vendredi 22 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203699 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS CORNET VINCENT SEGUREL (CVS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juillet et le 27 octobre 2022, M. C B, Mme H D épouse B, M. F A et Mme G E épouse A, représentés par Me Garban, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 juin 2022 par laquelle le maire de la commune de Saint-Philibert a refusé de délivrer un certificat de permis tacite aux époux B ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Philibert de délivrer ce certificat de permis de construire tacite dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Philibert la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que le motif du refus de délivrance d'une attestation de permis de construire tacite est erroné.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 15 septembre 2022 et le 17 avril 2023, la commune de Saint-Philibert, représentée en dernier lieu par Me Colas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des époux B et autres la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que le moyen de la requête n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu l'ordonnance ° 2203793 du 16 août 2022 du juge des référés du tribunal.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Villebesseix,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Barrault, de la SELARL CVS Interbarreaux, représentant les époux B, et de Me Colas, représentant la commune de Saint-Philibert.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B sont propriétaires des parcelles cadastrées section AO nos 339, 340, 341 et 343 situées au lieudit Kercadoret sur le territoire de la commune de Saint-Philibert. Ils ont signé le 10 août 2017 un compromis de vente avec les époux A comportant une condition suspensive tenant à l'obtention d'un permis de construire. M et Mme A ont déposé une demande de permis de construire pour l'édification d'une maison d'habitation le 27 octobre 2017 sur laquelle le maire de la commune de Saint-Philibert a sursis à statuer pour une durée de deux ans sur le fondement de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme au motif que le projet était de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme par un arrêté du 21 décembre 2017. Le 7 septembre 2018, M et Mme A et M. et Mme B ont adressé un courrier au maire de Saint-Philibert indiquant que la demande de permis de construire devait être regardée comme également sollicitée par les époux B. Le maire, eu égard à l'existence d'un sursis à statuer et donc à l'impossibilité de modifier la demande de permis de construire, a analysé cet ajout de pièce comme une nouvelle demande de permis de construire. Le 15 septembre 2018, il a édicté un arrêté de sursis à statuer sur cette demande de permis de construire pour une durée de deux ans au motif que le projet était de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Par une délibération du 7 mars 2019, le conseil municipal de la commune de Saint-Philibert a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme. Par deux courriers des 27 juillet et 26 août 2020, les époux B ont entendu confirmer leur demande de permis de construire sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme. Par un courrier du 4 mars 2022 puis par une sommation faite par huissier du 31 mai 2022, ils ont sollicité la délivrance d'une attestation de permis de construire tacite. Par un courrier du 2 juin 2022, le maire de la commune de Saint-Philibert a refusé de leur délivrer ce certificat au motif qu'il estime ne pas avoir été saisi d'une confirmation expresse et non équivoque au sens de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme dès lors que le courrier reçu en 2018 était prématuré et que ceux reçus en 2020 n'émanaient pas de l'ensemble des pétitionnaires et que les époux B n'ont indiqué confirmer leur demande " qu'en cas de délibéré du tribunal qui leur soit favorable ". Les époux A et B demandent l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 123-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. La délibération prise en application de l'alinéa précédent est notifiée aux personnes publiques associées mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9. L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ". Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " () A l'expiration du délai de validité du sursis à statuer, une décision doit, sur simple confirmation par l'intéressé de sa demande, être prise par l'autorité compétente chargée de la délivrance de l'autorisation, dans le délai de deux mois suivant cette confirmation. Cette confirmation peut intervenir au plus tard deux mois après l'expiration du délai de validité du sursis à statuer. Une décision définitive doit alors être prise par l'autorité compétente pour la délivrance de l'autorisation, dans un délai de deux mois suivant cette confirmation. A défaut de notification de la décision dans ce dernier délai, l'autorisation est considérée comme accordée dans les termes où elle avait été demandée. () ". Aux termes de l'article R. 424-9 du code de l'urbanisme : " En cas de sursis à statuer, la décision indique en outre la durée du sursis et le délai dans lequel le demandeur pourra, en application de l'article L. 424-1, confirmer sa demande. En l'absence d'une telle indication, aucun délai n'est opposable au demandeur. ". L'article R. 424-13 de ce code dispose que : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. () ".
3. Il n'appartient pas à l'administration de statuer sur la demande initiale de permis de construire en l'absence de confirmation de la part du pétitionnaire.
4. Eu égard à son objet, une décision de sursis à statuer prise sur le fondement de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme cesse de produire ses effets, quelle que soit la durée du sursis qu'elle indique, à la date où le plan local d'urbanisme dont l'élaboration ou la révision l'avait justifiée est adopté. Dans le cas où le plan est adopté avant l'expiration du délai indiqué par la décision de sursis, le demandeur dispose, pour confirmer sa demande, d'un délai qui court à compter de la date de l'adoption du plan et s'achève deux mois après l'expiration du délai qui lui avait été indiqué.
5. Pour refuser de délivrer un certificat attestant de l'existence d'un permis de construire tacite, le maire de la commune de Saint-Philibert a estimé dans la décision attaquée qu'il n'avait pas été saisi d'une confirmation de la demande de permis de construire au sens de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme. Il a pour cela retenu que les courriers reçus les 17 juillet et 18 septembre 2018 ne peuvent être assimilés à une demande de confirmation au sens de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme alors qu'ils étaient accompagnés d'un nouveau formulaire Cerfa. Ces courriers tendaient à modifier les pétitionnaires et devaient donc être analysés comme une nouvelle demande de permis. En outre, ils ont été reçus avant que ne débute le délai de confirmation. S'agissant des courriers des 27 juillet et 26 août 2020, le maire a considéré qu'ils ne pouvaient être regardés comme une confirmation au sens de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme alors qu'ils ont été formés exclusivement au nom des époux B sans mention qu'une telle demande émane également de M et Mme A, co-pétitionnaires et alors que ces courriers précisaient que " Les époux B entendent maintenir leur demande de permis de construire () en cas de délibéré du Tribunal qui leur soit favorable ". Or, le maire de Saint-Philibert a relevé que les recours initiés devant le tribunal administratif ont été rejetés.
6. D'une part, en l'espèce, il ressort des termes des courriers des 27 juillet et 26 août 2020 qu'ils ont été rédigés au nom et pour le compte des époux B par leur conseil. Il n'est pas fait mention d'un mandat délivré par les époux A aux époux B afin que ces derniers agissent en leur nom. Dans ces conditions, compte tenu des effets attachés à la délivrance d'un permis de construire, de la nécessité pour les pétitionnaires de confirmer leur demande de permis en vertu de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme et alors que la commune n'avait pas à statuer sur cette demande sans confirmation expresse et non équivoque, cette dernière a pu retenir qu'elle n'avait pas été régulièrement saisie d'une confirmation de la demande de permis de construire alors que la demande n'émanait pas de l'ensemble des pétitionnaires.
7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le conseil des requérant a indiqué dans leur courrier que " Par la suite, et dans l'attente du délibéré à intervenir et comme vous pouvez vous en doutez, je vous écris le présent courrier en application de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme pour vous informer que les époux B entendent maintenir leur demande de permis de construire (qui sont connus de vos services sous les numéros PC 56 233 17T 0024 et PC n°5623318T 0014) en cas de délibéré du Tribunal qui leur soit favorable ". Cette formulation maladroite est dépourvue de réel intérêt dès lors que si le tribunal avait annulé l'arrêté par lequel le maire de la commune de Saint-Philibert a sursis à statuer sur leur demande de permis de construire, la confirmation de la demande de permis sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme serait alors devenue inutile. Toutefois, la commune a pu légitimement considérer que les époux B ont conditionné leur confirmation au succès des contentieux engagés devant le tribunal administratif. Dès lors, compte tenu du rejet du recours contentieux dirigé contre la décision de sursis à statuer par un jugement dont les parties ont reçu notification le 15 juillet 2022, la commune de Saint-Philibert pouvait penser que la condition de succès contentieux n'étant pas remplie, les époux B ne pouvaient être regardés comme ayant confirmé de manière non équivoque leur demande de permis de construire.
8. Dans ces conditions, la commune de Saint-Philibert a pu légalement estimer qu'elle n'avait pas été saisie d'une confirmation régulière en application de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme. Ainsi, aucun permis de construire tacite n'a été délivré aux époux B et le maire pouvait donc refuser de délivrer un certificat de permis de construire.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Compte tenu du rejet des conclusions à fin d'annulation, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sont rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Philibert, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M et Mme B et autres demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme B et autres une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de Saint-Philibert et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Philibert sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et H B, à M. et Mme F et G A et à la commune de Saint-Philibert.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Blanchard, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.
La rapporteure,
signé
J. Villebesseix
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026