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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203283

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203283

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2022, Mme A C représentée par Me Le Méhauté, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de procéder à un réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

-l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation ;

-l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit ;

La procédure a été communiquée au préfet des Côtes-d'Armor qui n'a pas produit d'observations en défense.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 24 août 2022 .

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de 1'Office français de 1'immigration et de 1'intégration de leurs missions ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Le Méhauté, représentant de Mme C.

Une note en délibéré a été produite pour Mme C le 2 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante géorgienne, est entrée irrégulièrement en France le 11 septembre 2018. Sa demande d'asile a été rejetée le 14 décembre 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dont la décision a été confirmée le 18 avril 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 28 mai 2021 l'intéressée a présenté une demande de titre de séjour en qualité d'accompagnante d'enfant malade. Par l'arrêté attaqué du 1er juin 2022, le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration [OFII], dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 de ce code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues au 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'avis du collège de médecins de l'[OFFI] est établi sur la base du rapport médical élaboré par un médecin de l'office selon le modèle figurant dans l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné à l'article 2 ainsi que des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire. Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées, comme pour toute maladie, individuellement, en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires. L'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de l'affection en cause () ". Enfin, selon 1'annexe II à ce même arrêté : " () C. - Points particuliers concernant les pathologies les plus fréquemment concernées : a) Les troubles psychiques et les pathologies psychiatriques. () L'importance dans ce domaine de la continuité du lien thérapeutique (lien patient-médecin) et du besoin d'un environnement/entourage psycho social familial stable (eu égard notamment à la vulnérabilité particulière du patient) doit être soulignée. () ".

3. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII allant dans le sens de ses conclusions doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de destination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. En premier lieu, pour refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour, le préfet des Côtes-d'Armor s'est fondé sur l'avis émis le 19 août 2021 par le collège des médecins de l'OFII, document produit par le préfet dans le cadre de la présente instance et qui mentionne que l'état de santé de la fille de la requérante nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'à la date de son avis, l'état de santé de l'enfant lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le collège des médecins de l'OFII n'aurait pas pris en considération la situation médicale de l'enfant dans son ensemble et notamment sa pathologie digestive avant de se prononcer, ni qu'il ne se serait pas conformé aux dispositions citées au point 2 pour émettre son avis En se bornant à soutenir qu'il n'est pas rapporté la preuve que l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017, qui a trait à la méthode d'évaluation par les médecins du service médical de l'OFII de la prise en charge des pathologies dans le pays d'origine du demandeur, ait été respectée, la requérante n'établit pas que l'avis de l'OFII aurait méconnu cet article, l'avis indiquant en tout état de cause que le défaut de prise en charge de l'enfant ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, rendant ainsi sans utilité l'analyse de l'offre de soins dans son pays d'origine.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des documents médicaux produits par Mme C, que sa fille née en 2020, est porteuse d'une trisomie 21 qui nécessite une prise en charge multidisciplinaire pour l'aider dans son développement et actuellement prodiguée au centre d'action médico-sociale précoce de Saint-Brieuc. L'enfant est par ailleurs porteuse d'une gastrostomie pour compléter son alimentation en raison de troubles de l'oralité, nécessitant des soins spécialisés ainsi qu'un suivi nutritionnel par un gastropédiatre. Si dans un certificat établi le 7 juillet 2022, un pédiatre fait état de la fragilité de l'enfant et de l'importance pour elle et sa famille de rester à Saint-Brieuc pour la poursuite de la prise en charge dont elle fait l'objet, il ne ressort ni de ce certificat ni des autres pièces du dossier que l'absence de prise en charge de l'enfant serait, contrairement à ce qu'ont estimé les médecins du collège de l'OFII, de nature à entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité au sens des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, à supposer même qu'une prise en charge adaptée à l'état de santé de l'enfant n'existerait pas en Géorgie, ce qui n'est au demeurant pas établi, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. De même il ne ressort d'aucun des documents médicaux produits, qu'à la date de cet arrêté l'enfant de Mme C ne pouvait compte tenu de la gastrotomie dont elle est porteuse, voyager sans risque vers son pays d'origine. Dans ces conditions le moyen tiré de ce que le préfet des Côtes-d'Armor a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions citées au point 2 doit être écarté.

6. En dernier lieu, en se bornant à renvoyer à un rapport de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 avril 2020 sur la situation des personnes atteintes du syndrome de Down (trisomie 21) en Géorgie, Mme C ne démontre pas l'existence de risques sérieux de discrimination dont son enfant pourrait faire l'objet en Géorgie. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet des Côtes-d'Armor aurait commis " une erreur de droit " en prenant l'arrêté attaqué doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. BLe président,

signé

N.TronelLa greffière d'audience,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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