vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203722 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BARON WEEGER |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet 2022 et 5 septembre 2023 sous le n° 2203722, Mme B A, représentée par la SCP Baron-Weeger société d'avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions implicites du directeur de l'établissement public médico-social Belna rejetant ses demandes indemnitaires préalables des 4 avril et 10 mai 2022 ;
2°) de condamner l'établissement public médico-social Belna à lui verser la somme de 25 942,50 euros en réparation de ses préjudices ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale afin d'évaluer ses préjudices ;
4°) de mettre à la charge de l'établissement public médico-social Belna le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute de l'établissement public médico-social Belna doit être engagée dès lors que ses pathologies aux épaules gauche et droite ont été reconnues imputables au service par cet établissement ;
- concernant son épaule droite, le montant de ses préjudices s'élève à la somme totale de 6 757,50 euros, soit 2 757,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et 4 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- concernant son épaule gauche, le montant de ses préjudices s'élève à la somme totale de 7 185 euros, soit 3 185 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 4 000 euros au titre des souffrances endurées et 12 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 31 janvier et 10 novembre 2023, l'établissement public médico-social Belna, représenté par la SELARL Cabinet Coudray, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que les prétentions de Mme A soient ramenées à de plus justes proportions et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- il ne conteste pas la possibilité de voir sa responsabilité sans faute engagée ;
- la demande de Mme A au titre du déficit fonctionnel permanent de son épaule gauche est irrecevable en tant que la somme sollicitée est passée de 7 000 euros lors de l'introduction de sa requête à 12 000 euros dans son mémoire enregistré le 5 septembre 2023 sans que ce préjudice ne se soit révélé ou aggravé en cours d'instance ;
- la matérialité des préjudices invoqués par Mme A n'est pas établie ;
- dans l'éventualité où le tribunal retiendrait l'existence d'un déficit fonctionnel temporaire, il conviendrait de ramener les prétentions de la requérante à de plus justes proportions.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août 2022 et 5 septembre 2023 sous le n° 2204085, Mme B A, représentée par la SCP Baron-Weeger société d'avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision explicite du 7 juillet 2022 par laquelle le directeur de l'établissement public médico-social Belna a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 10 mai 2022 ;
2°) de condamner l'établissement public médico-social Belna à lui verser la somme de 25 942,50 euros en réparation de ses préjudices ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale afin d'évaluer ses préjudices ;
4°) de mettre à la charge de l'établissement public médico-social Belna le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute de l'établissement public médico-social Belna doit être engagée dès lors que ses pathologies aux épaules gauche et droite ont été reconnues imputables au service par cet établissement ;
- concernant son épaule droite, le montant de ses préjudices s'élève à la somme totale de 6 757,50 euros, soit 2 757,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et 4 000 euros au titre des souffrances endurées ; elle abandonne, dans le dernier état de ses écritures, sa demande au titre du déficit fonctionnel permanent en lien avec la pathologie de cette épaule ;
- concernant son épaule gauche, le montant de ses préjudices s'élève à la somme totale de 7 185 euros, soit 3 185 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 4 000 euros au titre des souffrances endurées et 12 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 31 janvier et 10 novembre 2023, l'établissement public médico-social Belna, représenté par la SELARL Cabinet Coudray, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que les prétentions de Mme A soient ramenées à de plus justes proportions et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- il ne conteste pas la possibilité de voir sa responsabilité sans faute engagée ;
- la demande de Mme A au titre du déficit fonctionnel permanent de son épaule gauche est irrecevable en tant que la somme sollicitée est passée de 7 000 euros lors de l'introduction de sa requête à 12 000 euros dans son mémoire enregistré le 5 septembre 2023 sans que ce préjudice ne se soit révélé ou aggravé en cours d'instance ;
- la matérialité des préjudices invoqués par Mme A n'est pas établie ;
- dans l'éventualité où le tribunal retiendrait l'existence d'un déficit fonctionnel temporaire, il conviendrait de ramener les prétentions de la requérante à de plus justes proportions.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Emelien, représentant l'établissement public médico-social Belna.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ouvrière professionnelle qualifiée titulaire exerçant des fonctions de cuisinière au sein du site de Bel-Air de l'établissement public médico-social Belna, a vu ses pathologies aux épaules droite et gauche (tendinopathie sous scapulaire) reconnues imputables au service par des décisions du directeur de cet établissement des 31 mai 2018 et 19 mars 2019, respectivement à compter des 6 février 2015 et 30 novembre 2018. Par deux courriers des 4 avril et 10 mai 2022, elle a présenté des demandes tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en lien avec ses maladies professionnelles. Sa demande indemnitaire préalable a été rejetée par une décision du 7 juillet 2022. Par les présentes requêtes, Mme A demande au tribunal de condamner l'établissement public médico-social Belna à lui verser la somme totale de 25 942,50 euros en réparation de ses préjudices ou, à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant dire droit. Il y a lieu de joindre ces requêtes qui ont le même objet et présentent à juger des questions identiques.
Sur la responsabilité sans faute :
2. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
3. Les pathologies aux épaules dont est atteinte Mme A ayant été reconnues imputables au service, il résulte du principe qui vient d'être énoncé que la responsabilité sans faute de l'établissement public médico-social Belna doit être engagée à ce titre.
Sur les préjudices :
4. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation ". Il appartient au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge l'existence d'une faute et la réalité du préjudice subi. Il incombe alors, en principe, au juge de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile.
5. Il résulte de l'instruction, notamment des documents médicaux et rapports établis à l'occasion de l'instruction des demandes de reconnaissance d'imputabilité au service des pathologies de Mme A, que la matérialité des chefs de préjudices invoqués par la requérante du fait de ses pathologies aux épaules reconnues imputables au service, tenant au déficit fonctionnel temporaire, aux souffrances endurées et au déficit fonctionnel permanent doit être regardée comme établie. En revanche, les pièces versées aux débats ne permettent pas au tribunal d'en établir l'importance et de fixer le montant de l'indemnisation à allouer à Mme A. Dans ces conditions, il y a lieu pour le tribunal d'ordonner une expertise médicale dans les conditions prévues dans le dispositif du présent jugement.
6. Tous droits et moyens sur lesquels il n'a pas été expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'au terme des instances.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur les conclusions des requêtes de Mme A tendant à la réparation des divers préjudices subis du fait de ses deux pathologies des épaules reconnues comme imputables au service, procédé par un expert spécialisé en orthopédie, désigné par le président du tribunal administratif, à une expertise avec mission de :
1°) prendre connaissance des pièces du dossier ;
2°) décrire l'état de santé passé et actuel de Mme A ;
3°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A, convoquer et entendre les parties et tous sachants, de procéder à l'examen sur pièces ainsi qu'éventuellement à l'examen clinique de l'intéressée ;
4°) indiquer à quelle(s) date(s) l'état de Mme A peut être regardé comme consolidé pour chacune des deux pathologies en cause ;
5°) décrire et évaluer l'ensemble des préjudices de Mme A en lien direct avec les deux pathologies en cause, notamment le déficit fonctionnel temporaire, les souffrances endurées et le déficit fonctionnel permanent ;
6°) recueillir tous éléments et fournir toutes précisions complémentaires que l'expert jugera utiles à la solution du litige et de nature à permettre d'apprécier l'étendue des préjudices subis.
Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme A et l'établissement public médico-social Belna.
Article 3 : L'expert pourra, en tant que de besoin, se faire assister d'un sapiteur, après y avoir été autorisé par le président du tribunal.
Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il déposera son rapport au greffe du tribunal et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 5 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instances.
Article 6 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instances.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'établissement public médico-social Belna.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
É. Fournet
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2203722, 2204085
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026