vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204618 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CABINET DGR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 13 septembre 2022, M. E C, représenté par Me Roilette, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2022 par lequel le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé la Géorgie comme pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans ;
2°) d'annuler la décision du même jour l'assignant à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Roilette de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions litigieuses ont été prises sans que soit respecté son droit d'être entendu ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier et approfondi de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire étant illégal, elle est illégale par voie d'exception ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, viole les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire étant illégale, elle est illégale par voie d'exception ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vergne, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant géorgien, né en 1990, est entré irrégulièrement en France en 2012 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 août 2013 et la Cour nationale du droit d'asile le 21 février 2014. Il a bénéficié d'un titre de séjour en raison de son état de santé jusqu'en juin 2016 dont il a demandé le renouvellement. Par arrêté du 8 juin 2017, le préfet lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et a pris une obligation de quitter le territoire français. M. C a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 juillet 2018 et la Cour nationale du droit d'asile le 8 janvier 2019. Il a alors présenté une nouvelle demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade et à titre exceptionnel. Par arrêté du 9 mars 2021, le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination. La légalité de cet arrêté, contestée devant les juridictions, n'a pas été censurée par le tribunal administratif de Rennes qui a statué le 25 mai 2021 par deux jugements rendus les 26 mars et 25 mai 2021 sous le n° 2101387, confirmés par la Cour administrative de Nantes les 17 mai et 28 octobre 2021. En dernier lieu, M. C a été interpellé le 9 septembre 2022 par les services de police et placé en garde à vue. A l'issue de celle-ci, le préfet du Morbihan a pris à son encontre le 10 septembre 2022 un arrêté par lequel il l'oblige à quitter le territoire sans délai, fixe la Géorgie comme pays de destination, et prononce une interdiction de retour de l'intéressé sur le territoire pendant une durée de deux ans. M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. C justifiant avoir formé une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, par un arrêté du 17 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le 18 août 2022, le préfet du Morbihan a donné délégation à M. D A, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture, pour signer notamment les décisions d'éloignement et les arrêtés d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes attaqués manque en fait.
4. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux, qui comporte la signature manuscrite de son auteur, mentionne de manière lisible le nom, le prénom et la fonction de celui-ci. Le moyen tiré de ce que cette décision ne respecterait pas les prescriptions formelles prévues par l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
5. En troisième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Une atteinte au droit d'être entendu n'est cependant susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
6. Au cas particulier, il ressort des pièces du dossier que M. C, à la suite de son placement en garde à vue dans le cadre d'une enquête de flagrance, a été entendu le 9 septembre 2022 au commissariat de police de Lorient et interrogé sur ses moyens d'existence et sa situation administrative. Au cours de cette audition, il a été questionné notamment sur sa situation personnelle, professionnelle et de santé, ainsi que sur la mesure d'obligation de quitter le territoire susceptible d'être prise à son encontre et a pu ainsi faire valoir toute information ou objection susceptible de faire obstacle à cette mesure d'éloignement, notamment son inquiétude pour l'état de santé de sa mère. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions litigieuses auraient été prises en méconnaissance de son droit d'être entendu. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris, notamment les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui le fondent, et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il reprend notamment la longue chronologie, rappelée au point 1, des démarches engagées en vain par l'intéressé pour être admis au séjour en France sous différents statuts, l'historique des refus qui lui ont été opposés et des mesures d'éloignement prises à son encontre, qu'il n'a pas exécutées ou auxquelles il s'est soustrait malgré les obligations de pointage et d'assignation à résidence qui lui avaient été imposées. Il mentionne que M. C est célibataire et sans enfant à charge, qu'il a vécu en Géorgie jusqu'à l'âge de 22 ans et que ses liens avec la France ne sont pas anciens, intenses et stables, que si sa mère est présente en France, elle est comme lui en situation irrégulière, et qu'il n'est pas porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette motivation est suffisante et, même si elle ne mentionne pas les craintes qu'avait fait valoir le requérant lors de son audition par rapport à l'état de santé et à l'autonomie de sa mère, elle révèle un examen suffisamment personnalisé par l'autorité administrative de la situation de l'intéressé, le préfet n'étant pas tenu de faire figurer dans sa décision l'ensemble des éléments invoqués par le requérant comme susceptibles de s'opposer à la mesure d'éloignement litigieuse. Par ailleurs, il n'est pas établi ni même soutenu que la nouvelle demande de régularisation produite par M. C et datée du 22 juillet, et les pièces l'accompagnant, auraient été communiquées à l'administration, l'avocate du requérant exposant simplement dans l'exposé des faits de son deuxième mémoire que " M. C préparait son dossier pour présenter une nouvelle demande de titre de séjour ". Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet dont serait entaché l'arrêté contesté doivent donc être écartés.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Si le requérant était présent sur le territoire français depuis 2012 selon ses déclarations, il ressort de la chronologie rappelée au point 1 que la durée de son séjour s'explique par l'instruction de ses demandes de protection internationale, formées à plusieurs reprises devant l'OFPRA puis devant la CNDA, par la durée des procédures qui lui ont permis d'obtenir du 25 juin 2013 au 24 juin 2016 un titre de séjour en qualité d'étranger malade qui ne lui donnait pas vocation à rester en France au-delà de l'arrêt des soins nécessités par son état de santé, puis par son refus, à partir de 2017, d'exécuter les mesures d'éloignement assortissant les refus de séjour pris à son encontre les 13 juin 2017 et 9 mars 2021. Le requérant est célibataire et sans enfant et il n'est pas établi qu'il serait dépourvu de toute attache, notamment familiale, en Géorgie où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. S'il fait valoir que sa mère, dont il est le fils unique, est présente en France, il n'est pas contesté qu'elle est elle-même en situation irrégulière, le requérant n'apportant pas d'éléments suffisants, en tout état de cause, pour démontrer que sa présence auprès d'elle serait indispensable compte tenu de son âge ou de son état de santé. Malgré la durée de son séjour en France et la production d'une pétition au soutien de sa régularisation et de celle de sa mère, le requérant ne démontre pas une insertion remarquable en France au plan social ou professionnel, les éléments produits dans le cadre de la présente instance étant pour la plupart anciens et révélant une intégration limitée, pour de courtes durées, dans le cadre, en 2014 et 2015, de stages de formation professionnelle ou d'insertion, ou d'interventions ponctuelles de bénévolat par lesquelles il a notamment assuré des prestations de traduction du géorgien au français pour des compatriotes, une association et une maison de quartier de Lorient. Il ne peut être considéré, dans ces conditions, que le préfet du Morbihan, en décidant à nouveau d'obliger M. C à quitter le territoire, comme il en avait la faculté en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, méconnu les stipulations citées au point 9 ou commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : ()5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
12. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 612-2, ainsi que les 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application permettant de refuser un délai de départ volontaire lorsqu'il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Elle expose que M. C s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement et qu'il ne justifie d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu en France irrégulièrement. Elle précise que l'intéressé ne justifie d'aucune résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, et qu'il déclare ne pas avoir de passeport ou tout autre document d'identité. Dès lors, les moyens tirés par le requérant de ce que cette décision serait insuffisamment motivée et aurait été prise sans examen complet de sa situation doivent être écartés.
13. En second lieu, M. C ne conteste pas valablement que, pour les motifs indiqués ci-dessus, il rentrait dans le champ d'application des dispositions précitées qui lui ont été appliquées. Compte tenu de ce qui a déjà été dit au point 9, le moyen tiré par le requérant de ce que le préfet du Morbihan, en décidant de lui refuser un délai de départ volontaire, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () " Aux termes de l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
16. En premier lieu, la décision attaquée vise et cite l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile posant le principe d'une interdiction de retour sur le territoire français assortissant la décision portant obligation de quitter le territoire français lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. Elle mentionne que M. C ne justifie d'aucune circonstance humanitaire justifiant que cette mesure d'éloignement ne soit pas assortie d'une interdiction de retour en France. Il ressort des termes mêmes de cette décision que, pour déterminer la durée de l'interdiction de retour, le préfet du Morbihan, qui n'a pas retenu l'existence d'une menace pour l'ordre public en ce qui concerne M. C, s'est référé aux circonstances propres au cas d'espèce déjà évoquées dans son arrêté, relatives aux conditions et la durée de la présence sur le territoire du requérant et à la nature de ses liens avec la France, et au fait que l'intéressé s'était déjà soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement. Le préfet du Morbihan a donc examiné l'ensemble des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas entaché d'insuffisance de motivation sa décision de fixer à deux ans la durée de l'interdiction de retour prononcée contre l'intéressé.
17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision refusant à M. C un délai de départ volontaire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire.
18. En troisième lieu, d'une part, M. C n'établit l'existence d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire. S'il soutient qu'il s'occupe quotidiennement de sa mère et que celle-ci ne pourrait se passer de lui compte tenu de son âge et de son état de santé, il n'apporte pas d'éléments justifiant du caractère indispensable de sa présence auprès de sa mère et de l'état de santé de celle-ci. D'autre part, eu égard à l'absence de liens significatifs de l'intéressé en France malgré la longueur de son séjour et la présence en situation régulière de membres de sa famille à Quimper, dont sont produits deux témoignages établis en février et mars 2021, au fait que sa mère ne dispose elle-même d'aucun droit au séjour, et compte tenu des mesures d'éloignement dont il a fait l'objet sans s'y conformer, assorties de mesures de contrôle ou d'exécution qu'il n'a pas respectées, il ne peut être considéré qu'en décidant d'assortir son obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour et en fixant à deux ans la durée de cette interdiction, comme il l'avait fait dans son précédent arrêté du 9 mars 2021, le préfet du Morbihan aurait méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
19. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
20. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
21. En premier lieu, l'arrêté contesté cite les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constituent le fondement. Il mentionne que le requérant a déclaré être sans domicile fixe, qu'il n'a pas remis son passeport aux services de police et doit se voir délivrer un laissez-passer, qu'il a fait l'objet à deux reprises de mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées, qu'il présente cependant des garanties propres à prévenir le risque qu'il ne se conforme pas à une mesure d'assignation à résidence, et que son éloignement, s'il n'est pas possible immédiatement, constitue une perspective raisonnable. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet de la situation de M. C doivent donc être écartés.
22. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision obligeant M. C à quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de l'assignation à résidence dont il fait l'objet.
23. En troisième lieu, à l'encontre de l'arrêté litigieux, qui assigne M. C à résidence " sur le périmètre de la ville de Lorient " sans prévoir d'adresse d'assignation précise ni d'horaires de présence obligatoires, et qui prescrit que l'intéressé se présente quotidiennement à 10 heures au commissariat de police de Lorient, sauf week-ends et jours fériés, la requête se borne à énoncer que " la décision litigieuse porte atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant ". Un tel moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé et ne peut, par suite, qu'être écarté.
24. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'assignant à résidence.
25. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet du Morbihan.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
G.-V. BLa greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2204618
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026