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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204695

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204695

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 septembre 2022 et 20 novembre 2023, Mme B A, représentée par le cabinet d'avocats Potin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 13 juillet 2022 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Brest a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit une expertise et de réserver les dépens ;

3°) en tout état de cause, d'enjoindre au centre hospitalier régional universitaire de Brest de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Brest la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- à titre subsidiaire, il conviendra d'ordonner une expertise avant dire droit ;

- à titre très subsidiaire, la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, le centre hospitalier régional universitaire de Brest, représenté par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une lettre du 16 août 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi en raison de l'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires à un fonctionnaire dont la pathologie a été constatée et les droits en matière d'imputabilité au service constitués avant le décret du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière entré en vigueur le 16 mai 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- les observations de Me Moreau-Verger, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, employée par le centre hospitalier régional universitaire de Brest en qualité de maître ouvrier principal, exerce les fonctions d'agent de self en unité de préparation culinaire de cet établissement. Elle a demandé à son employeur, par un dossier de déclaration de maladie professionnelle daté du 8 octobre 2021, de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie, à savoir une atteinte ligamentaire des carpes avec lésions des ligaments scapholunaires et triangulaires. Par un avis du 20 janvier 2022, la commission départementale de réforme a émis un avis défavorable à cette demande. Par une décision du 25 janvier 2022, la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Brest a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cette pathologie. Par courrier du 25 mars 2022, Mme A a présenté un recours gracieux à l'encontre de cette décision, lequel a été rejeté par une nouvelle décision du 13 juillet 2022, intervenue à la suite d'un nouvel avis défavorable émis le 7 juillet 2022 par la commission départementale de réforme.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. La décision attaquée du 13 juillet 2022 doit être regardée comme constituant la décision de rejet du recours gracieux de Mme A contre la décision du 25 janvier 2022. Il résulte dès lors de ce qui a été dit au point précédent que la requête doit être regardée comme tendant à l'annulation non seulement de la décision du 13 juillet 2022, mais aussi de la décision initiale du 25 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, abrogé par l'ordonnance du 24 novembre 2021 portant partie législative du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".

5. D'autre part, aux termes du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires issu de l'ordonnance du 19 juillet 2017, créé par l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique, abrogé par l'ordonnance du 24 novembre 2021 portant partie législative du code général de la fonction publique et dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 822-20 de ce code : " Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. L'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 étant manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant notamment les conditions de procédure applicables à l'octroi du nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service, ces dispositions ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique hospitalière, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 16 mai 2020, du décret du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière, par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020.

7. Enfin, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée.

8. Pour rejeter la demande de Mme A de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle, les décisions attaquées des 25 janvier et 13 juillet 2022 indiquent en leurs articles 1er que sa pathologie " n'est pas reconnue comme maladie professionnelle des affections péri articulaires provoquées par certains gestes et postures de travail (tableau 57C bilatérale) ". La première décision du 25 janvier 2022 invoque en particulier l'avis du médecin spécialiste agréé du 5 novembre 2021 selon lequel " toutes les conditions ne sont pas réunies ", " il n'existe pas de lien de causalité direct et certain entre la survenue de l'affection et l'exercice des fonctions " et " les arrêts et soins ne sont pas imputables à la maladie professionnelle tableau 57 C bilatérale " ainsi que l'avis de la commission départementale de réforme du 20 janvier 2022 qui retient une " pathologie non inscrite au tableau des maladies professionnelles ". La seconde décision du 13 juillet 2022 reprend ces considérations et mentionne en outre un avis du médecin généraliste agréé du 15 avril 2022 qui reprend les conclusions de l'avis du médecin spécialiste agréé du 5 novembre 2022, ainsi qu'un nouvel avis défavorable de la commission départementale de réforme du 7 juillet 2022 qui comprend les mentions " pathologie qui n'est pas au tableau des maladies professionnelles - avis défavorable pour la reconnaissance d'une maladie contractée en service, le taux du barème pour le poignet est de 20 % - questionnement sur séquelles d'entorse sévère à droite ".

9. Il ressort ainsi des pièces du dossier, et notamment des termes des décisions en litige, que la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Brest a, pour rejeter la demande de Mme A, fait application du nouveau régime issu de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et désormais codifié à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique.

10. Il ressort toutefois des pièces du dossier et il est constant que la pathologie de Mme A a été constatée le 9 juillet 2019. Par suite, sa demande était entièrement régie par les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière précitées. En conséquence, en faisant application de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et désormais codifié à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique, la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Brest a méconnu le champ d'application de la loi.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête ni d'ordonner une expertise médicale, que la décision du 25 janvier 2022 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A et la décision du 13 juillet 2022 rejetant son recours gracieux doivent être annulés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. L'exécution du présent jugement implique seulement que la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Brest procède à un nouvel examen de la demande de Mme A tendant à la reconnaissance de sa pathologie comme imputable au service. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.

14. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Brest le versement à Mme A de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Brest des 25 janvier et 13 juillet 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la directrice générale du centre hospitalier régional universitaire de Brest de réexaminer la demande d'imputabilité au service de la pathologie de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Brest versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier régional universitaire de Brest.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Poujade, président,

M. Bouju, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

A. Poujade

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au ministre chargé de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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