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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204630

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204630

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 et 14 septembre 2022 et le 29 novembre 2023, Mme B A, représentée en dernier lieu par Me Matel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté n° 67/22 du 9 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Moustoir-Ac a ordonné le placement immédiat des " chiens loups " qu'elle détient au Chenil Service, SCAPA, situé Le Bois des Muriers à Ploeren (56880) d'une part, a décidé l'examen des chiens par un vétérinaire pour déterminer les mesures spécifiques à mettre en œuvre d'autre part, et a mis à sa charge les frais afférents aux opérations de capture, de garde et éventuellement d'euthanasie des chiens ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Moustoir-Ac une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué n'est pas motivé en droit, dès lors qu'il vise, à tort, les articles

L. 221-11 et suivants du code rural et de la pêche maritime qui ont été abrogés ;

- il est entaché de vices de formes ;

- il omet de viser les attaques commises par ses chiens en 2019 et en août 2022 ;

- il vise un courrier du maire de la commune de Moustoir-Ac du 14 mai 2019 qu'elle n'a jamais reçu ;

- les faits d'attaques des brebis détenues par M. C survenus en septembre 2022 et invoqués en défense ne sont pas au nombre des motifs qui constituent le fondement de l'arrêté attaqué et ne sont, en tout état de cause, pas imputables à ses chiens ;

- la matérialité des tentatives infructueuses de capture de ses chiens mentionnées dans l'arrêté attaqué n'est pas établie, dès lors que seule une tentative de capture a eu lieu ;

- l'arrêté attaqué méconnaît le champ d'application des dispositions du II de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime, dès lors que ses chiens n'entrent pas dans les catégories de chiens visées par l'article L. 211-12 du code rural et de la pêche maritime et qu'il n'est pas justifié de l'existence d'un danger grave et immédiat causé par la divagation de ses chiens à la date de l'arrêté attaqué ;

- le niveau de danger auquel ses chiens exposent les personnes ou les animaux domestiques relève du champ d'application du I de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime ;

- la mesure de placement de ses chiens dans un lieu de dépôt est dépourvue d'utilité et d'efficacité, dès lors que le placement de quatre de ses six chiens a engendré un déséquilibre de la meute et n'a pas pris en compte le danger potentiel résultant du risque de divagation des deux chiens maintenus dans l'enclos ;

- la mesure de placement de ses chiens dans un lieu de dépôt est disproportionnée, dès lors que ses chiens n'ont jamais attaqué ni menacé un homme, n'ont été en situation de divagation qu'à deux reprises en trois ans, que trois des chiens placés étaient dans l'enclos le jour de leur saisie et qu'une sécurisation renforcée de son installation aurait suffi et aurait été rendue possible si la commune s'était rapprochée d'elle ;

- l'arrêté attaqué vise à soutenir les professions agricoles sur les territoires de la commune et de la communauté de communes centre Morbihan communauté ;

- elle a subi un préjudice financier résultant de l'acquittement par ses soins des frais de placement, de capture, de transport et de garde de ses chiens.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 septembre et 7 décembre 2023, la commune de Moustoir-Ac, représentée par la selarl cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle fait valoir que :

- la requête a perdu son objet en cours d'instance, l'arrêté attaqué ayant été retiré par un arrêté du 15 septembre 2022 ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,

- et les observations de Me Souleau, représentant la commune de Moustoir-Ac.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A est propriétaire de cinq chiens de race " chien-loup de Saarloos " et d'un chien-loup de race " chien-loup tchécoslovaque " acquis entre 2009 et 2019 et gardés dans le jardin de son lieu d'habitation dans un enclos constitué d'un fil électrifié. A la suite d'un premier dysfonctionnement de ce dernier en 2019, les chiens de Mme A ont mortellement blessé une chèvre d'un éleveur voisin. Lors d'un second dysfonctionnement du fil électrique en août 2022, l'un des chiens de Mme A a agressé une chèvre d'un autre éleveur-agriculteur. Par l'arrêté attaqué du 9 septembre 2022, le maire de la commune de Moustoir-Ac a ordonné le placement immédiat de ses chiens au Chenil Service, SCAPA, situé Le Bois des Muriers à Ploeren ainsi que l'examen des chiens par un vétérinaire pour déterminer les mesures spécifiques à mettre en œuvre et a mis à sa charge les frais afférents aux opérations de capture, de garde et éventuellement d'euthanasie des chiens.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 15 septembre 2022, le maire de la commune de Moustoir-Ac a prononcé la mainlevée de l'arrêté attaqué. Contrairement à ce que soutient la commune, cet arrêté n'a pas procédé au retrait de l'arrêté attaqué mais a mis fin à ses effets juridiques seulement pour l'avenir. Il est constant que quatre des six chiens de la requérante ont été placés le 9 septembre 2022 dans le lieu de dépôt mentionné dans l'arrêté attaqué, de sorte que ce dernier a reçu exécution pendant la période où il était en vigueur. Par ailleurs, l'article 3 de l'arrêté du 15 septembre 2022 maintient les frais relatifs aux opérations de capture, de transports, de garde et éventuellement d'euthanasie des chiens à la charge de Mme A. Il réitère ainsi les prescriptions de l'article 3 de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de ce dernier présentées par Mme A conservent leur objet et l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué :

4. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. " et aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 7° le soin d'obvier ou de remédier aux événements fâcheux qui pourraient être occasionnés par la divagation des animaux malfaisants ou féroces. ". Aux termes de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime : " I.- Si un animal est susceptible, compte tenu des modalités de sa garde, de présenter un danger pour les personnes ou les animaux domestiques, le maire ou, à défaut, le préfet peut prescrire à son propriétaire ou à son détenteur de prendre des mesures de nature à prévenir le danger. Il peut à ce titre, à la suite de l'évaluation comportementale d'un chien réalisée en application de l'article L. 211-14-1, imposer à son propriétaire ou à son détenteur de suivre la formation et d'obtenir l'attestation d'aptitude prévues au I de l'article L. 211-13-1. / En cas d'inexécution, par le propriétaire ou le détenteur de l'animal, des mesures prescrites, le maire peut, par arrêté, placer l'animal dans un lieu de dépôt adapté à l'accueil et à la garde de celui-ci. / Si, à l'issue d'un délai franc de garde de huit jours ouvrés, le propriétaire ou le détenteur ne présente pas toutes les garanties quant à l'application des mesures prescrites, le maire autorise le gestionnaire du lieu de dépôt, après avis d'un vétérinaire désigné par le préfet, soit à faire procéder à l'euthanasie de l'animal, soit à en disposer dans les conditions prévues au II de l'article L. 211-25. Le propriétaire ou le détenteur de l'animal est invité à présenter ses observations avant la mise en œuvre des dispositions du deuxième alinéa du présent I. / II.- En cas de danger grave et immédiat pour les personnes ou les animaux domestiques, le maire ou à défaut le préfet peut ordonner par arrêté que l'animal soit placé dans un lieu de dépôt adapté à la garde de celui-ci et, le cas échéant, faire procéder à son euthanasie. / Est réputé présenter un danger grave et immédiat tout chien appartenant à une des catégories mentionnées à l'article L. 211-12, qui est détenu par une personne mentionnée à l'article L. 211-13 ou qui se trouve dans un lieu où sa présence est interdite par le I de l'article L. 211-16, ou qui circule sans être muselé et tenu en laisse dans les conditions prévues par le II du même article, ou dont le propriétaire ou le détenteur n'est pas titulaire de l'attestation d'aptitude prévue au I de l'article

L. 211-13-1 ; / L'euthanasie peut intervenir sans délai, après avis d'un vétérinaire désigné par le préfet. Cet avis doit être donné au plus tard quarante-huit heures après le placement de l'animal. A défaut, l'avis est réputé favorable à l'euthanasie. / III.- Les frais afférents aux opérations de capture, de transport de garde et d'euthanasie de l'animal sont intégralement et directement mis à la charge de son propriétaire ou de son détenteur. ".

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le maire ou le préfet peut prendre des mesures visant à protéger les personnes ou animaux domestiques d'animaux susceptibles de présenter un danger pour eux, notamment en ordonnant une évaluation comportementale ou en invitant les propriétaires de l'animal à présenter des garanties supplémentaires de sécurité. En l'absence de garanties, le maire de la commune peut prendre des mesures coercitives tel le placement en lieu de dépôt de l'animal ou son euthanasie. En outre, en cas de danger grave et immédiat, le maire peut toujours ordonner que l'animal soit placé dans un lieu de dépôt adapté à la garde de celui-ci et, le cas échéant, faire procéder à son euthanasie.

6. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : /1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

7. Mme A soutient que l'arrêté attaqué est entaché de " vices de forme ", qu'il omet de viser les attaques commises par ses chiens en 2019 et 2022 et soutient ne pas avoir reçu le courrier du 14 mai 2019 visé dans l'arrêté attaqué. Ce courrier, produit à l'instance par la commune de Moustoir-Ac, faisait état de l'attaque mortelle d'un animal par les chiens de la requérante et avertissait cette dernière de la sollicitation de la force publique et de la mise en fourrières de ses chiens en cas de récidive. Par ces arguments, la requérante doit être regardée comme soutenant que l'arrêté attaqué est entaché d'un insuffisante motivation en fait. L'arrêté attaqué, qui vise les textes sur lesquels il se fonde et notamment les articles L. 2212-1 et

L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, indique en objet qu'il ordonne le placement d'animaux dangereux dans un lieu de dépôt pour danger grave et immédiat. Pour justifier que les chiens de la requérante exposent les personnes et les animaux domestiques à un danger grave et immédiat, l'arrêté se réfère à un courrier du 14 mai 2019 relatif à la divagation de ses chiens et à d'autres demandes dont Mme A n'aurait pas tenu compte sans néanmoins reprendre leur contenu et sans les annexer. L'arrêté attaqué fait également état de quatre interventions de la gendarmerie chez la requérante en août 2022 ainsi que des tentatives infructueuses de capture de ses chiens sans indiquer les motifs de ces opérations. Ainsi, cet arrêté ne mentionne pas les considérations de fait qui caractérisent l'existence d'un danger grave et immédiat causé par les chiens de la requérante sur les personnes et les animaux domestiques. Dans ces conditions, Mme A n'a pu à la seule lecture de l'arrêté attaqué, connaître les motifs pour lesquels le comportement de ses chiens a été considéré comme exposant autrui à un tel danger. Par suite, elle est fondée à soutenir que cet arrêté est insuffisamment motivé en fait.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté attaqué doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme A, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Moustoir-Ac une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° 67/22 du 9 septembre 2022 du maire de la commune de Moustoir-Ac est annulé.

Article 2 : Les conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de

Moustoir-Ac.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

Le président,

signé

E. BerthonLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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