mercredi 14 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204050 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SOCIETE D' AVOCATS HMS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 août 2022, M. B A, représenté par Me Bellanger, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du jury PASS médecine de l'université de Bretagne occidentale (UBO) portant non admission en filière médecine, ensemble la délibération du jury PASS médecine portant admission et classement des candidats, ainsi que les décisions d'admission en deuxième année de médecine des étudiants prises en application de cette délibération ;
2°) d'enjoindre à l'UBO de réunir de nouveau le jury PASS médecine afin qu'il se prononce sur sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'UBO la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que les décisions en litige préjudicient de manière grave et immédiate à sa situation et à son avenir professionnel ; elles le privent de la possibilité de poursuivre des études de médecine ; elles font également obstacle à la concrétisation d'un engagement professionnel par les Cours Laënnec, qui lui avaient proposé un contrat d'enseignement ; s'il pourra de nouveau passer le concours de médecine, il ne pourra le faire qu'en LAS 2, en étant évalué sur des matières ne présentant pas de lien avec les matières de santé ; le fait qu'une candidature puisse être renouvelée ne fait pas obstacle à ce que soit caractérisée l'urgence ; les décisions en litige ont également un impact psychologique très important, eu égard à l'investissement que requièrent les études de médecine et l'iniquité des résultats obtenus ; l'urgence est également caractérisée eu égard à l'imminence de la rentrée universitaire prochaine, permettant aux candidats déclarés admis de suivre la deuxième année de médecine ; l'annulation ultérieure des décisions en litige aura pour effet d'empêcher les étudiants qui auront commencé voire validé leur deuxième année de médecine de poursuivre leurs études et il est donc d'intérêt public qu'il soit remédié sans délai aux vices ayant affecté le déroulement du concours, au sein de l'UBO ; l'intérêt public ne peut être utilement invoqué pour contester l'urgence, dès lors que les effets d'une annulation contentieuse pourront être modulés, pour ne pas remettre en cause la situation des étudiants admis à poursuivre leurs études de santé ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité des décisions en litige, dès lors que :
* les épreuves orales sont insuffisamment définies dans le règlement portant modalités de contrôle de connaissances et de compétences (MCCC), qui doivent être fixées par décision de la commission de la formation et de la vie universitaire au plus tard à la fin du premier mois de l'année d'enseignement, sans pouvoir être ultérieurement modifiées ; en l'espèce, le règlement portant MCCC a précisé le nombre et la durée des épreuves, sans indication sur les connaissances et compétences évaluées ; les MCCC ont été modifiées en janvier et mars 2022, par l'introduction d'une pondération entre les deux épreuves orales, ainsi que d'une pondération entre les différentes épreuves écrites ;
* l'UBO s'est abstenue de mettre en place les modules de préparation aux épreuves orales, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation ; les tutoriels évoqués par l'UBO ne peuvent être regardés comme constituant une préparation adéquate aux épreuves orales ;
* le jury était irrégulièrement composé, ne respectant pas les dispositions de l'article 9 de l'arrêté interministériel du 4 novembre 2019 ; l'arrêté du 18 mars 2022 fixant la composition du jury ne permet pas d'identifier les deux personnalités extérieures, l'enseignant d'une discipline autre que celles de santé et la personnalité qualifiée ;
* il appartiendra également à l'UBO d'établir que les membres suppléants du jury qui ont fait passer des épreuves orales ont participé aux délibérations, dans la mesure où ils ont remplacé des membres titulaires qui ne pouvaient donc pas se prononcer sur les mérites de certains candidats ;
* c'est illégalement qu'ont été constitués des sous-jurys ;
* il a vainement demandé la preuve de leur composition régulière et conforme aux dispositions de l'article 12 de l'arrêté interministériel du 4 novembre 2019 ;
* l'épreuve orale relative au projet de formation et professionnel est entachée d'irrégularités dans son déroulement, qui ont généré une rupture d'égalité entre les candidats ; il a été interrogé sur sa pratique de l'athlétisme, sans lien avec le thème de l'épreuve ;
* les notes n'ont fait l'objet d'aucune harmonisation ni péréquation, lesquelles sont obligatoires dès lors que le jury est subdivisé en groupes d'examinateurs ;
* les modalités de classement à l'issue des épreuves du second groupe sont entachées d'illégalité : l'UBO a décidé de modifier, pour l'admission à l'issue du second groupe d'épreuves, les modalités selon lesquelles les résultats du premier groupe d'épreuves avaient été établis ; les épreuves du premier groupe prises en considération et leur pondération n'ont pas été les mêmes, pour l'admission des candidats directement à l'issue des seuls écrits, et des candidats à l'issue des épreuves orales ; ainsi, les unités d'enseignement " compétences santé " étaient prises en compte pour l'admission des grands admis et l'admissibilité aux épreuves du second groupe, mais ne l'étaient plus pour l'admission des candidats à l'issue desdites épreuves orales ; de même, les coefficients affectés à chaque unité d'enseignement ont été modifiés entre l'admissibilité et l'admission à l'issue des épreuves orales ;
* le coefficient des épreuves orales, fixé à 70%, est disproportionné, ce d'autant qu'elles ne consistent qu'en deux épreuves d'une durée de 15 minutes chacune, qui ne viennent sanctionner aucune compétence acquise ou enseignement suivi au cours de l'année ; il conduit à ce qu'il soit fait abstraction des résultats obtenus au premier groupe d'épreuves, qui ont consisté en 9 épreuves écrites d'une durée de 11,5 heures, outre les modules anglais et découverte des métiers, venant sanctionner 130 cours magistraux, 35 e-learning et le module d'anglais, d'une durée de 427 heures ; or, la pondération des notes obtenues à l'issue de chaque groupe d'épreuves doit être en cohérence avec les modalités de contrôle des connaissances, ainsi qu'avec ce qu'elles viennent sanctionner comme enseignement ou compétence ; à supposer que ces épreuves orales soient considérées comme indispensables à la formation délivrée, c'est le principe même des grands admis à l'issue du premier groupe d'épreuves qui s'avère irrégulier ;
* le coefficient entre les épreuves orales, 30 % pour l'analyse et la présentation du document scientifique et 70 % pour le projet de formation et professionnel, est lui aussi entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
* si la pondération mise en œuvre s'avérait conforme aux dispositions de l'article R. 631-1-2 du code de l'éducation ainsi qu'à celles de l'arrêté interministériel du 4 novembre 2019, ce sont ces mêmes dispositions qui s'avèreraient illégales, par la voie de l'exception, en tant qu'elles seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaîtraient le principe d'égalité de traitement des candidats.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, l'Université de Bretagne occidentale (UBO), représentée par la Selarl Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. A de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite ; l'intérêt général commande le maintien de l'exécution de la décision en litige, au regard de la perturbation significative sur le fonctionnement de l'université qu'engendrerait la suspension de son exécution ; les étudiants admis en deuxième année de médecine ont réalisé leur stage infirmier durant l'été ; l'organisation de nouvelles épreuves orales et l'établissement d'un éventuel nouveau classement sont inenvisageables avant la rentrée universitaire et porteraient en outre atteinte à la situation des étudiants définitivement admis en deuxième année ; la circonstance que M. A ait perdu l'opportunité d'enseigner est sans incidence ; il y a lieu de prendre en considération la circonstance que l'intéressé peut de nouveau candidater au concours de médecine ;
- M. A ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en particulier :
* le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'éducation est inopérant ; en tout état de cause, les modalités de contrôle des connaissances et des compétences (MCCC) n'ont pas évolué, l'ajout des coefficients des épreuves orales entre elles tenant à la seule correction d'une erreur matérielle ; les coefficients en cause étaient au demeurant prévus dans les MCCC en vigueur l'année précédente ;
* les épreuves orales étaient suffisamment définies, s'agissant notamment des compétences évaluées ;
* les étudiants ont disposé d'un module de préparation à chaque épreuve suffisant au regard des exigences de l'arrêté du 4 novembre 2019 ;
* le jury et les groupes d'examinateurs étaient régulièrement composés ;
* les épreuves se sont déroulées régulièrement et il n'est pas établi que les candidats n'auraient pas été évalués et traités de manière équitable ; il n'appartient pas au juge des référés de contrôler l'appréciation portée sur la valeur ou les mérites du candidat ; l'objectif de l'épreuve orale de motivation réside dans l'appréciation d'un savoir-être et non de connaissances techniques ; des questions relatives à une pratique sportive ou artistique sont pertinentes ;
* aucune disposition n'impose de péréquation ni d'harmonisation des notes ; en tout état de cause, une harmonisation a été pratiquée à l'issue des épreuves orales, les groupes d'examinateurs disposant d'une grille critériée pour procéder à l'évaluation de chaque candidat ;
* la pondération des épreuves écrites et orales, et orales entre elles, n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- la requête au fond n° 2204049, enregistrée le 5 août 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- l'arrêté du 22 janvier 2014 fixant le cadre national des formations conduisant à la délivrance des diplômes nationaux de licence, de licence professionnelle et de master ;
- l'arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence ;
- l'arrêté du 4 novembre 2019 relatif à l'accès aux formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 août 2022 :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Bellanger, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, et précise notamment que :
* les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'éducation sont applicables aux études de santé, en application des dispositions de l'arrêté du 30 juillet 2018 ; ces dispositions législatives obligent les établissements d'enseignement à fixer les modalités de contrôle des connaissances et des compétences (MCCC) avant la fin du premier mois d'enseignement et prohibent toute modification en cours d'année ; en l'espèce, les articles 9 et 10 des MCCC ont été modifiées en janvier-mars 2022 ; les modifications en cause, qui ont trait à la création de pondération initialement non prévues, ne portent pas seulement rectification d'omissions strictement matérielles ;
* l'université n'a pas mis à disposition des étudiants les modules de préparation aux épreuves orales qu'exigent les dispositions réglementaires applicables ;
* l'université n'apporte aucune pièce permettant d'établir que le jury et les groupes d'examinateurs étaient régulièrement composés, et que le quorum a été respecté ; il n'est pas non plus établi que la subdivision du jury était nécessaire, dans son principe et dans son quantum, au regard du nombre d'étudiants convoqués ;
* elle n'apporte pas davantage d'éléments tendant à démontrer qu'une harmonisation des notes attribuées par les groupes d'examinateurs a été réalisée par le jury, alors même qu'une telle harmonisation est obligatoire en cas de subdivision du jury ;
* l'article 10 des MCCC est entaché d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation, en tant qu'il prévoit que, s'agissant des étudiants admissibles et convoqués aux épreuves orales, les notes obtenues aux épreuves écrites portant sur les unités d'enseignement relatives aux compétences santé ne sont plus prises en considération au titre des épreuves écrites, telles qu'elles sont valorisées dans leur note globale et pour le classement final ; cette exclusion est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au choix des unités d'enseignement valorisées ; il est inenvisageable d'exclure ces épreuves de celles prises en considération, alors qu'elles représentent des enseignements majeurs et représentent 10 ECTS, ce qui est considérable ;
- les observations de Me Roquet, représentant l'Université de Bretagne occidentale, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire en défense, par les mêmes arguments, et fait notamment valoir que :
* la suspension de l'exécution de la délibération en litige affectera la situation de tous les étudiants, eu égard aux moyens soulevés ;
* les MCCC n'ont pas été substantiellement modifiées : l'ajout en litige a seulement porté sur la précision de la pondération entre les deux épreuves orales, laquelle était prévue dans son principe ; la pondération en cause était déjà prévue l'année précédente, ce qui confirme qu'il ne s'agissait que d'une omission purement matérielle ;
* la modification relative à la pondération des épreuves écrites, lors de la prise en compte à l'issue du second groupe d'épreuves, procède de la prise en considération d'une réforme en date d'octobre 2021 ;
* l'exclusion des notes obtenues aux unités d'enseignement compétences santé, dans le cadre de la valorisation des notes obtenues aux épreuves écrites par les étudiants, à l'issue des épreuves du second groupe, ne crée aucune rupture d'égalité ; les grands admis, directement à l'issue des épreuves écrites, ne sont pas dans la même situation que ceux admis à l'issue des épreuves orales ; tous les étudiants admissibles aux épreuves orales sont traités de manière identique ;
* les épreuves orales n'ont pas pour objet d'apprécier les mêmes compétences que les épreuves écrites ; l'université dispose d'une marge d'appréciation pour déterminer leurs contenus et les compétences valorisées ;
* a été mise en œuvre une harmonisation des notes attribuées par les groupes d'examinateurs, sur la base d'une grille critériée mise à disposition de tous les examinateurs avant les épreuves orales.
La clôture de l'instruction a été différée au lundi 29 août 2022 à 12h.
Un mémoire a été présenté pour l'Université de Bretagne occidentale, enregistré le 26 août 2022, aux termes duquel elle persiste dans ses conclusions écrites. Elle fait également valoir que :
- les deux modifications des MCCC faites en cours d'année ne sont pas substantielles et procèdent seulement de la précision des pondérations applicables, telles qu'elles étaient au demeurant prévues l'année précédente ; il s'agissait en outre de faire application des dispositions de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019, telles que modifiées par l'arrêté du 22 octobre 2021 et d'application immédiate ;
- les étudiants ont eu connaissance des attendus du jury, s'agissant des épreuves orales, dès le 31 mai 2022 ;
- il est justifié de la composition régulière du jury et des groupes d'examinateurs ; le quorum a été parfaitement respecté ;
- il est également justifié de l'harmonisation des notes attribuées par les groupes d'examinateurs, afin que soit assurée l'égalité entre les candidats ; les membres des sous-jury se sont vu remettre une grille critériée, ainsi que présenter les consignes et attendus du jury, lors de deux réunions les 1er avril et 23 juin 2022 ; un jury d'harmonisation s'est réuni le 2 juillet 2022.
Un mémoire a été présenté pour M. A, enregistré le 29 août 2022 à 9h28, aux termes duquel il persiste dans ses conclusions écrites. Il soutient également que :
- les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'éducation sont applicables aux études de santé, dès lors qu'elles fixent les conditions générales de délivrance des diplômes, dont ne sont pas exclus les diplômes de santé ; au demeurant, l'arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme de licence est bien applicable aux formations de médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique ;
- les modifications apportées aux MCCC ne relèvent pas de la simple correction d'une erreur matérielle ; la seule circonstance que la pondération des épreuves orales décidée en cours d'année ait été celle mise en œuvre l'année précédente reste sans incidence ; certaines universités ont au demeurant décidé de changer la pondération des épreuves orales d'une année sur l'autre ;
- il n'est pas établi que les modifications en cause procèdent de l'entrée en vigueur de l'arrêté du 22 octobre 2021 ; l'UBO ne précise au demeurant pas les dispositions dont il s'est agi de faire application ;
- les MCCC ne précisent pas les connaissances et compétences évaluées au titre des épreuves orales ;
- la subdivision du jury en groupes d'examinateurs différents selon les épreuves orales n'est pas justifiée ; en tout état de cause, les groupes d'examinateurs n'étaient pas composés à l'identique pour une même épreuve orale ; cette différence de composition a pu avoir une incidence sur les notes attribuées ;
- il n'est pas établi qu'il a été procédé à une harmonisation des notes ; les notes qu'il a obtenues n'ont pas été harmonisées ;
- les modalités de classement à l'issue du second groupe d'épreuves ont été illégalement modifiées : les notes obtenues à l'écrit ont fait l'objet d'une pondération qui n'était pas prévue initialement ; en outre, ont été exclues de ces notes celles obtenues aux unités d'enseignement compétence santé, qui représentent à elles-seules 10 ECTS chacune ; cette exclusion, même prévue dès le mois de septembre, méconnaît les dispositions de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 ;
- la pondération retenue entre les épreuves écrites et orales est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été inscrit en PASS au sein de l'Université de Bretagne occidentale (UBO) au titre de l'année universitaire 2021/2022. Il a été admis à se présenter aux oraux du second groupe d'épreuves, en particulier pour la filière médecine, à l'issue desquelles il a été exclu. M. A a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre la délibération du jury PASS de l'UBO portant non admission en filière médecine, ensemble la délibération du jury PASS médecine portant admission et classement des candidats, ainsi que les décisions d'admission en deuxième année de médecine des étudiants prises en application de cette délibération et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne le doute sérieux :
3. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'éducation : " I.- () / L'admission en deuxième ou en troisième année du premier cycle des formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique est subordonnée à la validation d'un parcours de formation antérieur dans l'enseignement supérieur et à la réussite à des épreuves, qui sont déterminées par décret en Conseil d'État. () ". Aux termes de son article R. 631-1 : " I. - Les catégories de parcours de formation permettant d'accéder aux formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie ou de maïeutique sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 631-1 sont les suivantes : / 1° Une formation du premier cycle de l'enseignement supérieur dans les conditions prévues au I de l'article R. 631-1-1 et de l'article R. 631-1-2 et conduisant à un diplôme national de licence dispensée dans une université comportant ou non une unité de formation et de recherche de médecine, de pharmacie, d'odontologie, une structure de formation en maïeutique ou une composante qui assure ces formations au sens de l'article L. 713-4 ; / 2° Une année de formation du premier cycle de l'enseignement supérieur spécialement proposée par les universités comportant une unité de formation et de recherche de médecine, de pharmacie, d'odontologie, une structure de formation en maïeutique ou une composante qui assure ces formations au sens de l'article L. 713-4. () ". Aux termes de son article R. 631-1-2 : " L'admission en deuxième ou en troisième année du premier cycle des formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie ou de maïeutique, au titre des dispositions du I de l'article R. 631-1, est subordonnée à la réussite à des épreuves organisées selon les deux groupes suivants : / 1° Un premier groupe d'épreuves est défini par les universités pour chaque parcours de formation antérieur mentionné au I de l'article R. 631-1. Chaque université dans laquelle seront inscrits les étudiants en deuxième ou en troisième année du premier cycle des formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie ou de maïeutique détermine les épreuves des unités d'enseignements du parcours de formation antérieur tel que défini à l'article R. 631-1 dont les résultats sont pris en compte pour l'admission dans chacune des formations. / () / Le jury fixe les notes minimales permettant aux candidats d'être admis en deuxième ou en troisième année du premier cycle des formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie ou de maïeutique immédiatement après le premier groupe d'épreuves, ainsi que les notes minimales autorisant les autres candidats à se présenter au second groupe d'épreuves ; / 2° Un second groupe d'épreuves évalue des compétences transversales. Il comporte une ou plusieurs épreuves orales et peut comporter une ou plusieurs épreuves écrites majoritairement rédactionnelles. / Les épreuves peuvent être communes à plusieurs parcours de formation antérieurs pour l'accès à chacune des formations de médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique, et peuvent être communes à plusieurs de ces formations. / Un module de préparation au second groupe d'épreuves est obligatoirement proposé à tout candidat par les universités admettant des étudiants dans les formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie ou de maïeutique. Les conditions d'organisation et d'inscription à ce module sont régies par les conventions mentionnées au IV de l'article R. 631-1-1. / L'université détermine pour chaque formation de médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique, et pour chaque parcours ou groupe de parcours de formation antérieurs les modalités selon lesquelles les résultats aux deux groupes d'épreuves sont pris en compte pour établir les listes d'admission. / () ".
4. Aux termes de son article L. 613-1 : " () / Les aptitudes et l'acquisition des connaissances sont appréciées, soit par un contrôle continu et régulier, soit par un examen terminal, soit par ces deux modes de contrôle combinés. Les modalités de ce contrôle tiennent compte des contraintes spécifiques des étudiants accueillis au titre de la formation continue. Elles sont adaptées aux contraintes spécifiques des étudiants ou personnes bénéficiant de la formation continue présentant un handicap ou un trouble invalidant de la santé ou en état de grossesse. Elles doivent être arrêtées dans chaque établissement au plus tard à la fin du premier mois de l'année d'enseignement et elles ne peuvent être modifiées en cours d'année ".
5. Aux termes de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 relatif à l'accès aux formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique : " I. - Les épreuves du second groupe sont constituées d'épreuves orales et le cas échéant d'épreuves écrites qui ne peuvent représenter plus de la moitié du coefficient total des épreuves de cette phase. / () / Les épreuves orales comportent au moins deux entretiens avec le candidat. (). La durée totale des épreuves orales est fixée par l'université. Cette durée ne peut être inférieure à vingt minutes et doit être la même pour tous les candidats. / II. - Les épreuves du second groupe doivent permettre aux candidats de démontrer, à partir d'une docimologie différente de celle mise en œuvre lors des épreuves du premier groupe qu'ils disposent des compétences nécessaires pour accéder aux formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie ou de maïeutique. / Les modalités de ces épreuves sont identiques pour tous les étudiants candidats à une même formation de médecine, de pharmacie, d'odontologie ou de maïeutique issus d'un même groupe de parcours de formation. / Le nombre d'épreuves, la durée de chacune des épreuves, les compétences évaluées par chaque épreuve et les modalités d'évaluation de ces compétences sont notamment précisés par les universités dans le cadre de l'établissement de leurs modalités de contrôle des connaissances. / III. - À l'issue du second groupe d'épreuves, le jury établit, par ordre de mérite pour chaque groupe de parcours de formation antérieur, dans la limite des capacités d'accueil fixées par l'université et du pourcentage fixé au II de l'article 7, la liste des candidats admis pour chaque formation de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique. Les modalités de prise en compte du premier et du second groupe d'épreuves pour l'établissement de cette liste sont précisées par les universités ou les structures de formation en maïeutique dans le cadre de l'établissement de leurs modalités de contrôle des connaissances. / () ".
6. Lors de sa séance du 28 septembre 2021, la commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) de l'UBO a approuvé les modalités de contrôle des connaissances et des compétences (MCCC) PASS. Aux termes de l'article 9 de ces MCCC : " Les épreuves du second groupe sont constituées de deux épreuves orales, d'une durée de 15 minutes. / Les épreuves orales se déroulent de la manière suivante : 15 minutes autour de l'analyse d'un document scientifiques, 15 minutes autour du projet de formation et professionnel. / Un temps de préparation à l'analyse du document scientifique de 30 minutes est accordé avant l'épreuve. / Des modules d'appui méthodologiques et pédagogiques sont mis en ligne sur le site internet httos://www.univ-brest.fr/medecine ". Aux termes de l'article 10 de ces MCCC : " À l'issue du second groupe d'épreuves, le jury établit, par ordre de mérite, la liste des candidats admis pour chaque formation de MMOP. / Le classement prend en compte à hauteur de 30% les notes obtenues aux Unités d'Enseignement communes (UE.1, UE.2, UE.3a, UE.3b, UE.4, UE.5, UE.6, UE.7) du premier groupe des épreuves et à hauteur de 70% les notes obtenues au second groupe des épreuves. / Le jury se réserve le droit d'accorder des points de jury / () ". L'annexe à ces MCC précise les coefficients affectés à chacune des formations MMOP - parcours santé, lesdits coefficients étant identiques pour les filières maïeutique, médecine et odontologie : UE.1 : 2,2 - UE.2 : 2 - UE.3a : 1,4 - UE.3b : 0,6 - UE.4 : 0,8 - UE.5 : 0,8 - UE.6 : 0,7 - UE.7 : 1,2 - contraction de textes : 0,5 et épreuves de QCM : 0,7 et différents pour la filière pharmacie : UE.1 : 2,4 - UE.2 : 1,7 - UE.3a : 1,3 - UE.3b : 0,6 - UE.4 : 1 - UE.5 : 0,6 - UE.6 : 1,2 - UE.7 : 0,9 - contraction de textes : 0,4 et épreuves de QCM : 0,5.
7. Lors de sa séance du 29 mars 2022, la CFVU de l'UBO a approuvé les MCCC PASS, en les modifiant comme suit : Aux termes de l'article 9 de ces MCCC : " () / À l'issue des épreuves orales, une note globale est calculée selon les coefficients suivant : 0,3 pour l'analyse et la présentation du document scientifique / 0,7 pour le projet de formation et professionnel ". Aux termes de l'article 10 de ces MCCC : " () / Le classement de 2ème groupe d'épreuves prend en compte à hauteur de 30% selon un classement neutre, les notes obtenues en session 1, aux Unités d'Enseignement communes affectées des coefficients suivants : UE.1 / 2,2, UE.2 / 2, UE.3a / 1,4, UE.3b / 0,6, UE.4 / 0,8, UE.5 / 0,8, UE.6 / 0,8, UE.7 / 1,4 (contractions de textes 0,6, Epreuves de QCM 0,8) et du module d'anglais, du premier groupe d'épreuves et à hauteur de 70% la note obtenue au second groupe des épreuves, selon les coefficients indiqués à l'article 9. / () ".
8. Il résulte ainsi de l'instruction que la CFVU de l'UBO a, en cours d'année universitaire et au-delà de la fin du premier mois d'enseignement, modifié les MCCC PASS, en ajoutant une pondération entre les deux épreuves orales du second groupe d'épreuves, et en modifiant également les modalités de prise en compte des notes obtenues aux unités d'enseignement communes en session 1, pour établir le classement des étudiants à l'issue du second groupe d'épreuves, par l'affectation de différents coefficients à ces unités d'enseignement. Il ne résulte à cet égard pas de l'instruction, ainsi que le fait valoir l'UBO en défense, que les modifications en cause procèdent de la simple rectification d'une omission matérielle dans les MCCC initiales, aucune de leurs dispositions ne prévoyant le principe d'une pondération des épreuves orales entre elles et les MCCC en cause étant parfaitement applicables sans pondération de ces épreuves. La circonstance qu'une telle pondération était effectivement prévue dans les MCCC de l'année précédente reste sans incidence. S'agissant par ailleurs des modalités de prise en compte des notes écrites dans le classement des étudiants à l'issue des épreuves orales, il ne résulte pas de l'instruction que cette modification des MCCC PASS aurait procédé de l'entrée en vigueur de l'arrêté du 21 octobre 2022, lequel, s'il était effectivement applicable à la rentrée universitaire 2021/2022, ne comportait aucune disposition portant sur ce point précis ou impliquant une telle modification. Par ailleurs, les coefficients mis en œuvre ne correspondent, en tout état de cause, pas à ceux précisés dans l'annexe aux MCCC initiales. L'UBO n'est pas davantage fondée à se prévaloir de ce que les MCCC mises en œuvre ont été portées à la connaissance des étudiants par la transmission des attendus du jury, cette transmission n'ayant été réalisée que le 31 mai 2022. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que les MCCC effectivement mises en œuvre ont été tardivement et irrégulièrement modifiées, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'éducation, applicables aux formations de santé, apparaît de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la délibération en litige.
En ce qui concerne l'urgence :
9. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
10. Il résulte à cet égard de l'instruction que la délibération en litige, qui le déclare exclu, fait obstacle à ce que M. A poursuive ses études en deuxième année de licence PASS, filière médecine, les dispositions légales et réglementaires en vigueur faisant par ailleurs obstacle à ce qu'il soit admis à redoubler dans la même formation de PASS au titre de l'année universitaire 2022/2023.
11. Si l'UBO fait valoir que la suspension dont il est demandé le prononcé aura des effets majeurs sur la situation des étudiants admis en deuxième année de médecine, elle n'établit pas, alors qu'elle dispose de l'ensemble des données pour le faire, que l'éventuelle admission de M. A en deuxième année de médecine aura pour conséquence nécessaire le déclassement de d'un étudiant, n'établissant notamment pas l'impossibilité juridique à créer une place supplémentaire dans la filière médecine.
12. L'UBO n'établit pas davantage dans quelle mesure l'admission éventuelle de M. A perturberait significativement le fonctionnement et l'organisation de l'université ainsi que la situation de l'ensemble des étudiants, nonobstant la circonstance que la rentrée a eu lieu il y a quelques jours, dès lors qu'eu égard au moyen de suspension retenu, il n'y a pas lieu pour l'UBO d'organiser de nouvelles épreuves orales, et que la délibération en litige proclamant les résultats à l'issue du second groupe d'épreuves, publiée le 12 juillet 2022, est, à la date de la présente ordonnance, devenue définitive à l'égard des étudiants exclus, de sorte qu'aucune nouvelle contestation contentieuse n'apparaît susceptible de remettre en cause les décisions d'admission notifiées aux étudiants de PASS, qui ont commencé à suivre les enseignements de la deuxième année des études de santé, ou de rendre nécessaire l'établissement d'un nouveau classement.
13. Il ne résulte ainsi pas de l'instruction que l'intérêt public s'oppose à ce que soit ordonnée la suspension de l'exécution de la délibération contestée. Dans ces circonstances, et eu égard à la balance des intérêts en présence, M. A établit que la délibération en litige, en tant qu'elle le déclare non admis en deuxième année de médecine, porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle pour que la condition d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative puisse être regardée comme remplie.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander que l'exécution de la délibération du jury PASS de l'UBO du 12 juillet 2022 portant non admission en filière médecine soit suspendue, en tant qu'elle le concerne, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
15. Eu égard aux conséquences manifestement excessives sur la situation des étudiants admis en deuxième année de médecine et qui ont commencé à en suivre les enseignements qui résulteraient de la suspension de l'exécution de la délibération du jury PASS médecine de l'UBO portant admission et classement des candidats, ainsi que des décisions d'admission en deuxième année de médecine des étudiants prises en application de cette délibération, l'intérêt public commande en revanche qu'il ne soit pas fait droit aux conclusions de la requête tendant à la suspension de leur exécution.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
16. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint à l'UBO de réunir de nouveau le jury PASS médecine afin qu'il se prononce sur la situation de M. A en faisant application des MCCC telles qu'approuvées en septembre 2021, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de chaque partie les frais d'instance exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la délibération du jury PASS de l'UBO du 12 juillet 2022 portant non admission de M. A en filière médecine est suspendue, en tant qu'elle le concerne, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : Il est enjoint à l'UBO de réunir de nouveau le jury PASS médecine afin qu'il se prononce sur la situation de M. A, en faisant application des MCCC telles qu'approuvées en septembre 2021, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par l'UBO au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à l'Université de Bretagne occidentale.
Copie en sera adressée à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Fait à Rennes, le 14 septembre 2022.
Le juge des référés,
signé
O. CLa greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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