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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203284

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203284

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203284
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS KOVALEX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juin 2022 et 20 août 2024, M. E F et la société civile d'exploitation agricole (SCEA) du Tertre Goutte, représentés par la Selarl Kovalex, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la région Bretagne n° C22210896 du 31 janvier 2022 portant refus de l'autorisation d'exploiter présentée par M. F pour la reprise d'une surface de 140,7639 hectares au titre de sa prise de participation au sein de la SCEA du Tertre Goutte ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région Bretagne de délivrer à M. F, à titre principal, l'autorisation sollicitée dans son intégralité et, à titre subsidiaire, pour les seules parcelles, listées dans les conclusions de la requête et d'une contenance totale de 115,8223 hectares, en toutes hypothèses dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- l'arrêté en litige est entaché d'un défaut de motivation, s'agissant des parcelles pour lesquelles il n'existait pas de demande concurrente ;

- il est entaché d'un vice de procédure, tiré du défaut d'information des propriétaires des parcelles de la candidature de Mme D C, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 331-4 du code rural et de la pêche maritime ;

- le refus, s'agissant des parcelles pour lesquelles il existait une demande concurrente, est entaché d'erreur d'appréciation, dès lors que la candidature de Mme C ne pouvait se voir attribuer un rang de priorité 4-2 ;

- le refus, s'agissant des parcelles pour lesquels il n'existait pas de demande concurrente, est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, aucun des motifs de refus listés par les dispositions de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime ne pouvant être légalement opposé à la demande de M. F.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet de la région Bretagne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté n° 2018-16164 du préfet de la région Bretagne du 4 mai 2018 fixant le schéma directeur régional des exploitations agricoles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thielen,

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,

- et les observations de Me Guillois, représentant M. F et la SCEA du Tertre Goutte.

Considérant ce qui suit :

1. M. F est associé exploitant au sein de la société civile d'exploitation agricole (SCEA) des Hervelines, laquelle met en valeur 63,8 hectares de terres en grandes cultures et 94 hectares de terres en cultures fourragères, ainsi qu'associé non exploitant au sein de la SCEA du Tertre Goutte, laquelle met en valeur 140,7639 hectares de terres agricoles, dont 98,5 hectares de grandes cultures, et exploite un élevage de 120 vaches laitières et une unité de méthanisation. Dans la perspective de sa prise de participation au sein de la SCEA du Tertre Goutte en qualité d'associé exploitant, M. F a déposé, le 21 octobre 2021, une demande d'autorisation d'exploiter portant sur l'ensemble des parcelles mises en valeur par cette SCEA, refusée par arrêté du préfet de la région Bretagne n° C22210896 du 31 janvier 2022, dont il demande, par la présente requête, l'annulation.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le refus d'autorisation d'exploiter les parcelles pour lesquelles il existait des demandes concurrentes :

2. M. F et la SCEA du Tertre Goutte soutiennent que Mme C, qui a présenté une demande concurrente pour les parcelles cadastrées section A nos 4, 5, 6, 7, 9, 9, 10, 11, 13, 14, 15, 16, 89, 90, 91 et 95 situées à Aucaleuc et section ZX nos 68J, 68K, 69AJ et 69AK ainsi que section ZY nos 22A et 72, situées à Corseul, ne pouvait légalement se voir attribuer un rang de priorité 4-2 en application du schéma directeur régional des exploitations agricoles, dès lors qu'auraient dû être pris en considération les moyens de production de l'EARL du Chêne, au sein de laquelle l'intéressée doit s'installer, pour apprécier la dimension économique de l'exploitation après réalisation de ce projet d'installation et qu'aurait dû lui être appliqué le plafonnement de ce rang de priorité, outre qu'elle ne disposait pas d'un plan de professionnalisation personnalisé agréé à la date du dépôt de sa candidature.

3. Aux termes de l'article 3 du schéma régional, relatif aux ordres de priorités : " / () / b) Règles s'appliquant aux priorités 4.2 et 10. / La décision de plafonner ou non les surfaces demandées dans le cadre de l'installation sera prise après avis motivé de la commission départementale d'orientation de l'agriculture au regard des objectifs, orientations et priorités du contrôle des structures. / Dans la limite des surfaces sollicitées par le demandeur, la priorité est plafonnée à la plus petite surface issue des règles 1 et 2 ci-dessous. Dans ce cas, les surfaces demandées au-delà de ce plafond sont considérées en dehors des priorités 4.2 et 10. / Règles 1 : la priorité au titre de l'installation pour la totalité de la surface demandée n'est de droit que sin l'exploitation dispose après projet d'une dimension économique potentielle inférieure ou égale à 120 % de l'Indicateur de Dimension Économique (IDE) moyen régional des exploitations par UTA [unité de travail annuel] présente sur cette exploitation. L'IDE régional moyen pris en compte est défini au point 2 de l'article 5 du présent arrêté [50 000 euros / UTA]. / Dans le cas où les caractéristiques du projet sont supérieures à ce critère, la surface maximum qui peut être attribuée est calculée selon la méthode précisée ci-dessous : / Surface à attribuer égale à SAUT fois 120 % divisé par CE de l'exploitation moins (surface de l'exploitation avant projet) / égale à SAUT fois IDE moyen régional fois 1,2 divisé par (IDE/UTA exploitation) moins (surface de l'exploitation avant projet) / SAUT (surface agricole utile totale du projet) égale à surface demandée plus surface de l'exploitation avant projet. () / Règle 2 : dans le cas où l'IDE de l'exploitation est constitué à 70 % ou plus par les grandes cultures et les légumes industries, la priorité par rapport aux surfaces est reconnues dans la limite de la moyenne régionale relative à l'otex 'céréales et oléoprotégineux' pour les exploitations moyennes et grandes à savoir : 67,20 ha, cette limite s'applique par UTA ". Les dispositions du II de cet article 3 précisent également, s'agissant du rang de priorité 4-2, que le candidat à l'installation doit, notamment, disposer d'un plan de professionnalisation personnalisé agréé.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de séance du 25 janvier 2022 de la commission départementale d'orientation de l'agriculture et de ses documents annexés, qu'à la date de cette séance, Mme C n'avait pas transmis son plan de professionnalisation agréé par l'autorité préfectorale. Au demeurant, cette dernière ne justifie pas de son existence dans le cadre de la présente instance.

5. Il ressort par ailleurs du dossier de demande d'autorisation d'exploiter de Mme C que celle-ci a pour projet de rejoindre l'EARL du Chêne, le formulaire Cerfa qu'elle a renseigné indiquant qu'il s'agit d'une " première installation dans une société sans apport de surface ", et non d'une " installation à titre individuel " ou de la " constitution d'une société ", de sorte que les moyens de production de cette exploitation devaient effectivement être pris en considération pour l'application de la règle de plafonnement. Si le relevé de la commission indique que l'EARL du Chêne constitue une exploitation porcine biologique et précise, s'agissant des productions avant reprise, qu'elle est autorisée pour 42 porcs naisseurs engraisseurs et 8 porcs naisseurs, ces données apparaissant compatibles avec le caractère biologique de l'exploitation et permettant effectivement à Mme C de bénéficier du rang de priorité 4-2 avec application de la règle du plafonnement, ce même relevé indique également, s'agissant de la description du projet de Mme C, que cette EARL disposerait d'un atelier porcin de 50 places de porcs naisseurs et de 420 porcs naisseurs engraisseurs, ce qui conférerait à l'exploitation en cause un indicateur de dimension économique (IDE) largement supérieur à 60 000 euros par unité de travail annuel (UTA) et ferait obstacle à ce que ce rang de priorité soit attribué à Mme C, en application de la règle de plafonnement rappelée au point précédent.

6. Compte tenu des contradictions intrinsèques du relevé annexé au procès-verbal de séance de la commission départementale d'orientation agricole, qu'aucune autre pièce du dossier ne permet de résoudre, et dans le silence de l'autorité préfectorale sur ce point, il n'est pas établi que Mme C satisfasse aux conditions pour se voir attribuer un rang de priorité 4-2 et, par suite, se voir délivrer l'autorisation d'exploiter les parcelles listées au point 2.

En ce qui concerne le refus d'autorisation d'exploiter les parcelles pour lesquelles il n'existait pas de demande concurrente :

7. Aux termes de l'article L. 331-3-2 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut n'être délivrée que pour une partie de la demande, notamment si certaines des parcelles sur lesquelles elle porte font l'objet d'autres candidatures prioritaires ". Aux termes de son article R. 331-6 : " / () / II. - La décision d'autorisation ou de refus d'autorisation d'exploiter prise par le préfet de région doit être motivée au regard du schéma directeur régional des exploitations agricoles et des motifs de refus énumérés à l'article L. 331-3-1. / Lorsque l'autorisation n'est que partielle, la décision précise les références cadastrales des surfaces dont l'exploitation est autorisée et celles des surfaces pour lesquelles cette autorisation n'est pas accordée. / () ".

8. Par ailleurs, l'ordre des priorités établi par le schéma directeur régional des exploitations agricoles ne s'applique que dans l'hypothèse de candidats concurrents à la reprise de parcelles, que les candidats aient déposé une demande d'autorisation d'exploiter ou, si l'opération envisagée n'est pas soumise à autorisation, aient informé la commission départementale des structures agricoles et l'administration de leur souhait de les exploiter en établissant la réalité et le sérieux de leur projet. En l'absence de candidatures concurrentes, le préfet doit délivrer une autorisation d'exploiter au pétitionnaire, dès lors qu'une telle autorisation ne pouvait être refusée pour l'un des motifs énumérés à l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime.

9. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que la demande d'autorisation d'exploiter de M. F porte, notamment, sur la parcelle cadastrée section ZX n° 70, située à Corseul, sur la parcelle cadastrée section ZL n° 7, située à Miniac-Morvan, sur les parcelles cadastrées section ZA nos 52, 66, 83 et 73 et section ZB nos 88 et 24 situées à La-Ville-és-Nonais, sur la parcelle cadastrée section E n° 371, située à Saint-Père, sur les parcelles cadastrées section ZL nos 26, 27, 28, 29 et 30, ainsi que sur 169 parcelles situées à Pleudihen-sur-Rance et 68 parcelles situées à Plouër-sur-Rance, d'une contenance globale de 115,8223 hectares et, d'autre part, qu'aucun autre candidat ne n'est manifesté pour la reprise de ces parcelles.

10. Dans ces circonstances, le préfet de région Bretagne ne pouvait, sans commettre une erreur de droit, rejeter la demande de M. F, en tant qu'elle portait sur ces parcelles, au motif que la demande concurrente de Mme C, présentée pour les seules parcelles listées au point 2, relevait d'un rang de priorité supérieur au titre du schéma directeur régional des exploitations agricoles.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet de la région Bretagne n° C22210896 du 31 janvier 2022 portant refus de l'autorisation d'exploiter présentée par M. F pour la reprise d'une surface de 140,7639 hectares au titre de sa prise de participation au sein de la SCEA du Tertre Goutte doit être annulé, dans sa totalité.

Sur les conclusions en injonction :

12. Le présent jugement implique seulement que le préfet de la région Bretagne réexamine la demande de M. F en tenant compte de ses motifs. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la région Bretagne de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme globale de 1 000 euros, à verser à M. F et à la SCEA du Tertre Goutte au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la région Bretagne n° C22210896 du 31 janvier 2022 portant refus de l'autorisation d'exploiter présentée par M. F pour la reprise d'une surface de 140,7639 hectares au titre de sa prise de participation au sein de la SCEA du Tertre Goutte est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la région Bretagne de réexaminer la demande de M. F, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. F et à la SCEA du Tertre Goutte la somme globale de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, premier dénommé pour l'ensemble des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt et à M. B A.

Copie en sera transmise pour information au préfet de la région Bretagne et à Mme D C.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

Mme Thielen, première conseillère,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

O. Thielen

Le président,

Signé

T. Jouno

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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