mardi 6 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203865 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022, Mme B E, représentée par Me Le Bihan demande au tribunal :
1°) d'annuler dans toutes ses dispositions l'arrêté du 18 juillet 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) de suspendre à titre subsidiaire la décision d'obligation à quitter le territoire jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) statue sur sa demande d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- il est intervenu en méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 542-1, L. 542-2 et L. 531-24 et L. 611-1-4°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3-9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il se prévaut d'éléments sérieux justifiant la suspension de l'obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, vice-président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Le Bihan, représentant Mme E et celles de Mme E, assistée d'une interprète.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Mme E justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Mme E, née en juillet 1991, ressortissante de la Serbie, pays d'origine sûr, qui déclare être entrée en France en novembre 2021, y a sollicité, dès le 8 décembre 2021, le bénéfice du statut de réfugié. Sa demande ainsi que celle de son enfant mineur ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par deux décisions du 29 avril 2022, régulièrement notifiées à l'intéressée le 5 mai 2022. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a alors, par un arrêté du 18 juillet 2022 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans les trente jours, a fixé le pays dont elle possède la nationalité comme pays de destination d'une mesure d'éloignement forcé. C'est l'arrêté attaqué.
Concernant le refus allégué de titre de séjour :
3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, et notamment de son dispositif, que celui-ci ne comporte aucune décision de refus de titre de séjour à Mme E. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision alléguée sont irrecevables.
Concernant les autres décisions :
4. En premier lieu, par un arrêté du 22 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine du 23 septembre 2021, le préfet de ce département a donné délégation de signature à M. Ludovic Guillaume, secrétaire général de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, à l'effet de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions de l'État dans ce département, à l'exclusion d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au séjour ou à l'éloignement des étrangers. L'article 4 de cet arrêté précise, par ailleurs, qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, les attributions qui lui sont ainsi déléguées seront exercées par M. Mathieu Blet, secrétaire général adjoint. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A n'était pas compétent pour signer l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, Mme E soutient que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait méconnu les dispositions combinées des articles L. 542-1, L. 542-2 et L. 531-24 et L. 611-1-4°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français alors qu'elle a fait appel du rejet de sa demande d'asile le 8 juillet 2022.
6. Toutefois, ainsi qu'il résulte expressément des termes mêmes de l'arrêté en litige du 18 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé, après avoir constaté que les demandes d'asile de Mme E et de son enfant avaient été rejetées par l'OFPRA le 29 avril 2022, que ceux-ci étaient placés en procédure accélérée, et que la CNDA avait été saisie le 8 juillet 2022 d'un recours contre ces décisions, sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes desquelles : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3 ". En application des dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () " combinées à celles de l'article L. 531-24 aux termes desquelles : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () " ; Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ". Mme E ne dispose plus d'un droit au maintien dès lors que sa demande d'asile et celle de son enfant mineur ont été placées en procédures accélérées et rejetées par l'OFPRA et que leur recours devant la CNDA n'est pas suspensif. En outre, contrairement à ce qui est soutenu, le préfet relève que la requérante n'a pas justifié des risques qu'elle encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, préalablement à la suppression de son droit au maintien sur le sol français, et partant, à l'édiction de la décision d'éloignement contestée. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché sa décision d'éloignement d'une erreur de droit en s'abstenant d'examiner les risques auxquels elle pourrait être soumise et qu'il aurait ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 542-2 précité. Pour les mêmes motifs elle n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
8. Mme E produit un certificat et un rapport médical ainsi qu'une ordonnance justifiant de soins reçus en service psychiatrie tant en France qu'en Serbie, du fait de son état dépressif. Toutefois, à eux seuls, ces documents ne sont pas susceptibles d'établir qu'elle souffre de problèmes de santé qui nécessitent une prise en charge médicale dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont elle est originaire, elle ne pourra effectivement pas bénéficier d'un traitement approprié ". Par suite, Mme E n'établit pas que le préfet aurait méconnu les dispositions citées ci-dessus.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger qui fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français de s'assurer, sous le contrôle du juge, en application de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à sa vie ou à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si elle est en droit de prendre en considération, à cet effet, les décisions qu'ont prises, le cas échéant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile saisis par l'étranger de demandes de titre de réfugié politique, l'examen par ces dernières instances, au regard des conditions mises à la reconnaissance du statut de réfugié par la convention de Genève du 28 juillet 1951 des faits allégués par le demandeur d'un tel statut et des craintes qu'il énonce, d'une part et, d'autre part, l'appréciation portée sur eux en vue de l'application de ces conventions, ne lient pas l'autorité administrative et sont sans influence sur l'obligation qui est la sienne de vérifier, au vu du dossier dont elle dispose, que les mesures qu'elle prend ne méconnaissent pas les dispositions précitées.
11. En l'espèce, Mme E allègue qu'en raison de son appartenance à la communauté rom, elle a été victime d'un réseau de proxénètes qui l'ont brutalisée, violée et qui l'ont contrainte à se prostituer, sans pouvoir bénéficier de la protection effective des autorités. Alors que le caractère réel et sérieux de ces craintes n'a pas été reconnu dans le cadre de sa demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA, la requérante produit plusieurs nouvelles pièces tendant à établir la réalité de son enlèvement par des proxénètes. Toutefois, elle ne démontre pas la réalité des risques qu'elle soutient encourir en cas de retour en Serbie, du fait de son extraction dudit réseau de prostitution. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin de suspension :
13. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date du présent jugement : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
14. Les éléments récents apportés par Mme E, dont le recours a été enregistré le 8 juillet 2022 à la Cour nationale du droit d'asile, sont suffisamment sérieux pour justifier que soit suspendue, dans l'attente de leur examen et de la décision de cette juridiction sur le recours formé contre le refus d'asile que lui a opposé l'OFPRA le 29 avril 2022, l'exécution de la mesure d'obligation de quitter le territoire prise à son encontre.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à la présente instance, le versement au conseil de Mme E de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme E est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 18 juillet 2022 obligeant Mme E à quitter le territoire français est suspendue jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur sa demande d'asile.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
G. CLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026