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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204665

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204665

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2022, M. D C alias D E, représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 18 juillet 2022 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une personne incompétente, à défaut pour le préfet de justifier d'un arrêté de délégation de signature régulier et dûment publié ;

- la décision lui refusant un titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, à défaut de consultation de la commission de titre de séjour ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision l'interdisant de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions attaquées, en particulier la décision fixant le pays de renvoi, méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet s'est cru lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relatives aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C alias D E, ressortissant géorgien né le 20 novembre 1977, est entré de manière irrégulière en France en 2005. Sa demande d'asile a été rejetée le 7 juin 2005. L'intéressé a fait l'objet d'une décision de refus de séjour du préfet de la Vendée du 2 août 2005 puis d'un arrêté de reconduite à la frontière en date du 27 septembre 2005. M. C s'est marié le 6 avril 2007 avec une compatriote géorgienne bénéficiant d'une carte de résident d'une durée de dix ans à la suite de la reconnaissance du statut de réfugié. Par une décision du 23 novembre 2010, le préfet du Morbihan a refusé de lui accorder un titre de séjour en qualité de conjoint de réfugié. Par un arrêté du 7 septembre 2011 confirmé par un jugement du tribunal administratif de Rennes du 19 janvier 2012, le préfet du Finistère a également rejeté sa demande de titre de séjour et l'obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la suite, M. C a obtenu deux titres de séjour temporaire en qualité d'étranger malade, valables du 9 août 2012 au 8 août 2013 puis du 9 août 2013 au 8 août 2014. Le 3 octobre 2017, M. C a sollicité une nouvelle fois un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 18 novembre 2019 confirmé en dernier lieu par la cour administrative d'appel de Nantes le 23 mars 2021, le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. Le 21 février 2022, il a à nouveau sollicité auprès de la préfecture du Finistère la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 juillet 2022 dont M. C demande l'annulation, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le préfet du Finistère a donné, par arrêté du 13 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Finistère du même jour, délégation à M. F G, sous-préfet à la relance du préfet du Finistère, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture du Finistère, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, et dès lors qu'il n'est pas établi ni même allégué que M. A n'aurait pas été absent ou empêché, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. (). ". Enfin, il est prévu à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est émis " conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ". Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en raison de son état de santé de se prononcer au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis.

4. Le requérant se prévaut de l'irrégularité de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 13 mai 2022. Il fait en particulier valoir qu'il n'apparaît pas que le collège des médecins se soit assuré qu'il puisse disposer d'un traitement approprié en Géorgie pour ses problèmes de santé. Il ressort toutefois de l'avis du collège des médecins produit par le préfet du Finistère que ce collège a estimé que si l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il était originaire, y bénéficier d'un traitement approprié. Ce moyen manque ainsi en fait et doit être rejeté.

5. En troisième lieu, les décisions attaquées, qui ne sont pas stéréotypées, énoncent de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre ces décisions. Le moyen tiré du caractère insuffisant de leur motivation doit, dès lors, être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé, y compris de sa situation personnelle et familiale. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'absence d'un tel examen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. Le préfet a estimé, dans l'arrêté attaqué, que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il était originaire, y bénéficier d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que le requérant souffre de plusieurs problèmes de santé, en particulier de problèmes psychiatriques dont l'exceptionnelle gravité est admise par le préfet. Si le requérant soutient qu'il n'existe pas de traitement approprié en Géorgie, il n'apporte cependant aucune précision ni aucune pièce au soutien de cette allégation, permettant d'infirmer l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

9. En sixième lieu, l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". ". Lorsque l'administration oppose le motif de la menace pour l'ordre public pour refuser de faire droit à une demande de titre ou de renouvellement de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

10. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que M. C a fait l'objet de multiples condamnations, dont plusieurs peines d'emprisonnement, pour des faits commis depuis 2005, notamment d'entrée ou séjour irrégulier en France, vol, vol en réunion, prise du nom d'un tiers, récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, conduite d'un véhicule sans permis, délit de fuite ou violence aggravée. Il a en particulier été condamné le 15 octobre 2012 par le tribunal correctionnel de Lorient à une peine d'un an et six mois d'emprisonnement dont dix mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de violences aggravées et, s'agissant des condamnations les plus récentes, le 16 novembre 2015 à une peine de trois mois d'emprisonnement pour récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et le 16 avril 2021 à une amende de 400 euros et interdiction de conduire un véhicule à moteur pendant dix mois pour des faits d'usage illicite de stupéfiants et conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et sous l'empire d'un état alcoolique commis entre le 1er et le 10 février 2021. M. C ne conteste en outre pas s'être prévalu d'une fausse identité et d'une fausse nationalité auprès de l'administration aux fins notamment de bénéficier indûment d'un titre de séjour, avoir été interpellé pour des faits de récidive de vol en réunion, récidive de conduite d'une véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, violence, conduite d'un véhicule sans permis et port d'arme blanche commis entre 2015 et 2017, ni avoir été interpellé par les services de police de Quimper le 10 février 2021 pour des faits d'usage illicite de stupéfiants et de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants ou sous l'empire d'un état alcoolique, puis le 28 février 2022, pour des faits de vol avec destruction ou dégradation, le 21 juin 2022 pour menace de dégradation ou détérioration dangereuse. Il a au surplus, certes postérieurement à l'arrêté attaqué, fait l'objet d'une garde à vue le 21 octobre 2022 pour des faits commis le 18 octobre 2022 de port d'arme de catégorie D, de violences volontaires avec arme sur mineur de 15 ans et de menaces de mort réitérées envers son ancienne compagne. Si M. C fait valoir que les troubles de la personnalité dont il souffre expliquent ses passages à l'acte, les documents médicaux qu'il produit ne l'établissent, en tout état de cause, pas. Dans ces conditions, le préfet du Finistère a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, opposé au requérant le motif de la menace pour l'ordre public qu'il représente pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 425-9 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (). ".

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement que M. C n'établit pas remplir effectivement les conditions de délivrance du titre de séjour qu'il demande sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce qu'il soutient, le préfet du Finistère n'avait donc pas à réunir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit donc être écarté.

13. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

15. M. C fait valoir qu'il est entré en France en 2005, qu'il cherche à s'y intégrer malgré ses difficultés de santé, qu'il est impératif qu'il y poursuive ses soins, qu'il n'a plus d'attache en Géorgie et qu'il est père de quatre enfants mineurs en France. S'il est constant que quatre de ses enfants, nés en 2007, 2008, 2013 et 2014 de deux précédentes unions, résident en France, le requérant n'apporte aucune précision sur les liens qu'ils entretiendraient. Il n'allègue pas contribuer à leur entretien et leur éducation et n'établit même pas avoir conservé des contacts avec eux, ayant seulement indiqué aux services de police lors de son audition le 22 octobre 2022 ne pas avoir la garde de ses deux enfants les plus jeunes et ne pas pouvoir les recevoir dans son studio. Le requérant, qui a déclaré avoir un premier enfant en Géorgie, ne se prévaut en outre d'aucune autre attache en France. Il a été placé sous curatelle renforcée par un jugement du 7 janvier 2022, le juge des tutelles ayant désigné l'UDAF du Finistère curateur dès lors qu'aucun membre de sa famille ni aucun proche ne pouvait assumer la curatelle. Par ailleurs, et alors même que les problèmes de santé de M. C sont tels que son taux d'incapacité a été reconnu le 7 octobre 2019, par la maison départementale des personnes handicapées du Finistère, comme égal ou supérieur à 50 % et inférieur à 80 %, l'intéressé ne produit aucun document récent susceptible de démontrer ses efforts d'intégration. Enfin, ainsi qu'il a été dit précédemment, il n'est pas établi que le requérant ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Géorgie. Dans ces conditions, en dépit de la durée de sa présence en France, laquelle s'explique au demeurant principalement par son maintien sur le territoire français en situation irrégulière en dépit de plusieurs mesures d'éloignement, et eu égard à la menace à l'ordre public qu'il constitue, tant par la répétition que par la gravité des actes qui lui sont reprochés, le préfet du Finistère a pu refuser de délivrer à M. C le titre de séjour sollicité sans porter à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Pour les mêmes motifs, et dès lors qu'il est constant que les enfants de M. C résidant en France vivent avec leurs mères et qu'il n'est pas établi qu'ils auraient conservé des liens avec le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions attaquées porteraient atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit dès lors être écarté.

17. En neuvième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. Le requérant fait valoir qu'un retour en Géorgie l'exposerait à des risques sérieux pour sa liberté et son intégrité physique ou à des traitements inhumains ou dégradants. Toutefois, et alors il n'est pas établi que le requérant ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Géorgie, M. C n'apporte aucune précision sur les risques qu'il encourrait dans son pays d'origine. Sa demande d'asile a au demeurant été rejetée en 2005. Le moyen tiré de la méconnaissance par la décision fixant le pays de renvoi des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

19. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet du Finistère se serait senti lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ni qu'il n'aurait pas procédé à un examen des risques encourus par le requérant en cas de retour dans son pays d'origine.

20. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

21. En dépit de la durée de son séjour en France et alors que M. C, qui a fait l'objet dans le passé de plusieurs mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées, constitue une menace à l'ordre public et n'établit pas la réalité des liens qu'il entretiendrait avec ses enfants en France. Dans ces conditions, la décision lui interdisant d'y revenir pendant un an ne peut être regardée comme procédant d'une inexacte application des dispositions citées au point précédent ou comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. C à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, ne nécessite aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions du requérant aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1971 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le conseil de M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C alias D E et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

C. B

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484

03/08/2026

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