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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203034

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203034

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203034
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 14 juin 2022, 5 octobre 2022 et 10 octobre 2022, M. F A B et Mme H A B, représentés par la SELARL Beauvois - Picard - Bernard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel le maire de Gâvres a délivré un permis de construire à M. et Mme D en vue de l'édification d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section AB n° 352 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Gâvres la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers frais et dépens de la procédure.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est illégal dès lors que la démolition du mobil-home et du cabanon présents sur le terrain d'assiette n'a pas été autorisée par un permis de démolir ;

- le dossier de demande de permis de construire est entaché d'inexactitudes et d'incohérences en ce qui concerne, en premier lieu, les cotes des plans, en deuxième lieu, les éléments extérieurs du chauffage par pompe à chaleur, les sorties de toiture, les cheminées, évents et VMC, en troisième lieu, le portillon donnant sur le chemin public et, en dernier lieu, le respect par le projet du plan de prévention des risques littoraux ;

- le projet méconnaît le plan de prévention des risques littoraux dès lors, d'une part, qu'un ruisseau passant sur le terrain d'assiette a été comblé et, d'autre part, que l'article 1er du chapitre 2 du titre Ier de ce plan interdit les constructions ;

- le classement de la parcelle supportant la construction en zones UBA1 et UBA2 est entaché d'illégalité ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme dès lors que le mobil-home n'a pas fait l'objet d'un permis de construire.

Par un mémoire, enregistré le 3 septembre 2022, Mme C D et M. E D, représentés par Me Bardoul, concluent au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- les requérants n'ont pas d'intérêt à agir, dès lors qu'ils n'établissent pas que le projet porte atteinte aux conditions de jouissance de leur bien ;

- pour le surplus, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistré les 12 septembre 2022 et 24 octobre 2022, la commune de Gâvres, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blanchard,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Colas, représentant la commune de Gâvres, et de Me Geffroy, représentant M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 3 décembre 2021, le maire de Gâvres a délivré un permis de construire à M. et Mme D en vue de l'édification d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section AB n° 352. M. et Mme A B en demandent l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme (). ".

3. En l'espèce, M. G A I, maire de Gâvres, commune couverte par un plan local d'urbanisme, était compétent, en application des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme, pour signer l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur du permis de construire doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : () ; b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". L'article R. 431-9 du même code dispose : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () ".

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. Il ressort des pièces du dossier que le plan de masse, le plan de façades et le plan de coupe détaillent les cotes altimétriques du terrain d'assiette et de la maison d'habitation, en de nombreux points. La seule circonstance que certaines de ces cotes soient entachées d'incohérences minimes n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. De même, si le dossier de demande ne comporte pas de précisions quant à l'implantation des éléments extérieurs de la pompe à chaleur, cette seule circonstance, alors que les requérants n'indiquent pas les règles d'urbanisme qui auraient été méconnues, n'a pas davantage d'incidence sur l'appréciation portée par le service instructeur sur la demande de permis de construire. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que le dossier de demande ne contient aucune précision quant aux cheminées, sorties de toiture, évents et bouches d'aération de VMC, il apparaît qu'une cheminée est mentionnée sur le plan de toiture tandis que M. et Mme A B n'établissent pas l'existence des sorties de toiture, évents et bouches d'aération de VMC dont ils allèguent l'omission dans le dossier de demande.

7. Si les requérants soutiennent également que le dossier de demande de permis de construire ne comporte aucun élément permettant d'apprécier la prise en compte du plan de prévention des risques littoraux, ils ne précisent pas laquelle des pièces ou des informations prévues par le code de l'urbanisme ou le plan de prévention des risques littoraux aurait été omise par les pétitionnaires.

8. Enfin, si le projet de construction mentionnait sur le plan de masse initialement joint au dossier de demande de permis de construire l'ouverture d'un portillon donnant sur le chemin public situé à l'est du terrain, il résulte du plan de masse modificatif transmis à la commune pendant l'instruction de la demande que ce portillon n'est plus prévu dans le projet objet de l'arrêté attaqué. La circonstance que la notice descriptive accompagnant le plan de masse mentionne encore un portillon doit ainsi être regardée comme une erreur. Dans ces conditions, le projet de portillon devant être considéré comme abandonné, le moyen tiré de ce que le dossier de demande de permis de construire serait entaché d'inexactitudes et d'incohérences doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'urbanisme : " Les démolitions de constructions existantes doivent être précédées de la délivrance d'un permis de démolir lorsque la construction relève d'une protection particulière définie par décret en Conseil d'Etat ou est située dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instaurer le permis de démolir ". L'article R. 421-27 du même code prévoit : " Doivent être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction située dans une commune ou une partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instituer le permis de démolir ". L'article R. 421-28 dispose : " Doivent en outre être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction : a) Située dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application de l'article L. 631-1 du code du patrimoine ; b) Située dans les abords des monuments historiques définis à l'article L. 621-30 du code du patrimoine ou inscrite au titre des monuments historiques ; c) Située dans le périmètre d'une opération de restauration immobilière définie à l'article L. 313-4 ; d) Située dans un site inscrit ou un site classé ou en instance de classement en application des articles L. 341-1 et L. 341-2 du code de l'environnement ; e) Identifiée comme devant être protégée en étant située à l'intérieur d'un périmètre délimité par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu en application de l'article L. 151-19 ou de l'article L. 151-23, ou, lorsqu'elle est située sur un territoire non couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu, identifiée comme présentant un intérêt patrimonial, paysager ou écologique, en application de l'article L. 111-22, par une délibération du conseil municipal prise après l'accomplissement de l'enquête publique prévue à ce même article ".

10. Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " () II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. () En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci ".

11. En l'espèce, d'une part, le mobil-home et le cabanon se trouvant sur le terrain d'assiette, destinés à être démolis avant l'édification de la maison objet du permis de construire attaqué, se trouvent à moins de 500 mètres du dolmen de Goëren, classé au titre des monuments historiques. Cependant les abords de ce monument ont été délimités par un arrêté du préfet du Morbihan du 6 avril 2015 et le terrain d'assiette du projet n'est pas inclus dans ce périmètre. Il est, en outre, constant que le mobil-home et le cabanon n'entrent dans aucune des autres catégories visées à l'article R. 421-28 du code de l'urbanisme imposant la délivrance d'un permis de démolir. D'autre part, le conseil municipal de la commune de Gâvres n'a institué aucune obligation en matière de permis de démolir sur tout ou partie du territoire de la commune. Le règlement du plan local d'urbanisme de Gâvres se borne à renvoyer aux règles prévues à l'article R. 421-28 du code de l'urbanisme. Ainsi, aucun permis de démolir n'était nécessaire s'agissant du mobil-home et du cabanon se trouvant sur le terrain d'assiette. Le moyen tiré de ce que la démolition de ces constructions n'a pas été autorisée par un permis de démolir doit, par suite, être écarté.

12. En quatrième lieu, l'article 1er du chapitre 2 du titre Ier du règlement du plan de prévention des risques littoraux, applicable à la zone orange de ce plan, correspondant à un aléa moyen, dispose : " Sont interdits : a) toute construction, installation, ouvrage, aménagements nouveaux ou tout remblai " sauf certaines exceptions visées à l'article suivant.

13. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la maison d'habitation objet du permis de construire attaqué sera édifiée dans la partie de la parcelle cadastrée section AB n° 352 se trouvant en zone bleue du plan de prévention des risques littoraux, correspondant à un aléa faible. D'autre part, si les requérants soutiennent que le terrain d'assiette comportait un ruisseau qui a été comblé, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'acte par lequel M. et Mme D ont acquis la parcelle en cause que ce comblement est antérieur à 2019 et qu'il n'a pas été réalisé en vue de la construction de la maison litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du règlement du plan de prévention des risques littoraux doit être écarté en ses deux branches.

14. En cinquième lieu, si le permis de construire ne peut être délivré que pour un projet qui respecte la réglementation d'urbanisme en vigueur, il ne constitue pas un acte d'application de cette réglementation. Par suite, un requérant demandant l'annulation d'un permis de construire ne saurait utilement se borner à soutenir qu'il a été délivré sous l'empire d'un document d'urbanisme illégal, quelle que soit la nature de l'illégalité dont il se prévaut. Cependant, il résulte de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme que la déclaration d'illégalité d'un document d'urbanisme a, au même titre que son annulation pour excès de pouvoir, pour effet de remettre en vigueur le document d'urbanisme immédiatement antérieur. Dès lors, il peut être utilement soutenu devant le juge qu'un permis de construire a été délivré sous l'empire d'un document d'urbanisme illégal - sous réserve, en ce qui concerne les vices de forme ou de procédure, des dispositions de l'article L. 600-1 du même code -, à la condition que le requérant fasse en outre valoir que ce permis méconnaît les dispositions pertinentes ainsi remises en vigueur.

15. En l'espèce, les requérants se bornent à soutenir que le classement en zones UBA1 et UBA2 de la parcelle supportant la construction litigieuse serait entaché d'illégalité, sans faire valoir que le permis méconnaîtrait également les dispositions pertinentes du document d'urbanisme immédiatement antérieur. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du plan local d'urbanisme doit être écarté comme inopérant.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la

construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. / Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : () 5° Lorsque la construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis ".

17. En l'espèce, la réalisation de la maison d'habitation objet du permis de construire attaqué implique le démantèlement d'une construction présente sur le terrain d'assiette, présentée comme un mobil-home dans le dossier de demande. Les requérants soutiennent que cette construction n'a pas fait l'objet d'un permis de construire, de sorte que le permis de construire demandé pour la maison d'habitation n'aurait pu être délivré qu'après la délivrance d'un permis de construire régularisant la construction non autorisée. Toutefois, les dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme ne peuvent être utilement opposées à un permis de construire lorsque la destruction en totalité du ou des constructions édifiées irrégulièrement sur la parcelle d'assiette du projet est prévue et qu'il autorise ainsi une construction nouvelle sur une parcelle ne comportant plus de construction. Le projet litigieux prévoit en l'espèce la démolition totale de la construction désignée comme un mobil-home. Ainsi, à supposer que cette construction ait été irrégulière, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme doit être écarté comme inopérant.

18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par M. et Mme D, que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel le maire de Gâvres a délivré un permis de construire à M. et Mme D en vue de l'édification d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section AB n° 352 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre solidairement à la charge de de M. et Mme A B la somme de 750 euros à verser respectivement à M. et Mme D, d'une part, et à la commune de Gâvres, d'autre part, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Gâvres, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

20. En l'absence de dépens exposés par les parties dans la présente instance, les conclusions présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative par M. et Mme A B doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A B est rejetée.

Article 2 : M. et Mme A B verseront globalement à M. et Mme D une somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. et Mme A B verseront globalement à la commune de Gâvres une somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F A B et Mme H A B, à la commune de Gâvres, ainsi qu'à Mme C D et M. E D.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

A. Blanchard

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2203034

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