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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203698

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203698

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires, enregistrés le 19 juillet 2022, 18 avril, 17 juin et 25 juillet 2024, Mme C B, représentée par Me Vallantin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Landéda a accordé à M. A un permis de construire sous réserve du respect de prescriptions pour la rénovation de sa maison d'habitation, la transformation du garage existant en pièce de vie, la construction d'un garage de 25,10 mètres carrés, d'un carport de 27,10 mètres carrés et d'une terrasse non couverte de 16 mètres carrés sur une parcelle située à Poull Kansot sur le territoire de la commune de Landéda ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Landéda la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir contre le projet ;

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il méconnaît l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme dès lors que le projet nécessitait de recourir à un architecte ;

- le dossier de demande du permis de construire était incomplet ;

- le projet méconnaît l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires, enregistrés le 15 septembre 2022 et 3 juillet 2024, M. G et Mme E A concluent au rejet de la requête.

Ils font valoir que :

- Mme B n'a pas intérêt à agir contre le projet ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 19 avril 2024 et 4 juillet 2024, la commune de Landéda, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- Mme B n'a pas intérêt à agir contre le projet ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villebesseix,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Halna du Fretay, représentant Mme B, de Me Tremouilles, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Landéda, et de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire d'une habitation implantée sur la parcelle cadastrée section BD n° 193, issue de la division de la parcelle cadastrée section BD n° 6, située dans le lieudit Poull Kansot à Landéda, dont la partie classée en zone Ns par le plan local d'urbanisme a été préemptée. Il a déposé une demande de permis de construire le 1er avril 2022 en vue de rénover cette habitation, de transformer le garage existant en pièce de vie, de construire un carport, un garage et une terrasse non couverte. Par un arrêté du 24 mai 2022, le maire de la commune de Landéda lui a accordé le permis sollicité sous réserve du respect de prescriptions. Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le vice d'incompétence :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux a été signé par M. F D, 7ème adjoint à l'urbanisme qui a reçu délégation à cet effet en vertu d'un arrêté du 15 juin 2020 régulièrement affiché le 17 juin 2020 et transmis au représentant de l'Etat dans le département le 16 juin de la même année. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la nécessité de recourir à un architecte :

3. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme : " Pour l'application de l'article 4 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, ne sont toutefois pas tenues de recourir à un architecte les personnes physiques, les exploitations agricoles ou les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime qui déclarent vouloir édifier ou modifier pour elles-mêmes : a) Une construction à usage autre qu'agricole dont la surface de plancher n'excède pas cent cinquante mètres carrés ; () Les demandeurs d'un permis de construire sont tenus de recourir à un architecte pour les projets de travaux sur construction existante conduisant soit la surface de plancher, soit l'emprise au sol de l'ensemble à dépasser l'un des plafonds fixés par le présent article. ". Aux termes de l'article L. 111-14 du même code, dans sa version applicable : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 331-10, la surface de plancher de la construction s'entend de la somme des surfaces de plancher closes et couvertes, sous une hauteur de plafond supérieure à 1,80 m, calculée à partir du nu intérieur des façades du bâtiment. Un décret en Conseil d'Etat précise notamment les conditions dans lesquelles peuvent être déduites les surfaces des vides et des trémies, des aires de stationnement, des caves ou celliers, des combles et des locaux techniques, ainsi que, dans les immeubles collectifs, une part forfaitaire des surfaces de plancher affectées à l'habitation. ". Enfin l'article R. 111-22 de ce code dispose que : " La surface de plancher de la construction est égale à la somme des surfaces de plancher de chaque niveau clos et couvert, calculée à partir du nu intérieur des façades après déduction :() 3° Des surfaces de plancher d'une hauteur sous plafond inférieure ou égale à 1,80 mètre ; 4° Des surfaces de plancher aménagées en vue du stationnement des véhicules motorisés ou non, y compris les rampes d'accès et les aires de manœuvres ; 5° Des surfaces de plancher des combles non aménageables pour l'habitation ou pour des activités à caractère professionnel, artisanal, industriel ou commercial ; () ".

4. En l'espèce, le projet consiste en la rénovation de l'habitation existante, la transformation du garage existant en pièce de vie et en la construction d'un carport, d'un garage et d'une terrasse non couverte. Pour le calcul de la surface de plancher, il convient de tenir compte de la surface de plancher créée par la transformation du garage en pièce de vie. Toutefois, contrairement aux dires de la requérante, il n'y a pas lieu de prendre en compte les combles des lors qu'il ressort clairement des plans de coupe joints au dossier de demande que ces dernières ont une hauteur égale à 1, 60 et 1,80 mètres. Elles entrent donc dans le champ des déductions de surface de plancher prévues par l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme pour les surfaces d'une hauteur sous plafond inférieure ou égale à 1,80 mètres. En outre, la surface de plancher du garage projeté, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il sera utilisé pour un autre usage que celui de permettre le stationnement des véhicules motorisés ou non, malgré la construction d'un carport et la présence de fenêtre sur le garage, entre également dans le champ de la déduction prévue par l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme. La réalisation de ce garage en plus du carport apparaît d'ailleurs cohérente au regard des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables qui exigent a minima la création de deux places de stationnement par logement. Les autres travaux réalisés ne créant aucune surface de plancher, il apparaît que le projet conduit à porter la surface de plancher de la construction à 127,80 mètres carrés soit moins que le seuil de 150 mètres carrés fixé par l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme rendant obligatoire le recours à un architecte. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

En ce qui concerne le contenu du dossier de demande de permis de construire :

5. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () c) La localisation et la superficie du ou des terrains ; () ". L'article R. 431-8 de ce code dispose que : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet :a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ".

6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. En premier lieu, l'existence d'une procédure de préemption en cours sur la parcelle cadastrée section BD n° 6 de 3 239 mètres carrés ressort des mentions du plan de masse joint au dossier de demande de sorte que le service instructeur en était informé. Il n'apparaît pas que l'étude d'assainissement aurait été faussée dès lors qu'elle a pris en compte une surface de parcelle de 3 200 mètres carrés correspondant au terrain avant division alors que les dimensions du système d'assainissement sont définies en fonction du besoin pour la construction et qu'il ressort clairement de cette étude que le dispositif sera implanté dans la partie de la parcelle appartenant toujours à M. A après la préemption du terrain, désormais cadastrée section BD n° 193. Dans ces conditions, cette branche du moyen tiré de l'inexactitude du dossier de demande de permis de construire doit être écartée.

8. En second lieu, le service instructeur a parfaitement pu apprécier, connaissant les références cadastrales du terrain d'assiette du projet et disposant d'un plan de situation, la proximité du projet et son insertion par rapport à la mer et à la zone Ns correspondant à un espace remarquable du littoral. La description faite par la notice architecturale, les différents plans et documents d'insertion joints au dossier permettent de déterminer l'implantation des constructions projetées. En outre les documents d'insertion et les vues actuelles permettaient de mesurer l'impact du projet par rapport aux constructions environnantes et notamment celles situées en second rang, dont la propriété de la requérante. La notice architecturale et les autres documents joints au dossier de demande éclairent également sur le parti retenu en termes d'implantation, d'organisation, de choix de matériaux de sorte que le service instructeur a pu apprécier les choix opérés pour assurer l'insertion du projet dans son environnement. Il apparaît que les espaces libres restent inchangés comme l'accès à la parcelle. L'administration a donc pu déterminer comment les véhicules accèderaient aux stationnements. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de demande compte tenu des lacunes de la notice architecturale doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme :

9. Aux termes de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage ou des plus hautes eaux pour les plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement. ".

10. Ne peuvent déroger à l'interdiction de toute construction sur la bande littorale des cent mètres que les projets réalisés dans des espaces urbanisés, caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions, à la condition qu'ils n'entraînent pas une densification significative de ces espaces.

11. Le schéma de cohérence territoriale du Pays de Brest identifie le secteur Prat al Lann-Croas Huella comme un village au sens de la loi littoral.

12. Il est constant que le terrain d'assiette du projet est situé dans la bande des cent mètres. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier et de la consultation du site internet Géoportail, accessible tant au juge qu'aux parties, que le lieudit Poull Kansot dans lequel est localisé le terrain d'assiette du projet se situe entre les lieudits Prat al Lann et Croas Huella qui ont été considérés comme formant un ensemble urbanisé d'un seul tenant, correspondant à un village au sens de la loi littoral par les auteurs du schéma de cohérence territoriale du pays de Brest. Il n'est possible de relever aucune coupure d'urbanisation entre ces différents secteurs. En outre, le terrain d'assiette du projet est implanté dans une partie de cet espace urbanisé dans lequel l'urbanisation s'est poursuivie de manière dense, le long des voies de communication. La parcelle cadastrée section BD n° 193 est entourée de terrains bâtis à l'est, au sud et à l'ouest. La seule parcelle vierge de construction sur laquelle elle s'ouvre borde le littoral. Dans ces conditions, il apparaît que le projet de rénovation de l'habitation existante, de transformation du garage en pièce de vie, de construction d'un carport, d'un garage et d'une terrasse non couverte, qui n'entraîne pas une densification significative, s'implante au sein d'un secteur urbanisé au sens de la loi littoral. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Landéda, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Landéda et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à la commune de Landéda la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à M. et Mme G et E A et à la commune de Landéda.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

La rapporteure,

signé

J. Villebesseix

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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