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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204590

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204590

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBLUTEAU

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 septembre 2022 et 11 avril 2024, sous le n° 2204590, la société Compagnie française du thon océanique (CFTO), représentée par Me Menotti, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2022 par laquelle l'inspecteur du travail a refusé de l'autoriser à licencier M. C pour inaptitude ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de l'inspecteur du travail est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il ne lui appartient pas d'apprécier les modalités de constatation de l'inaptitude d'un salarié, ni de contrôler ses causes, mais simplement d'établir que le licenciement est en lien avec ses fonctions représentatives ;

- la décision de l'inspecteur du travail est entachée d'erreur d'appréciation quant à la supposée dégradation des conditions de travail de M. C, ainsi qu'au prétendu dysfonctionnement des institutions représentatives.

Par deux mémoires, enregistrés les 2 décembre 2022 et 11 avril 2024, M. A C, représenté par Me Bluteau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société CFTO au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que son licenciement est en lien avec les mandats représentatifs qu'il détient.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le ministre du travail et de l'emploi conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le licenciement de M. C est en lien avec les mandats représentatifs qu'il détient.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 février 2023 et 11 avril 2024, sous le n° 2300741, la société Compagnie française du thon océanique (CFTO), représentée par la Me Menotti, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'inspecteur du travail du 8 juillet 2022, ainsi que la décision par laquelle le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a implicitement rejeté son recours hiérarchique dirigé contre la décision de l'inspecteur du travail du 8 juillet 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de l'inspecteur du travail est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il ne lui appartient pas d'apprécier les modalités de constatation de l'inaptitude d'un salarié, ni de contrôler ses causes, mais simplement d'établir que le licenciement est en lien avec ses fonctions représentatives ;

- la décision de l'inspecteur du travail est entachée d'erreur d'appréciation quant à la supposée dégradation des conditions de travail de M. C, ainsi qu'au prétendu dysfonctionnement des institutions représentatives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le ministre du travail et de l'emploi conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le licenciement de M. C est en lien avec les mandats représentatifs qu'il détient.

Par un mémoire, enregistré le 11 avril 2024, M. A C, représenté par Me Bluteau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société CFTO au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que son licenciement est en lien avec les mandats représentatifs qu'il détient.

III. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 avril 2023 et 11 avril 2024, sous le n° 2302267, la société Compagnie française du thon océanique (CFTO), représentée par la Me Menotti, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'inspecteur du travail du 8 juillet 2022 ;

2°) d'annuler la décision du 28 février 2023 par laquelle le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a confirmé la décision du 8 juillet 2022 ayant refusé d'autoriser le licenciement de M. C ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de l'inspecteur du travail est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il ne lui appartient pas d'apprécier les modalités de constatation de l'inaptitude d'un salarié, ni de contrôler ses causes, mais simplement d'établir que le licenciement est en lien avec ses fonctions représentatives ;

- la décision de l'inspecteur du travail est entachée d'erreur d'appréciation quant à la supposée dégradation des conditions de travail de M. C, ainsi qu'au prétendu dysfonctionnement des institutions représentatives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le ministre du travail et de l'emploi conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le licenciement de M. C est en lien avec les mandats représentatifs qu'il détient.

Par un mémoire, enregistré le 11 avril 2024, M. A C, représenté par Me Bluteau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société CFTO au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que son licenciement est en lien avec les mandats représentatifs qu'il détient.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grondin,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Menotti, représentant la société Compagnie française du thon océanique, et de Me Bluteau, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. La société Compagnie française du thon océanique (CFTO), située à Concarneau, est spécialisée dans la pêche au thon tropical. Le 1er juillet 1999, M. C a été embauché par la société Chevannes - Merceron - Ballery en qualité de chargé de projet informatique, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Son contrat de travail a été transféré à la société CFTO à compter du 1er janvier 2012, laquelle a été rachetée par le groupe Parlevliet et Van der Plas en juillet 2016. Par ailleurs, M. C a été élu membre suppléant du conseil social et économique (CSE) en mai 2015, puis comme secrétaire du CSE à compter du 6 novembre 2019. Depuis le 7 septembre 2018, il est également délégué syndical de la confédération française démocratique du travail. Du 28 décembre 2020 au 28 février 2022, il a été placé en arrêt de travail et a été déclaré, le 14 mars 2022, inapte à la reprise du travail sans possibilité de reclassement, après que son arrêt de travail soit qualifié de maladie professionnelle le 5 novembre 2021. Après convocation de M. C à un entretien préalable à un licenciement et convocation du CSE le 22 avril 2022, la société CFTO a sollicité de l'inspecteur du travail, le 11 mai 2022, l'autorisation de licencier M. C. Cette autorisation a été refusée par une décision du 8 juillet 2022 au motif d'un lien avec l'exercice des mandats de M. C. Le recours hiérarchique de la société CFTO exercé auprès du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion par courrier du 6 septembre 2022 a d'abord été implicitement rejeté, puis a fait l'objet d'une décision explicite de rejet le 28 février 2023.

2. Par une requête, enregistrée sous le n° 2204590, la société CFTO demande au tribunal d'annuler la décision de l'inspecteur du travail du 8 juillet 2022 refusant de l'autoriser à licencier M. C. Par une requête, enregistrée sous le n° 2300741, la société CFTO demande au tribunal d'annuler cette même décision, ainsi que la décision par laquelle le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a implicitement rejeté son recours hiérarchique dirigé contre la décision de l'inspecteur du travail du 8 juillet 2022. Enfin, par une requête enregistrée sous le n° 2302267, la société CFTO demande au tribunal d'annuler les décisions de l'inspecteur du travail du 8 juillet 2022 et du ministre du travail du 28 février 2023 rejetant explicitement son recours hiérarchique.

3. Ces trois requêtes concernent le licenciement du même salarié et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.

Sur la requalification des conclusions d'annulation :

4. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Dans ces conditions, la société CFTO doit être regardée comme demandant uniquement au tribunal d'annuler la décision de l'inspecteur du travail du 8 juillet 2022 refusant d'autoriser le licenciement de M. C, ainsi que la décision du ministre du travail du 28 février 2023 rejetant explicitement son recours hiérarchique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude physique, il appartient à l'inspecteur du travail, et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge, si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé, compte tenu des

caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée, de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi, et de la possibilité d'assurer son reclassement dans l'entreprise.

En ce qui concerne l'appréciation portée par l'administration :

6. Si l'autorité administrative doit vérifier que l'inaptitude du salarié est réelle et justifie son licenciement, il ne lui appartient pas, dans l'exercice de ce contrôle, de rechercher la cause de cette inaptitude. Il en va ainsi, y compris s'il est soutenu que l'inaptitude résulte d'une dégradation de l'état de santé du salarié protégé ayant directement pour origine des agissements de l'employeur dont l'effet est la nullité de la rupture du contrat de travail, tels que, notamment, un harcèlement moral ou un comportement discriminatoire lié à l'exercice du mandat.

7. Toutefois, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Ainsi, alors même qu'il résulterait de l'examen conduit dans les conditions rappelées aux points précédents que le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait légalement obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. A ce titre, le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives, est à cet égard de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.

8. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision de l'inspecteur du travail du 8 juillet 2022 ayant refusé d'autoriser le licenciement de M. C qu'après avoir indiqué en quoi la procédure préalable et l'obligation de reclassement étaient régulières, l'inspecteur du travail a examiné les éléments de nature à caractériser un lien entre la demande d'autorisation de licenciement et les mandats de M. C. A ce titre, il a précisé que " l'état de santé de M. C (en arrêt de travail depuis fin décembre 2020), ayant conduit à son inaptitude est en lien direct avec les obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives ", avant de mentionner que " il ressort ainsi de l'ensemble de tous ces éléments que le lien entre la demande d'autorisation de licenciement du 11 mai 2022 et l'exercice des mandats de Monsieur A C est établi ". Par cette motivation l'inspecteur du travail ne s'est pas prononcé sur l'origine de l'inaptitude, mais s'est borné à faire état de ce que l'inaptitude du salarié résultait d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives, ce qui est de nature à révéler l'existence d'un lien entre le licenciement et les mandats. Ce faisant, il n'a aucunement apprécié les causes de l'inaptitude de l'intéressé. Il en va de même de la décision du 28 février 2023 du ministre du travail confirmant la décision du 8 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions litigieuses seraient entachées d'une erreur de droit au motif qu'elles apprécient l'origine de l'inaptitude de M. C doit être écarté.

En ce qui concerne le lien avec les mandats représentatifs :

9. Pour refuser d'autoriser le licenciement de M. C, l'inspecteur du travail et le ministre du travail, saisi sur recours hiérarchique, ont considéré que la demande de licenciement était en lien avec les mandats représentatifs du salarié, caractérisée par une dégradation des

conditions de travail et des dysfonctionnements des instances représentatives du personnel. Ces deux motifs sont contestés par la société requérante, qui soutient que les faits répondent à des considérations étrangères aux fonctions représentatives du salarié.

10. S'agissant, en premier lieu, de la dégradation des conditions de travail, l'administration a retenu que M. C a été mis à l'écart de plusieurs tâches, qu'il fait état d'une charge de travail importante et d'heures supplémentaires non rémunérées, ainsi que d'une prime 2018 d'un montant inférieur à celle de son collègue.

11. M. C exerce les fonctions de chargé de projet informatique au sein du service information de la société CFTO, service qui emploie également M. B, placé sous l'autorité hiérarchique du chef de projet ainsi que cela résulte de son contrat de travail.

12. Concernant la mise à l'écart de plusieurs tâches, il ressort des pièces du dossier que le renouvellement des droits d'utilisation du logiciel d'immobilisation a été confié à l'autre employé affecté au service informatique et collègue de M. C en raison des liens de ce logiciel avec le logiciel Navision, dont il avait historiquement la charge. A ce titre, même si M. C établit par des mails qu'il a également pu avoir à traiter du support informatique de ce logiciel, cette tâche ne lui incombait pas par nature en sa qualité de chef de projet et la société CFTO a pu, compte tenu de son faible enjeu, la confier à son collègue sans que cela ne caractérise une mise à l'écart.

13. En revanche, il est constant que M. C n'a pas été informé de l'audit sur la sécurité informatique réalisé par le cabinet Price Water Copper. La société requérante fait valoir que M. B, son collègue de service, était en charge des applicatifs dédiés à la compatibilité et qu'il a ainsi été le seul entendu dans le cadre de l'audit. Cependant M. B était placé sous l'autorité hiérarchique de son chef de projet, M. C en l'espèce, ainsi que cela résulte de son contrat de travail. Par ailleurs, s'il est vrai que la répartition des tâches entre les deux employés du service informatique n'implique pas nécessairement d'impliquer M. C sur l'ensemble des sujets du service, aucun élément produit ne justifie qu'il n'ait pas été prévenu de cet audit portant sur l'" évaluation de l'environnement de contrôle interne des systèmes d'information " et " de façon générale, sur la revue des systèmes d'information, la cartographie des applications, l'organisation de la fonction informatique au sein de la société, les principaux changements effectués et programmés, ou encore sur l'évaluation des contrôles généraux informatiques ", alors même qu'il était chef de projet et que ses missions entraient dans le champ de cet audit.

14. De même, si la société requérante fait valoir, s'agissant du déploiement de la fibre optique, que M. C a été consulté pour choisir l'installateur et que la relance de la société Orange n'a été transmise à son collègue qu'en raison de son absence pour causes de RTT puis de congés du 21 au 29 décembre 2017, M. C conteste avoir été associé à ce projet avant ses congés alors que la société CFTO n'a produit aucune pièce en attestant. Il en résulte que, bien que le développement de la fibre optique intéresse directement le chef de projet du service informatique, aucune élément produit par la société requérante ne justifie cette mise à l'écart.

15. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que la société requérante justifie de ce que M. C ne réalise plus les commandes informatiques des électroniciens en raison de considérations relatives à la recherche d'une optimisation du fonctionnement interne. Si cette circonstance est corroborée par un courrier du 10 juin 2020 informant les syndicats de cette nouvelle organisation pour des raisons de performance, il est constant que ces tâches relevaient initialement de la compétence de M. C et qu'elles le lui ont été retirées sans qu'il n'en soit informé ou ait donné son accord.

16. S'agissant de la charge de travail et des heures supplémentaires non payées, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui se plaint par ailleurs d'être dessaisi de nombreuses tâches, a posé l'ensemble de ses congés payés, n'a jamais présenté de demande tendant au payement d'heures supplémentaires dont la validation est soumise à autorisation expresse de la hiérarchie, et que les heures supplémentaires litigieuses ont été déclarées lors du premier confinement de mars 2020, alors qu'il avait été demandé aux salariés de respecter les 35 heures. Par ailleurs, s'il est établi que l'intéressé a dû intervenir en urgence le 8 mai 2020 à la suite d'une panne réseau de l'entreprise, rien n'indique que cette intervention aurait été réalisée en sus de ses 35 heures hebdomadaires. A supposer même qu'il s'agisse d'heures supplémentaires non payées, cela concerne un événement isolé qui n'est pas en lien avec les mandats détenus par M. C.

17. S'agissant de la prime de 2018, la société CFTO justifie le différentiel de montant entre M. C et son collègue par l'implication de ce dernier dans le déménagement du parc informatique et le transfert des serveurs, alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. C bénéficie en général de primes supérieures à son collègue. Si l'intéressé conteste avoir refusé de s'occuper du déménagement et du transfert des serveurs, il ne l'a aucunement mentionné durant les enquêtes contradictoires menées par l'inspection du travail et il ne conteste pas que cette tâche a été effectivement prise en charge par son collègue, justifiant un montant de prime supérieur en vue d'accompagner un investissement supplémentaire.

18. Enfin, la société CFTO ne conteste pas dans ses écritures que la dégradation des conditions de travail de M. C est également caractérisée par l'absence d'entretiens annuels et d'évolution de sa fiche de poste et par la circonstance selon laquelle la quantification du temps consacré à chaque outil sur l'ensemble du parc informatique a été confiée à son collègue sans justification, ainsi que l'a retenu l'administration dans les décisions litigieuses.

19. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 à 18 que la dégradation des conditions de travail est matériellement établie, et caractérisée par une mise à l'écart de M. C pour la réalisation de plusieurs tâches qui, en principe, relevaient de son domaine de compétence.

20. S'agissant, en second lieu, du dysfonctionnement des instances représentatives du personnel, l'inspecteur du travail et le ministre du travail se sont fondés sur l'absence d'information et de consultation du CSE sur la situation économique et financière en 2017 et 2020, sur un non-respect de l'obligation de réunion du CSE durant l'année 2020, et sur une absence de paiement de la subvention de fonctionnement.

21. L'absence d'information et de consultation annuel du CSE sur la situation économique et financière en 2017 et 2020 est établie par un rapport d'un cabinet d'expert-comptable du 18 décembre 2020 attestant que les informations transmises étaient insuffisantes pour que le CSE puisse rendre un avis éclairé. Dans ces conditions, ce grief pourra être retenu, alors même que, conformément à l'article R. 2312-6 du code du travail, le CSE est réputé avoir rendu un avis négatif à l'expiration du délai d'un mois, et que s'il estime ne pas disposer de l'ensemble des informations lui permettant de rendre son avis, il lui appartient de saisir le président du tribunal judiciaire avant l'expiration du délai, ce qu'il n'a pas fait.

22. S'agissant du non-respect de l'obligation de réunion du CSE, la société requérante fait valoir, au titre de l'année 2020, que, dans un contexte de crise sanitaire, le responsable hiérarchique de M. C a dû gérer en urgence le rapatriement de la moitié des effectifs de marins qui étaient à l'étranger lors du 1er confinement, alors même qu'il recherchait un responsable des ressources humaines à recruter, et que le CSE s'était réuni à 8 reprises. Toutefois, ces éléments n'expliquent aucunement l'absence de réunion du CSE entre le 28 mai et le 25 septembre 2020, puis entre le 25 septembre et le 12 novembre 2020, alors qu'il avait bien été convoqué le 19 mars 2020, soit pendant le 1er confinement. La société requérante ne justifie pas plus pourquoi le CSE n'a été qu'épisodiquement consulté au titre des années 2018 et 2019. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le CSE n'a pas été consulté à de nombreuses reprises, ainsi que cela résulte du rapport d'activité du CSE de 2018.

23. S'agissant de l'absence de paiement de la subvention de fonctionnement au CSE, la société CFTO a été condamnée par un jugement du tribunal judiciaire de Quimper du 19 décembre 2023 au paiement des subventions de fonctionnement non réglées de 2018, 2019 et 2020. Ce grief est donc caractérisé.

24. Il résulte de ce qui a été dit aux points 20 à 23 que la société CFTO a mis des obstacles à l'exercice des fonctions représentatives de M. C. Son inaptitude en lien direct avec les obstacles mis par la société CFTO à l'exercice des fonctions représentatives de M. C est à cet égard de nature à révéler l'existence d'un rapport entre la demande de licenciement et ces fonctions.

25. Il résulte de tout ce qui précède qu'il n'y a pas lieu d'annuler la décision de l'inspecteur du travail du 8 juillet 2022 refusant d'autoriser le licenciement de M. C, ainsi que la décision du ministre du travail du 28 février 2023 rejetant explicitement son recours hiérarchique.

Sur les frais liés au litige :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes de 2 000 euros sollicitées par la société requérante au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens soient mises à la charge de d'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

27. Par ailleurs il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société CFTO une somme totale de 3 000 euros au profit de M. C, au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens pour les trois présentes instances.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la société Compagnie française du thon océanique sont rejetées.

Article 2 : La société Compagnie française du thon océanique versera une somme totale de 3 000 euros à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de l'ensemble des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la société Compagnie française du thon océanique et à la ministre du travail et de l'emploi.

Copie en sera adressée, pour information, à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bretagne

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

T. Grondin

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2204590, 2300741 et 2302267

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