jeudi 4 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203189 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | DOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juin 2022, M. B C, représenté par Me Douard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe l'Iran comme pays de renvoi ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Douard de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision litigieuse a été signée par une personne titulaire d'une délégation de signature valable ;
- la décision litigieuse, qui prend acte de ce qu'il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans répondre à cette demande, ni refuser de l'enregistrer, ni lui demander des pièces complémentaires pour que cette demande soit complète, est pour ce motif entachée d'erreur de droit ; en outre, le requérant n'a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'à titre subsidiaire ; dès lors qu'une demande de titre de séjour est en cours d'instruction, aucune mesure d'éloignement ne peut être prise ;
- la décision litigieuse est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le révèlent les attestations et témoignages qu'il produit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de cette même convention.
Des pièces, enregistrées le 18 juillet 2022, ont été produites par le préfet des Côtes-d'Armor.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vergne, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Douard, représentant M. C, qui se réfère aux écritures et qui fait valoir en particulier que : l'erreur de droit commise par le préfet est avérée puisque la décision litigieuse été prise au regard de la seule problématique de l'asile sans qu'il soit statué sur sa demande présentée au titre du travail, laquelle doit être considérée comme étant toujours en cours d'examen, situation qui fait obstacle à tout éloignement ; l'ensemble des éléments susceptibles de justifier la régularisation de la situation de M. C et communiqués à la préfecture n'a pas été pris en compte ; l'intéressé justifie d'une forte intégration en peu de temps, révélant une volonté remarquable d'insertion ; pris en charge par une association, il est devenu rapidement un élément moteur de celle-ci, manifestant une réelle ouverture d'esprit envers toutes les croyances et opinions, participant à des fêtes aux côtés de personnes de confession catholique ou protestante bien qu'étant lui-même sans religion, participant à la vie locale ; il a des compétences professionnelles dans le domaine de la mécanique expliquant la promesse d'embauche qui lui est faite ; la réponse d'attente faite par le préfet des Côtes-d'Armor au courrier d'intervention de la députée du Finistère n'est pas acceptable ;
- et les déclarations de M. C, qui expose qu'en raison de la pandémie de Covid, il n'a pas pu demander sa régularisation immédiatement, qu'il veut vivre en France et qu'il serait en danger en cas de retour en Iran.
Le préfet des Côtes-d'Armor n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant iranien, né en 1987 est entré irrégulièrement sur le territoire français le 8 août 2019 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 17 février 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 mars 2022. Le préfet des Côtes-d'Armor a alors, par un arrêté du 1er juin 2022 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé l'Iran comme pays de destination d'une mesure d'éloignement forcé. M. C demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. C justifiant avoir formé une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o ; () ". Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 1 que M. C, définitivement débouté de sa demande d'asile par la décision de la CNDA du 7 mars 2022, se trouvait dans la situation où, en application des dispositions précitées, un étranger peut être obligé de quitter le territoire.
4. Toutefois, M. C, qui verse à la procédure le courrier correspondant et son accusé de réception, soutient avoir adressé à la préfecture en mars 2022 une demande argumentée de titre de séjour fondée, à titre principal, sur son droit à se voir délivrer, en raison de ses liens personnels et familiaux en France, un titre sur le fondement des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et, à titre subsidiaire, une carte de séjour en qualité de travailleur temporaire, sur le fondement des articles L. 421-3 et L. 421-4, ou une carte de séjour à titre humanitaire sur le fondement de l'article L. 435-1 de ce code. Cette demande, antérieure à la décision litigieuse, était accompagnée de nombreux documents produits par l'intéressé pour démontrer son insertion dans la société française et son autonomie compte tenu de ses compétences professionnelles, et notamment de trente-huit attestations ou témoignages, dont la plupart sont à nouveau produits dans le cadre de la présente instance, attestant de son investissement comme bénévole, de ses compétences en mécanique, de son apprentissage de la langue française, ou encore de ses relations sociales et amicales nouées en France, ainsi que d'une proposition d'embauche initialement en contrat à durée déterminée puis en contrat à durée indéterminée comme technicien/monteur de structures métalliques (chapiteaux, tribunes, échafaudages) pour une société Breizh Tops Transports spécialisée dans le transport routier et la location et le montage de chapiteaux pour l'événementiel. Le préfet des Côtes-d'Armor, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne conteste pas avoir été destinataire de cette demande et de ces éléments, dont il est soutenu, là encore sans contradiction, qu'ils ont été complétés par la suite, en avril 2022, par l'information d'une nouvelle offre d'emploi faite M. C, cette fois en contrat à durée indéterminée, dont il ressort des pièces du dossier que, proposée par la société Léon Services exploitant un garage automobile à Sainte-Sève dans le Finistère, elle était plus adaptée à ses compétences de mécanicien et portait sur un métier pour lequel étaient identifiées des difficultés de recrutement. Il incombait à l'autorité administrative, avant de décider d'obliger M. C à quitter le territoire français, d'examiner ces éléments et de statuer sur la demande qui lui était faite, visant notamment à l'attribution d'un titre susceptible d'être accordé de plein droit à l'intéressé s'il en remplissait les conditions légales. Or la décision litigieuse portant obligation de quitter le territoire se borne à mentionner que M. C a sollicité une admission au séjour au titre du travail, à faire état de la première offre d'emploi, proposée par la société Breizh Tops Transports, et à énoncer que le fait de disposer d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait constituer à lui seul un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence au surplus d'une ancienneté de travail suffisante, sans, donc, se prononcer sur la demande de titre présentée par le requérant sur les autres fondements évoqués ci-dessus ni examiner les éléments justificatifs produits à cette fin. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que cette décision, comme le fait valoir son conseil oralement à l'audience, est entachée d'un défaut d'examen complet de sa demande et de sa situation et, par suite, à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Côtes-d'Armor du 1er juin 2022 dans toutes ses dispositions.
Sur les frais d'instance :
5. M. C étant admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Douard, son avocat, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement à cet avocat de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet des Côtes-d'Armor du 1er juin 2022 est annulé.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle, et sous réserve que Me Douard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Douard une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Douard et au préfet des Côtes-d'Armor.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2022.
Le magistrat désigné,
signé
G.-V. ALa greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026