vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203062 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ARES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 juin 2022 et 23 février 2023, M. B A, représenté par Me Thomas Dubreuil, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2021 par lequel le maire de Pénestin lui a refusé la délivrance d'un permis de construire pour l'extension d'un garage, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Pénestin la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation et méconnait l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, le projet ne constituant pas une extension de l'urbanisation mais l'agrandissement d'une construction existante ;
- l'arrêté est entaché de détournement de pouvoir, compte-tenu de l'incohérence de la position adoptée par le maire au regard d'autres décisions prises dans des configurations similaires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, la commune de Pénestin, représentée par Me Le Derf-Daniel, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
En vertu des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction a été fixée au 2 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouju,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Dubreuil, représentant M. A et celles de Me Le Derf-Daniel, représentant la commune de Pénestin.
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 octobre 2021, M. A a déposé une demande de permis de construire portant sur un projet d'extension d'un garage existant sur la parcelle cadastrée secion ZR n° 88. Par arrêté du 16 décembre 2021, le maire de Pénestin a refusé de lui délivrer ce permis de construire. Le recours gracieux que M. A a exercé le 14 février 2022 contre cette décision a été implicitement rejeté. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2021 et du rejet implicite de son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du même code : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. ".
3. D'une part, il résulte des dispositions précitées que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les agglomérations et villages existants, ou, sous certaines conditions, au sein des secteurs déjà urbanisés, autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, se distinguant des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages ou de ces secteurs déjà urbanisés.
4. D'autre part, si, en adoptant les dispositions précitées, le législateur a entendu interdire en principe toute opération de construction isolée dans les communes du littoral, le simple agrandissement d'une construction existante, c'est-à-dire une extension présentant un caractère limité au regard de sa taille propre, de sa proportion par rapport à la construction et de la nature de la modification apportée, ne peut être regardé comme une extension de l'urbanisation au sens de ces dispositions.
5. Enfin, le règlement écrit du plan local d'urbanisme de Pénestin définit une extension comme une " construction dans le prolongement du bâti existant, accolé à celui-ci. L'extension peut être accolée à la construction principale ou à une dépendance ".
6. En l'espèce, il n'est pas contesté que le terrain d'assiette du projet, classé en zone Ubb du plan local d'urbanisme de Pénestin, ne se situe pas en continuité avec les agglomérations et villages existants, ni au sein d'un secteur déjà urbanisé au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.
7. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux a pour objet la création d'une extension d'un garage existant d'une surface de 82 m², situé sur la parcelle cadastrée ZR 88, où se trouve, par ailleurs, à une dizaine de mètres du garage existant, une maison d'habitation d'une surface de 225 m². L'extension envisagée présente une continuité et une liaison intérieure avec le garage existant mais prévoit une superficie supplémentaire de 140 m², soit une augmentation de surface de 170 % par rapport à la surface du garage existant. Dans ces conditions, la construction envisagée, au regard de sa taille propre et de sa proportion par rapport au garage existant qu'elle envisage d'étendre, ne saurait être regardée comme un simple agrandissement mais constitue une extension de l'urbanisation au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.
8. En second lieu, à supposer même, comme le soutient le requérant, que des travaux de construction aient pu être autorisés dans des situations assez proches de la sienne, le maire de Pénestin, n'a, par la décision attaquée, fait que refuser de délivrer, comme il y était tenu, un permis de construire portant sur une construction interdite par l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Par suite, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige non compris dans les dépens :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A le versement d'une somme à la commune de Pénestin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Pénestin, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A une somme au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Pénestin présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Pénestin.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Labouysse, président,
M. Bouju, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
D. Bouju Le président,
signé
D. Labouysse
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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