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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204495

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204495

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 5 septembre 2022, le 5 juillet 2024 et le 24 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Jean-Meire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Philibert a certifié que l'opération de construction d'une habitation à étage sur la parcelle cadastrée section AX n° 146 située 7 allées des Genêts à Saint-Philibert n'était pas réalisable ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Philibert de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Philibert la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 28 septembre 2023 et le 11 juillet 2024, la commune de Saint-Philibert, représentée par Me Colas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute pour le requérant d'avoir notifié son recours contentieux à la commune en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villebesseix,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Jean-Meire, représentant M. A, et de Me Colas, représentant la commune de Saint-Philibert.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire de la parcelle cadastrée section AX n° 146 située 7 allée des Genêts à Saint-Philibert. Le 1er avril 2022, il a déposé une demande de certificat d'urbanisme opérationnel pour la réalisation d'une habitation à étage sur ce terrain. Par un arrêté du 8 juillet 2022, le maire de la commune de Saint-Philibert a certifié que cette opération n'était pas réalisable en application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. () ".

3. Les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, conformément à l'objectif de sécurité juridique qu'elles poursuivent, si elles mentionnent les certificats d'urbanisme, n'ont cependant pas entendu viser les certificats d'urbanisme négatifs qui ne confèrent aucun droit à leur titulaire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. ".

5. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

6. Pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il appartient à l'autorité compétente en matière d'urbanisme, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent, et pour l'application de cet article en matière de risque de submersion marine, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, en l'état des données scientifiques disponibles, ce risque de submersion en prenant en compte notamment le niveau marin de la zone du projet, le cas échéant, sa situation à l'arrière d'un ouvrage de défense contre la mer ainsi qu'en pareil cas, la probabilité de rupture ou de submersion de cet ouvrage au regard de son état, de sa solidité et des précédents connus de rupture ou de submersion.

7. En l'espèce, il est constant que la commune de Saint-Philibert n'est pas couverte par un plan de prévention des risques littoraux. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) du Morbihan a fait réaliser une carte retenant au droit de la parcelle de M. A un aléa de référence centennal de 3,80 m du nivellement général de la France (NGF) correspondant au niveau marin atteint au cours de la tempête Johanna en 2008. En outre, la carte des risques de submersion marine établie en 2011 par la DDTM du Morbihan retient qu'en prenant en compte l'hypothèse d'une incidence basse du changement climatique sur le niveau marin (+ 20 cm), le terrain d'assiette du projet se situe en majeure partie en zone d'aléa fort avec en conséquence un risque de hauteur d'eau de plus d'un mètre et pour une petite partie au sud en zone d'aléa moyen avec en conséquence un risque de hauteur d'eau de 0,5 à 1 mètre. En prenant toutefois en compte l'incidence du changement climatique à l'horizon 2100 (+ 60 cm), le terrain d'assiette du projet se situe intégralement en zone d'aléa fort.

8. La DDTM du Morbihan propose des éléments de doctrine de maîtrise de l'urbanisation dans les zones à risques sous forme d'une grille d'analyse du risque de submersion marine pour l'autorité administrative chargée de la délivrance des permis de construire. Elle indique qu'en zone d'aléa fort le principe est l'interdiction des constructions, que dans les zones déjà urbanisées, la construction de bâtiment d'habitation nouveau doit être autorisée en présence d'un aléa moyen sous réserve du respect de prescription uniquement dans les dents creuses et si l'habitat est à étage avec prescriptions : " -espace refuge (étage) à la cote NMC + 0.80 m facile d'accès pour les occupants et les opérations de secours (grandes ouvertures) - si techniquement possible (pilotis) 1er niveau de plancher à la cote NMC + 0.40 m et vide sanitaire (ouvertures pour libre écoulement des eaux). ". Enfin, elle indique qu'en présence d'un aléa futur (bande de surélévation de 0.60 m) correspondant à l'aléa 2100, les constructions en dent creuse peuvent être autorisées sous réserve du respect de prescriptions.

9. M. A soutient que l'aléa de référence appliqué n'est pas le bon. Cependant, par les pièces qu'il apporte, il ne démontre pas que la modélisation opérée par le service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM) et le découpage sur la carte des niveaux centennaux qui retient un aléa de référence différent à partir du milieu de la plage de Men er Beleg, seraient faux. Par ailleurs, il fait valoir que les cartes de la DDTM du Morbihan sont erronées puisque la digue située sur la plage de Men er Beleg n'a pas été prise en compte. Toutefois, aucun élément du dossier ne permet d'établir que le muret présent sur cette plage présente une hauteur et une solidité suffisante pour faire face au risque de submersion marine et que sa prise en compte conduirait à un classement différent de sa parcelle. En l'absence d'étude de danger sur la solidité de ce muret, il n'est en effet pas permis de déterminer les risques de rupture et donc de propagation encore plus rapide de la mer en direction du terrain. Faute de documents techniques intégrant dans l'analyse la prise en compte de ce muret, il n'est pas possible de connaître les conséquences de sa présence sur l'écoulement des eaux en direction de la parcelle de M. A. Enfin, ce dernier fait valoir que son projet présente des caractéristiques permettant de se prémunir en cas de submersion marine. En l'espèce, le projet consiste en la construction d'une maison d'habitation à étage intégralement implantée dans la partie sud de la parcelle classée en aléa moyen. M. A soutient que compte tenu de la configuration des lieux, du classement actuel de cette partie du terrain en zone d'aléa moyen et des informations dont disposait le maire à la date à laquelle il a statué sur la demande, il aurait pu autoriser le projet, même en tenant compte de l'aléa à l'horizon 2100 en l'assortissant de prescriptions conformément à la doctrine administrative. La commune fait cependant valoir que le terrain ne dépasse la cote de 3 mètres NGF que de quelques centimètres dans sa partie sud ce qui a conduit à un classement en zone d'aléa moyen alors que la carte d'aléa utilisée ne prend pas en compte la houle. Elle en conclut que le risque est minimisé par ces documents. Toutefois, il apparaît eu égard au relevé topographique réalisés sur la parcelle, que le classement en zone d'aléa moyen d'une partie du terrain d'assiette correspond à la méthodologie arrêtée pour établir ces cartes. Si la méthode retenue pour cartographier les aléas présente des imperfections, il n'existe pas d'autres documents plus fiables, précis et actualisés relatifs au risque de submersion marine dans le secteur. Dans ces conditions, le maire de la commune de Saint-Philibert devait se fonder sur ces cartes pour apprécier l'existence du risque. Au stade du dossier de demande de permis de construire le maire pourra apprécier, au titre de la sécurité publique, si compte tenu de l'emprise au sol du projet celui-ci présente un obstacle trop important à l'écoulement des eaux conduisant à aggraver le risque pour les propriétés voisines. Si, à la date de délivrance du certificat d'urbanisme, la gravité du risque et sa probabilité de survenance étaient avérées, il ne paraissait pas impossible, en l'état des connaissances scientifiques, de s'en prémunir en assortissant le projet de prescriptions pour éviter de mettre en danger de nouveaux habitants dans cette zone. C'est d'ailleurs ce qu'avait retenu la DDTM du Morbihan en émettant un avis favorable sur la demande de certificat d'urbanisme déposée en 2012. Par suite, le maire de la commune de Saint-Philibert a commis une erreur d'appréciation et a méconnu l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en certifiant que le projet n'était pas réalisable.

10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Philibert a certifié que l'opération de construction d'une maison à étage n'était pas réalisable sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il est enjoint au maire de la commune de Saint-Philibert de délivrer à M. A un certificat d'urbanisme opérationnel assorti de prescriptions, sous réserve que son projet respecte les autres règles d'urbanisme en vigueur dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saint-Philibert demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. Il n'y a pas lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Saint-Philibert une quelconque somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 juillet 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Saint-Philibert de délivrer à M. A un certificat d'urbanisme opérationnel assorti de prescriptions dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Saint-Philibert.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Blanchard, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.

La rapporteure,

signé

J. Villebesseix

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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