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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203729

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203729

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203729
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS ARC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a été saisi par Mme A d’une demande d’indemnisation pour un accident survenu le 28 février 2019, imputé à un défaut d’entretien d’un ouvrage public relevant de Rennes Métropole et de la SAS SAUR, délégataire de service public. La requérante sollicitait la condamnation solidaire des deux entités à lui verser 64 421,81 euros en réparation de ses préjudices, sur le fondement de la responsabilité pour dommages causés par les ouvrages publics. Le tribunal a rejeté l’intégralité des demandes de Mme A et de la caisse primaire d’assurance maladie d’Ille-et-Vilaine, intervenante, en estimant que le lien de causalité entre l’accident et l’ouvrage public n’était pas établi et qu’aucun défaut d’entretien normal n’était démontré. Cette solution s’appuie sur les principes de la responsabilité pour dommages de travaux publics, sans application spécifique d’un texte autre que les règles générales du droit administratif.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet 2022 et 16 mai 2023, Mme B A, représentée par la SELARL ARES, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement Rennes Métropole et la SAS Société d'Aménagement Urbain et Rural (SAUR) à lui verser la somme de 64 421, 81 euros avec les intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête, en réparation du préjudice que lui a causé son accident survenu le 28 février 2019 ;

2°) de mettre à la charge solidaire de Rennes Métropole et la SAS SAUR, la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de Rennes Métropole est engagée sur le fondement des dommages causés aux tiers par les ouvrages publics ;

- la responsabilité de la SAUR, délégataire de service public, est solidairement engagée, à l'encontre de l'exposante, sur le fondement de la notion des dommages causés aux tiers par les ouvrages publics ;

- elle a subi des préjudices pour un montant total de 64 421, 81 euros.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 20 septembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine demande au tribunal de condamner solidairement Rennes Métropole et la SAUR à lui payer la somme de 18 118,07 euros au titre de sa créance définitive pour le préjudice de Mme A, à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire et la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, avec les intérêts au taux légal à compter de la date de la décision à intervenir.

Elle soutient qu'en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, elle est fondée à intervenir, par subrogation dans les droits de la victime, pour obtenir le remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de Mme A, qui sont en rapport avec les soins liés à l'accident du 28 février 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, Rennes Métropole et la

SARL PNAS Assurances représentées par Me Phelip concluent au rejet de la requête, à ce que la SAS SAUR soit appelée en garantie, et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- les faits ne sont pas matériellement établis ;

- aucun défaut d'entretien de l'ouvrage public mis en cause ne lui est imputable ;

- doivent être rejetées faute de justification et d'imputabilité, les demandes présentées par Mme A, au titre des frais de déplacement, des frais vestimentaires, des frais de téléphone et de télévision, des dépenses de santé actuelles, de l'assistance tierce-personne, des dépenses de santé futures, de l'aménagement du véhicule, du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique, du déficit fonctionnel permanent et du préjudice d'agrément ;

- à supposer que le tribunal retienne l'existence de fautes, l'ouvrage public en cause relève de la responsabilité de la SAS SAUR en tant que fermière, de sorte qu'elle devra être appelée en garantie de Rennes Métropole pour les éventuelles sommes qui seraient mises à sa charge.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2023, la SAS SAUR, représentée par la SELARL ARC, conclut :

- à titre principal :

- au rejet de la requête ;

- au rejet de l'appel en garantie de Rennes Métropole ;

- au rejet des conclusions de la CPAM d'Ille-et-Vilaine ;

- à titre subsidiaire :

- à la limitation du droit à indemnisation de Mme A en raison de ses fautes d'imprudence et d'inattention ;

- au rejet, faute de justification et d'imputabilité, des demandes présentées par Mme A au titre des frais de déplacement, des frais vestimentaires, des frais de téléphone et de télévision, des dépenses de santé actuelles, de l'assistance tierce-personne, des dépenses de santé futures, de l'aménagement du véhicule, du déficit fonctionnel temporaire, et du déficit fonctionnel permanent ;

- à la réduction à de plus justes proportions des demandes présentées par

Mme A au titre des préjudices esthétiques temporaire et permanent ;

- à la limitation à hauteur de 7 200 euros de l'indemnisation au titre des

souffrances endurées ;

- au rejet des demandes présentées par la CPAM d'Ille-et-Vilaine au titre de ses débours faute de preuve d'imputabilité ;

- à titre infiniment subsidiaire :

- à la limitation de l'indemnisation à verser à Mme A à hauteur de 11 000 euros ;

- à la réduction de 80 % des demandes de la CPAM d'Ille-et-Vilaine au titre de ses débours en raison des fautes d'imprudence et d'inattention de Mme A ;

- en toutes hypothèses :

- au rejet de la demande présentée par Mme A au titre des frais d'instance ;

- au rejet de la demande présentée par la CPAM d'Ille-et-Vilaine au titre des frais d'instance et de l'indemnité de gestion ;

- à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 5 000 euros au titre des frais d'instance.

Elle soutient que :

- le lien de causalité entre l'accident et l'ouvrage public mis en cause n'est pas établi ;

- en sa qualité de fermier, elle n'est pas responsable de l'existence, ni de la conception d'un ouvrage public qui ne lui appartient pas ;

- aucun défaut d'entretien de l'ouvrage public mis en cause ne lui est imputable ;

- Mme A est seule responsable de l'accident dont elle déclare avoir été victime ;

- l'imputabilité des préjudices invoqués à l'accident n'est pas établie, en raison de la préexistence d'un état antérieur et du caractère critiquable du rapport d'expertise médicale judiciaire, lequel n'a pas été soumis par la requérante au contradictoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Bonniec,

- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,

- les observations de Me Cosnard, représentant Mme A,

- et les observations de Me Collin, représentant la société SAUR.

Considérant ce qui suit :

1. Le 28 février 2019, Mme A se rendait chez son kinésithérapeute, à Betton

(Ille-et-Vilaine), conduite par son frère. Après que celui-ci a garé le véhicule sur le parking

du cabinet, elle déclare avoir alors marché, en descendant, sur le couvercle d'une boîte de raccordement appartenant au réseau d'eaux pluviales, dont l'exploitation a été confiée par Rennes Métropole à la SAS SAUR par le biais d'un contrat d'affermage. Son pied serait alors passé au travers du trou et elle aurait été victime d'une chute, nécessitant des soins, le jour même puis lors d'une hospitalisation en avril 2019 pour une intervention chirurgicale suivie d'un séjour en rééducation, puis à nouveau lors d'une intervention chirurgicale en mars 2020. Mme A a déclaré son sinistre auprès de Rennes Métropole, sollicité une expertise judiciaire devant le tribunal de grande instance de Rennes au contradictoire de son kinésithérapeute, représenté par

la SARL Nayak, et de son assureur. En outre, Mme A a sollicité l'indemnisation de ses préjudices auprès de Rennes Métropole, par un courrier valant demande préalable, en date du

17 mai 2022, réclamant une somme de 64 421,81 euros en réparation de ses préjudices ainsi qu'une somme de 3 000 euros au titre des frais de conseil juridique exposés. Par un courrier en date du

20 juin 2022, l'assureur de Rennes Métropole, la société PNAS Assurances, a refusé toute prise en charge. Par un courrier en date du 5 juillet 2022, la requérante a ensuite réclamé auprès de la SAS SAUR l'indemnisation de ses préjudices par le versement d'une somme de 64 421,81 euros en réparation ainsi qu'une somme de 3 000 euros au titre des frais de conseil juridique. Par sa requête, Mme A demande la condamnation de Rennes Métropole et de la SAS SAUR à lui verser solidairement la somme de 64 421, 81 euros avec intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête.

2. La Caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine demande de condamner solidairement Rennes Métropole et la SAS SAUR à lui verser, outre l'indemnité forfaitaire de gestion, la somme de 18 118,07 euros au titre de ses débours avec intérêts au taux légal à compter de la date de la décision à intervenir.

Sur la responsabilité solidaire de Rennes Métropole et de la SAS SAUR :

3. Mme A met en cause la responsabilité solidaire de Rennes Métropole et de la

SAS SAUR sur le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public qui consistait, selon elle, en la présence d'une plaque couvrant une boîte de raccordement au réseau d'eaux pluviales, situé à proximité du parking dévolu à la clientèle du cabinet de kinésithérapeute qui suivait la requérante.

4. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre celui-ci et le préjudice invoqué. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit que cet ouvrage faisait l'objet d'un entretien normal, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

5. A l'appui de sa demande, Mme A produit différents certificats médicaux. Un premier certificat établi par le médecin des urgences du centre hospitalier privé Saint-Grégoire, daté du jour de l'accident à 19 heures et 32 minutes, relate une " chute de sa hauteur en sortant de voiture " et constate " [un] trauma de la cheville et de l'index droit, [des] douleurs lombaires sur [un] terrain d'arthrose antérieure évoluée, une fracture du bec de perroquet de L2 d'allure ancienne, [sans] tassement nouveau ", des douleurs aux doigts avec un aspect de fracture ancienne, une entorse de la cheville. Un second certificat du médecin des urgences du même établissement, en date du 5 mars 2019, indique que le scanner réalisé ce jour-là révèle de " multiples avulsions corticoïdes périostées de l'avant-pied et diastasis C1-C2 témoignant d'une entorse grave du médiotarse ou du Lisfranc ", sans trouble vasculonerveux. Elle produit également des photographies postérieures au jour de l'accident, et non datées, faisant apparaitre à proximité du parking et en présence de deux grands pots de fleurs, la plaque couvrant la boîte de raccordement délogée de sa place, dégageant un trou qui aurait provoqué sa chute, en précisant manuscritement sur une première photographie qu'" au jour de l'accident il n'y avait pas de bac dessus mais serré près de la haie [sic] ", et sur une deuxième vue que la " photo [est] faite après accident ". Enfin, Mme A produit divers témoignages. Par une première attestation, en date du 5 février 2019, alors que l'accident a eu lieu le 28 février 2019, le frère de Mme A " certifie avoir entendu Mme A crier quand elle est tombée dans le trou après être sorti [sic] de la voiture et avoir fait quelques pas ". Il confirme ensuite ce témoignage par une attestation reprenant le formalisme prévu à l'article 202 du code de procédure civile, mais sans que celle-ci ne soit datée. Par une seconde attestation, en date du 4 mars 2019, une des kinésithérapeutes du cabinet confirme que Mme A avait rendez-vous le jour de l'accident à 15 heures et 30 minutes, qu'elle " a marché sur la protection de la bouche, [que] son pied s'est enfoncé dans le trou (bouche) et [que] ça l'a fait chuter. De ce fait on a appelé les pompiers et elle est partie en ambulance à la clinique. Déclaration faite selon ses dires et les témoins qui sont arrivés après ".

6. S'il ne peut, dès lors, être contesté que Mme A a été victime d'une chute

le 28 février 2019 en se rendant chez son kinésithérapeute, dont le cabinet est situé sur la commune de Betton, toutefois, les circonstances précises de l'accident restent mal établies, Mme A n'apportant pas la preuve, qui lui incombe, de l'imputabilité de son accident à la présence de la boîte de raccordement en cause, alors qu'aucun témoignage direct ni aucune explication détaillée sur la cause du descellement allégué de cette plaque n'est apporté en soutien de ses allégations.

Il résulte de l'instruction, d'une part, que la plaque couvrant cette boîte, accessoire du réseau d'eaux pluviales, n'est pas située sur le parking du cabinet de kinésithérapeutes, mais en bordure de celui-ci, sur une zone enherbée non destinée à la circulation. D'autre part, la requérante n'affirme pas que les circonstances atmosphériques, alors que l'accident s'est déroulé au milieu de l'après-midi, auraient pu contribuer à son accident. Dans ces circonstances, Mme A a manqué de vigilance en cheminant sur la zone enherbée bordant le parking, et a commis une imprudence fautive de nature à exonérer Rennes Métropole et la SAS SAUR de leur responsabilité. Dans ces conditions, l'accident dont a été victime Mme A ne peut être regardé comme imputable à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

7. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de Rennes Métropole et de la

SAS SAUR n'est pas engagée. Par conséquent, Mme A n'est pas fondée à demander leur condamnation au versement de la somme de 64 421, 81 euros avec intérêts au taux légal en réparation de ses préjudices. Par voie de conséquence, la caisse primaire d'assurance-maladie d'Ille-et-Vilaine n'est pas davantage fondée à obtenir la condamnation des défenderesses au remboursement de ses débours et au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de Rennes Métropole et de la SAS SAUR, qui ne sont pas

les parties perdantes dans la présente instance, les sommes que Mme A et la CPAM

d'Ille-et-Vilaine demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A les sommes demandées par Rennes Métropole et de la SAS SAUR au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la CPAM d'Ille-et-Vilaine sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions de Rennes Métropole et de la SAS SAUR présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine, à Rennes Métropole,à la société d'aménagement urbain et rural et à la SARL PNAS Assurances.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

M. Le Bonniec, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Le Bonniec

Le président,

Signé

G. Descombes

Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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