet du Finistère n'a pas, en refusant à Mme D un titre de séjour, méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de la requérante.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'illégalité du refus de séjour opposé à Mme D n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de ce refus, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Mme D fait état de son lien avec ses petites-filles nées respectivement en 2017 et en 2019 dont elle assure la garde lorsque leurs parents travaillent. Toutefois, la décision en litige ne peut être regardée comme portant préjudice à leur intérêt supérieur dès lors que ces enfants bénéficient de la présence de leurs parents à leurs côtés et que l'obligation de quitter le territoire français n'a pas pour effet de les séparer durablement de leur grand-mère, cette obligation n'étant pas assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

9. En premier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français opposée à Mme D n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écartée.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "; Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

11. Si Mme D soutient qu'elle souffre d'une pathologie somatique et psychique pour laquelle elle bénéficie d'un suivi en France, il ne ressort pas des documents médicaux qu'elle produit, qu'elle ne pourrait bénéficier d'un suivi approprié dans son pays d'origine, alors que sa demande de titre de séjour pour raison de santé a fait l'objet d'un refus par le préfet du Finistère le 20 août 2020 dont la légalité a été confirmée par le tribunal. Par suite, Mme D n'établit pas être exposée à des peines ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête E D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. ALe président,

signé

N.TronelLa greffière d'audience,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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