vendredi 28 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204302 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 août 2022, Mme C B, représentée par Me Jincq-Le Bot, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation et de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une personne incompétente ;
- il est entaché d'une erreur de fait ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante albanaise née le 9 août 1954, déclare être entrée en France le 3 février 2020. Le 27 février 2020, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 8 avril 2022 dont elle demande l'annulation, le préfet du Finistère a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 22 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Finistère du 23 septembre 2021, le préfet de ce département a donné délégation de signature à M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture du Finistère et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet dans ce département, à l'exclusion d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au séjour ou à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'est entrée en France qu'à l'âge de 65 ans alors qu'elle est veuve depuis le 18 novembre 2007 et que si sa fille, aînée de ses trois enfants majeurs qui l'héberge, dispose d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 21 juin 2023, tel n'est pas le cas de son premier fils qui ne peut être regardé comme résidant en France de manière régulière du seule fait qu'il détienne une carte individuelle d'admission à l'aide médicale de l'État valable jusqu'au 28 février 2023, alors que son second fils réside quant à lui en Italie. Or la seule présence sur le territoire français, en situation régulière, de sa fille et de ses deux petits-enfants n'est pas en elle-même de nature à établir que son éloignement porterait une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale alors qu'elle a vécu jusqu'à ses 65 ans dans son pays d'origine et que son fils, en situation irrégulière, n'a pas vocation à se maintenir sur le territoire français. De plus, la circonstance qu'elle s'occupe de sa petite fille et qu'elle participe à l'entretien de la maison dans laquelle elle est hébergée ne peut suffire à justifier d'une intégration particulière dans la société française. La requérante n'établit en outre pas, ni d'ailleurs n'allègue, qu'elle aurait noué en France d'autres liens personnels. Dans ces conditions, eu égard à la présence récente de Mme B en France et alors même qu'aucun de ses enfants ne résiderait en Albanie, la décision attaquée lui portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
5. En troisième lieu, dans l'arrêté attaqué, le préfet du Finistère, qui a examiné la situation personnelle et familiale de l'intéressée, relève qu'elle ne justifie " pas être dépourvue d'attaches en Albanie, son pays d'origine, où résident ses deux autres enfants " et que " si elle présente un document de la mairie de Shkodër indiquant que ces derniers résideraient hors d'Albanie, elle n'en justifie pas ". A supposer même, ainsi que Mme B le soutient, qu'aucun de ses fils ne résiderait en Albanie, cette erreur de fait n'a pas d'incidence sur la légalité de la décision attaquée alors que, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'un de ses fils réside de manière irrégulière en France et l'autre vit en Italie.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
7. Si Mme B fait valoir qu'elle souffre de nombreuses pathologies nécessitant une prise en charge médicale régulière inaccessible en Albanie, elle se borne à produire un certificat médical non circonstancié établi le 15 avril 2022 par un médecin généraliste, postérieurement à l'arrêté attaqué, selon lequel elle serait suivie de manière régulière dans un centre d'accueil médicalisé depuis 2018, alors d'ailleurs qu'elle a déclaré être entrée en France en 2020, " pour plusieurs pathologies dont une pathologie chronique actuellement déséquilibrée ". En se bornant en outre à mentionner que " sa prise en charge nécessite l'intervention d'une infirmière à domicile une fois par semaine, des consultations spécialisées en milieu hospitalier et un traitement médicamenteux quotidien dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité " ce certificat qui ne prend pas parti sur la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, ne permet pas d'établir que la requérante qui n'a d'ailleurs pas déposé de demande de titre de séjour depuis son entrée en France, puisse se prévaloir des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à la présente instance, le versement de la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Kolbert, président,
Mme Plumerault, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.
La rapporteure,
signé
C. A
Le président,
signé
E. Kolbert
La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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