mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204318 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 août 2022, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 avril 2022 lui accordant aucun bracelet au titre du plan de chasse individuel " chevreuil " pour la campagne 2022-2023 ;
2°) de condamner la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor à lui verser une somme de 1 500 euros en dédommagement de la perte du bénéfice du plan de chasse ;
3°) de mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor la somme de 130 euros au titre des frais irrépétibles de procédure et aux entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision de la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor n'est pas motivée ;
- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de fait dès lors que le précédent plan de chasse accordé à M. C sur ce territoire comportait deux chevreuils ;
- le refus du plan de chasse suscite une perte de loisirs et de plaisir qui justifie un dédommagement de préjudice de 1 500 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2023, la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet eu fond et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le recours administratif préalable obligatoire de M. A est tardif ;
- au fond, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Terras,
- et les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a déposé, pour le compte de la SCP AR Vagoreg - Cornec une demande d'attribution de trois bracelets dans le cadre du plan de chasse pour la régulation du chevreuil au titre de la campagne 2022-2023 en vue de pratiquer la chasse de ce gibier, sur les 26 hectares de son territoire de chasse. Par une décision du 19 avril 2022, la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor lui a notifié une décision lui attribuant zéro bracelet. Par un courrier du 24 juin 2022, M. A a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cet arrêté, resté sans réponse. Il demande au tribunal l'annulation de cette décision implicite de rejet ainsi que la condamnation de la fédération à l'indemniser d'une somme de 1 500 euros en réparation du préjudice résultant, selon lui, de sa perte de loisirs.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 425-7 du code de l'environnement : " Toute personne détenant le droit de chasse sur un territoire et qui désire obtenir un plan de chasse individuel doit en faire la demande. (). ". Aux termes de l'article R. 425-9 du même code : " Des demandes de révision des décisions individuelles peuvent être introduites auprès du président de la fédération départementale des chasseurs. Pour être recevables, ces demandes doivent être adressées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par un envoi recommandé électronique au sens de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification des décisions contestées ; elles doivent être motivées. Le silence gardé par le président de la fédération départementale des chasseurs dans un délai d'un mois vaut décision implicite de rejet ". Il résulte de ces dispositions qu'un recours administratif obligatoire préalable à la saisine du juge a été institué en matière de demande de révision de plan de chasse afin de laisser à l'autorité compétente le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. La décision prise à la suite de ce recours se substitue à la décision initiale.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale. ". L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme dirigées, non contre la décision initiale du 19 avril 2022 du président de la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor, mais contre la décision implicite de rejet de la demande de révision présentée le 24 juin 2022 par le requérant.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de révision formée contre la décision du 19 avril 2022 :
5. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".
6. Le requérant ne peut utilement soutenir que la décision est entachée d'une insuffisance de motivation dès lors que la décision de rejet de sa demande de révision est implicite et qu'il n'a pas sollicité la communication des motifs de cette décision.
7. Si M. A doit être regardé comme soutenant que la décision est entachée d'une erreur de fait en raison de l'absence de prise en compte de son territoire de chasse établi par un extrait cadastral à son nom et des plans de " sa seule parcelle faisant partie du précédent îlot à proximité de Cornec " fournis à l'administration, il ne conteste pas utilement ne pas avoir fourni les justificatifs demandés ni les écritures en défense de la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor selon lesquelles le territoire a été totalement déboisé au cours de l'été 2021, ce qui ne justifie plus l'attribution d'un plan de chasse chevreuil.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A des décisions l'autorisant à ne prélever aucune tête de chevreuil doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
9. M. A n'établissant pas que la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor aurait commis aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité en ne lui accordant aucune tête de chevreuil, les conclusions indemnitaires, en tout état de cause non précédées d'une réclamation préalable, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la fédération départementale des chasseurs en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la fédération départementale des chasseurs des Côtes-d'Armor.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Thielen, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. Terras
Le président,
Signé
N. Tronel La greffière,
Signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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