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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203543

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203543

mercredi 5 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2022, M. B C, représenté par Me Beguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le maire de Riantec lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Riantec le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- les dispositions du règlement du plan de prévention des risques littoraux (PPRL) de la Petite mer de Gârves et notamment l'article 2 de la section 2 regroupant les dispositions applicables en zonage réglementaire orange des zones urbanisées (hors centre urbain dense délimité) ne font pas obstacle à l'opération envisagée ; cet article autorise la réalisation d'une construction nouvelle à usage de logement sur les terrains en dent creuse situés en zone orange ;

- l'opération envisagée ne méconnaît pas l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ; le risque d'inondation est très limité et la construction projetée a vocation à respecter les dispositions du PPRL en comportant un premier niveau de plancher situé à la cote N2100 augmentée de 0,20 mètre (4,72 m A).

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, la commune de Riantec, représentée par la SELARL Lexcap conclut au rejet de la requête et demande que le versement d'une somme de 3 000 euros soit mis à la charge de M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé et notamment que l'article 2 de la section 2 regroupant les dispositions applicables en zonage réglementaire " orange " des zones urbanisées (hors centre urbain dense délimité) du règlement du PPRL de la Petite mer de Gâvres ne permet pas la construction d'un second logement sur un terrain en dent creuse constituant une unité foncière, comprenant déjà un logement construit avant l'approbation du PPRL et que l'arrêté attaqué est fondé à bon droit sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Les parties ont été informées, le 2 janvier 2025, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le tribunal est susceptible de relever d'office la méconnaissance du champ d'application du i) de l'article 2 de la section 2 du chapitre 2 du titre I du règlement du plan de prévention des risques littoraux de la Petite mer de Gâvres, le projet décrit par M. C dans sa demande de certificat d'urbanisme concernant une parcelle bâtie et non un terrain en dent creuse.

Les parties ont été informées, le 2 janvier 2025, que le tribunal envisage de substituer le a) de l'article 1er de la section 2 du chapitre 2 du titre I du règlement du plan de prévention des risques littoraux de la Petite mer de Gâvres, au i) de l'article 2 de la même section comme base légale du certificat d'urbanisme en litige.

Par un mémoire, enregistré le 10 janvier 2025, la commune de Riantec a présenté des observations sur le moyen soulevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Oueslati, représentant la commune de Riantec.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, qui est propriétaire d'une maison d'habitation à Riantec (Finistère) édifiée sur une parcelle cadastrée CA n° 173, a déposé le 5 avril 2022, par l'intermédiaire de son notaire, une demande de certificat d'urbanisme opérationnel afin de savoir si la construction d'une nouvelle maison d'une surface d'environ 100 m² était réalisable sur la partie nord de cette parcelle, d'une surface de 600 m². Par un arrêté du 10 mai 2022, le maire de la commune de Riantec a délivré à M. C, au nom de la commune de Riantec, un certificat d'urbanisme négatif, fondé sur les dispositions de l'article 2 du plan de prévention des risques littoraux de la Petite Mer de Gâvres et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. M. C en demande au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / () / Le certificat d'urbanisme est délivré dans les formes, conditions et délais déterminés par décret en Conseil d'Etat par l'autorité compétente mentionnée au a et au b de l'article L. 422-1 du présent code. ".

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale avant cette date, le maire est compétent, au nom de la commune, après délibération du conseil municipal. En l'absence de décision du conseil municipal, le maire est compétent, au nom de la commune, à compter du 1er janvier 2017. Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ; / b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes. ".

4. Par un arrêté du 24 juin 2020, comportant la mention " affiché en mairie le 26 juin 2020 ", lequel a été transmis à la préfecture le jour de son affichage, le maire de la commune de Riantec a donné délégation de fonctions à Mme E D première adjointe au maire et signataire de l'arrêté litigieux, lui permettant de délivrer notamment les certificats d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. Aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I.-L'État élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones. / II.-Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : / 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; / 2° De délimiter les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d'interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1° ; / 3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences, ainsi que celles qui peuvent incomber aux particuliers ; 4° De définir, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, les mesures relatives à l'aménagement, l'utilisation ou l'exploitation des constructions, des ouvrages, des espaces mis en culture ou plantés existants à la date de l'approbation du plan qui doivent être prises par les propriétaires, exploitants ou utilisateurs.

6. Aux termes de l'article L. 562-4 du même code : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. Il est annexé au plan local d'urbanisme, () / Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé fait l'objet d'un affichage en mairie et d'une publicité par voie de presse locale en vue d'informer les populations concernées. ".

7. Les prescriptions d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles, destinées notamment à assurer la sécurité des personnes et des biens exposés aux risques en cause et valant servitude d'utilité publique, s'imposent directement aux autorisations de construire, sans que l'autorité administrative soit tenue de reprendre ces prescriptions dans le cadre de la délivrance du permis de construire. Il incombe à l'autorité compétente pour délivrer une autorisation d'urbanisme de vérifier que le projet respecte les prescriptions édictées par le plan de prévention et, le cas échéant, de préciser dans l'autorisation les conditions de leur application. Si les particularités de la situation l'exigent et sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, il peut subordonner la délivrance du permis de construire sollicité à des prescriptions spéciales, s'ajoutant aux prescriptions édictées par le plan de prévention dans cette zone, si elles lui apparaissent nécessaires pour assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ce n'est que dans le cas où l'autorité compétente estime, au vu d'une appréciation concrète de l'ensemble des caractéristiques de la situation d'espèce qui lui est soumise et du projet pour lequel l'autorisation de construire est sollicitée, y compris d'éléments déjà connus lors de l'élaboration du plan de prévention des risques naturels, qu'il n'est pas légalement possible d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions permettant d'assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, qu'elle peut refuser, pour ce motif, de délivrer le permis.

8. Aux termes de l'article 1er de la section 2 - Dispositions applicables en zonage réglementaire orange des zones urbanisées (hors centre urbain dense délimité), du chapitre II du titre I du règlement du plan de prévention des risques littoraux de la Petite Mer des Gâvres, approuvé le 11 janvier 2016 : " Sont interdits : a) toute constructions, installation, ouvrage, aménagement nouveaux à l'exception des cas prévus à l'article 2 suivant. / () ".

9. Aux termes de l'article 2 de la même section du même plan : " Sont autorisés : / () i) sur un terrain en dent creuse, la construction d'un seul logement par unité foncière (existante à la date d'approbation du PPRL), à condition que le premier niveau de plancher soit situé à la cote N2100 augmentée de 0,20 m (4,72m A. / () ". Une unité foncière est un îlot de propriété d'un seul tenant, composé d'une parcelle ou d'un ensemble de parcelles appartenant à un même propriétaire ou à la même indivision.

10. Ces dernières dispositions ont pour objet d'autoriser, en zonage réglementaire " orange " des zones urbanisées, sur les terrains non bâtis de nature résiduelle situés entre des parcelles construites et sous réserve du respect de la condition tenant au premier niveau de plancher, la construction d'un seul nouveau logement par unité foncière et non de permettre la construction d'un nouveau logement par unité foncière sur un terrain compris sur une parcelle déjà construite, que ce soit sans ou après division de celle-ci.

11. Par suite, le projet soumis par M. C au maire de Riantec dans sa demande de certificat d'urbanisme consistant à construire une maison d'habitation d'une surface d'environ cent mètres carrés sur la partie nord de la parcelle cadastrée CA n° 173 sur laquelle est déjà édifiée une maison d'habitation n'entre pas dans les prévisions du i) de l'article 2 de la section 2 du chapitre II du titre I du règlement du plan de prévention des risques littoraux de la Petite Mer des Gâvres, qui ne pouvait donc fonder légalement le certificat d'urbanisme négatif en litige.

12. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui appliqué à tort, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet que M. C a soumis au maire de Riantec dans sa demande de certificat d'urbanisme n'entre dans aucune des exceptions prévues par l'article 2 de la section 2 du chapitre II du titre I du règlement du plan de prévention des risques littoraux de la Petite Mer des Gâvres. Le certificat d'urbanisme négatif en litige trouve donc son fondement légal dans les dispositions du a) de l'article 1er de cette section qui posent le principe de l'interdiction des constructions nouvelles et qui peuvent être substituées à celles du i) de l'article 2 de cette même section, dès lors que cette substitution n'a pour effet de priver M. C d'aucune garantie et que le maire de Riantec dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions.

14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du règlement du plan de prévention des risques littoraux de la Petite Mer des Gâvres doit être écarté.

15. Il en est de même de celui tiré de l'absence de méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dès lors que les dispositions de l'article 1er de la section 2 du chapitre II du titre I du règlement du plan de prévention des risques littoraux de la Petite Mer des Gâvres suffisent à fonder le certificat d'urbanisme en litige.

Sur les frais d'instance :

16. La commune de Riantec n'étant pas la partie perdante, la demande présentée par M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée sur le même fondement par la commune de Riantec.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune de Riantec est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Riantec.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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