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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204564

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204564

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a examiné la requête de Mme B A, agent des services hospitaliers, contestant la rupture de sa période d’essai par l’EHPAD Mont le Roux et demandant réparation pour des préjudices financier et moral. La juridiction a relevé que les conclusions indemnitaires étaient irrecevables, faute pour la requérante d’avoir formé une demande préalable auprès de l’administration, conformément à l’article R. 421-1 du code de justice administrative. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que cette condition de recevabilité n’était pas remplie à la date du jugement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2022, et deux mémoires, enregistrés les 10 février et 14 avril 2023, Mme B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Mont le Roux à lui verser la somme totale de 8 800 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la décision du 2 septembre 2022 par laquelle la directrice par intérim de cet établissement a mis fin à sa période d'essai à compter du 5 septembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'EHPAD Mont le Roux de lui communiquer les documents justifiant de la période travaillée ainsi que ses fiches de paie et de lui payer les heures supplémentaires qu'elle a effectuées, le complément familial pour ses six enfants, les indemnités de travail insalubres et la prime de risques.

Elle soutient que :

- elle a subi un harcèlement et une discrimination raciale de la part de trois de ses collègues qui n'ont fait l'objet d'aucune mesure disciplinaire et dont le comportement a au contraire été couvert par la direction de l'EHPAD Mont le Roux ;

- elle a effectué 43 heures 30 d'heures supplémentaires à la demande de son employeur, lesquelles ne lui ont pas été payées ;

- la décision du 2 septembre 2022 en litige constitue une décision de licenciement abusif non motivé et révèle une situation de discrimination ;

- les prestations versées à son profit par la caisse d'allocations familiales ont été interrompues entre le 10 août 2022 et le 4 janvier 2023 ;

- elle a subi un préjudice financier et un préjudice moral qui s'évaluent, respectivement, à 3 800 euros et à 5 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 19 décembre 2022 et 22 mars 2023, l'EHPAD Mont le Roux conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requérante n'a pas déposé de recours gracieux préalablement à sa requête ;

- le motif de rupture du contrat est la fin de la période d'essai ;

- la décision du 2 septembre 2022 ne révèle aucune discrimination ; elle résulte de signalements par plusieurs témoignages relatifs à de nombreux manquements de Mme A dans son accompagnement des résidents de l'établissement ainsi qu'à son tempérament impulsif et imprévisible ;

- la situation administrative de la requérante a été régularisée sur la paie du mois de septembre 2022 ; toutes les heures dues lui ont été payées ; le supplément familial de traitement lui a été versé pour les trois enfants restant à charge que Mme A avait déclarés ;

- les fiches de paie de Mme A lui ont été envoyées respectivement fin août et fin septembre 2022 ; le certificat de travail lui a été adressé par courriel du 5 septembre 2022 ; l'attestation employeur a été télétransmise à Pôle emploi et envoyée à la requérante le 26 septembre 2022 par courrier.

Les parties ont été informées, par lettre du 18 septembre 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par Mme A en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative en l'absence de décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- et les conclusions de M. Met, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Mont le Roux, située à Huelgoat (Finistère) à compter du 10 août 2022 en vertu d'un contrat à durée déterminée afin d'exercer les fonctions d'agent des services hospitaliers qualifiés. Ce contrat prévoyait l'exécution d'une période d'essai. Le 2 septembre 2022, la directrice par intérim de l'établissement a décidé de mettre fin à cette période d'essai le 5 septembre 2022.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

8. Les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

9. Dans la présente instance, Mme A demande la condamnation de l'EHPAD Mont le Roux à lui verser la somme totale de 8 800 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis consécutivement à la décision du 2 septembre 2022 par laquelle la directrice par intérim de cet établissement a mis fin à sa période d'essai à compter du 5 septembre 2022. Toutefois, il est constant qu'elle n'a pas adressé de demande indemnitaire préalable écrite auprès de l'EHPAD Mont le Roux. Si elle fait valoir qu'elle a sollicité un entretien avec le directeur de l'établissement le 6 septembre 2022 " afin de lui demander [ses] droits résultant [de son licenciement] " et que pendant cet entretien ce dernier " a refusé catégoriquement toute indemnisation ", le seul courriel du 6 septembre 2022 de l'adjointe de direction de l'établissement qu'elle produit, selon lequel suite à sa demande de rendez-vous, le directeur la recevrait le lendemain à 12 heures, ne suffit pas à établir qu'elle aurait présenté oralement une demande indemnitaire préalable lors de cet entretien, l'EHPAD Mont le Roux contestant en outre avoir été saisi d'une demande ayant cet objet au cours de ce même entretien. Par suite, la condition de recevabilité d'une requête indemnitaire, imposée par les dispositions précitées du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, relative à l'existence d'une décision de l'administration statuant sur une demande indemnitaire préalable, n'est pas satisfaite. En conséquence, les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées. En tout état de cause, la requérante n'apporte aucun élément de nature à établir que la décision attaquée constituerait un licenciement abusif, notamment s'agissant du harcèlement et de la discrimination dont elle estime avoir fait l'objet.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Il résulte de l'instruction, ainsi que l'EHPAD Mont le Roux le fait valoir sans être contredit, que postérieurement à l'enregistrement de la requête, il a régularisé la situation administrative et financière de Mme A, ainsi que cela ressort notamment du dernier bulletin de salaire adressé à l'intéressée et lui a transmis l'ensemble des documents administratifs concernant la fin de son contrat. Mme A ne soutient pas, en particulier, que ce bulletin de salaire comporterait des erreurs ou des oublis. Il s'ensuit que les conclusions de la requête à fin d'injonction sont privées d'objet de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par l'EHPAD Mont le Roux sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions indemnitaires présentées par Mme A sont rejetées.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'EHPAD Mont le Roux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Mont le Roux.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Labouysse, président,

M. Bouju, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

D. Labouysse

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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