jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204830 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SAS PAYEN-CARTRON AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 septembre 2022 et 24 juillet 2023,
Mme C B, représentée par Me Cartron, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche à lui verser en qualité de représentante légale de l'enfant A B la somme globale de 10 180,34 euros ;
A titre subsidiaire,
- d'ordonner une expertise sur la liquidation des préjudices ;
En tout état de cause,
- de mettre à la charge de la commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche la somme de 2 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la responsabilité de la commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche est engagée en raison du défaut d'entretien normal d'un ouvrage public ; le portillon de la cour est à l'origine de la blessure subie par sa fille A B ;
- sa fille était sous la responsabilité du personnel communal du centre de loisirs au moment de l'accident ; le personnel du centre de loisirs a alerté les pompiers qui ont transporté l'enfant au centre hospitalier ; la commune a reconnu que la blessure a été causée par " une poignée métallique cassée d'un des portails de cette cour " ; la blessure a nécessité le jour même dix points de suture ;
- la responsabilité de la commune est engagée pour faute dans l'organisation ou le fonctionnement du service public de surveillance dans le cas où l'accident survient au cours d'activités périscolaires.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 27 octobre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine demande au tribunal de condamner la commune de
Noyal-Chatillon-sur-Seiche au remboursement de la créance d'un montant de 709,76 euros et à lui verser la somme de 236,59 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Elle soutient que la responsabilité de la commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche est engagée dans l'accident de la victime.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2023, la commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche, représentée par Me Pierson conclut :
A titre principal, au rejet de la requête et des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine ;
A titre subsidiaire, de rapporter les demandes indemnitaires formées par Mme B à de plus justes proportions ;
A titre infiniment subsidiaire, de rejeter la demande d'expertise ;
En tout état de cause, mettre à la charge de Mme B la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens ;
Elle fait valoir que la matérialité des faits n'est pas rapportée par la requérante.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du 23 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Roux,
- et les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 31 août 2017, l'enfant A B, alors âgée de dix ans, a été admise au service des urgences pédiatriques du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes à 17h51 après
avoir été prise en charge par les pompiers prévenus par le centre de loisirs de la commune de
Noyal-Chatillon-sur-Seiche (Ille-et-Vilaine) en raison d'une plaie au bras droit de l'enfant.
Mme B, mère de A, demande au tribunal de condamner la commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche à lui verser une indemnité de 10 180,34 euros en réparation des préjudices subis par elle et son enfant.
Sur la responsabilité de commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche :
2. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. Il résulte de l'instruction, d'une part, que le formulaire de déclaration de sinistre renseigné le 1er septembre 2017 par la commune Noyal-Chatillon-sur-Seiche à l'attention de son assureur mentionne que " A en courant dans la cour [du pôle enfance] s'est cognée à une poignée de portail métallique cassée. Elle s'est entaillée le bras droit ", et d'autre part, qu'un courriel en date du 6 novembre 2017 adressé à Mme B par la commune indique qu'" Afin de permettre de renseigner au mieux votre assureur et votre conseil, je vous prie de bien vouloir trouver ci-dessous les éléments de circonstances de l'accident dont votre enfant a été victime :
Le 31 août 2017, A, dans la cour du Pôle Enfance, en courant, s'est cognée le bras contre une poignée métallique cassée d'un des portails de cette cour. Elle s'est entaillée le bras droit au niveau du biceps. ". Il résulte également de l'instruction que l'accident dont a été victime l'enfant a eu lieu aux alentours de 16h00, que les pompiers ont été prévenus par les personnels du centre de loisirs et que lors de son admission aux urgences pédiatriques à 17h51 a été constatée une plaie d'environ 10 cm qui a dû être suturée. Contrairement à ce que soutient la commune les indications portées tant sur la déclaration de sinistre que dans le courriel du 6 novembre 2017 ne résultent pas de la simple transposition des dires de Mme B. Au contraire, ils témoignent et établissent les circonstances dans lesquelles l'enfant s'est blessée au sein du centre de loisirs en raison de la présence d'une poignée cassée. Dans ces conditions, alors même qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un défaut de surveillance serait imputable aux personnels du centre de loisirs, Mme B établit ainsi le lien de causalité entre les préjudices subis et l'ouvrage. Il s'ensuit que la responsabilité de la commune Noyal-Chatillon-sur-Seiche à raison d'un défaut d'entretien de l'ouvrage public en cause doit être engagée.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
4. Il résulte de l'instruction et n'est pas sérieusement contesté que Mme B a dû accompagner sa fille A à des consultations au centre hospitalier universitaire de Rennes, ainsi qu'à l'expertise judiciaire à qui s'est déroulée à Angers le 20 octobre 2020. Par suite, il y a lieu d'accorder à Mme B le remboursement de la somme demandée de 222,74 euros au titre des frais kilométriques.
5. Il n'est guère contesté qu'avant consolidation de l'état de santé de la jeune A, durant les huit semaines qui ont suivi l'accident, elle a été aidée pour la douche, se coiffer, et autres tâches de la vie quotidienne. Cette aide est estimée à une heure par jour pendant huit semaines. Dans ces conditions, par application d'un taux horaire de 13 euros tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail le dimanche et sur une base de 412 jours par an pour tenir compte des congés et des jours fériés, il y a lieu d'accorder à la requérante la somme demandée de 896 euros.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :
6. La gêne temporaire partielle résultant de privation de piscine pendant 3 mois n'a pas été retenue par l'expert médical. Dans ces conditions l'indemnisation de ce préjudice à hauteur de 500 euros doit être écartée.
7. Les souffrances endurées ont été évaluées par l'expert judiciaire à 2 sur une échelle
de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à 2 000 euros.
8. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire constitué par la réalisation des pansements pendant deux mois et demi en l'indemnisant à hauteur de 500 euros.
9. Enfin, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique permanent estimé à
1,5 / 7 par l'expert judiciaire, consistant en une cicatrice du bras droit, bien visible, légèrement disgracieuse, en l'indemnisant à hauteur de 1 500 euros.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche doit être condamnée à verser à Mme B la somme totale de 5 083,74 euros.
En ce qui concerne la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine :
11. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'état des débours produits par la caisse ainsi que d'une attestation d'imputabilité du médecin conseil, qu'elle a exposé, pour le compte de A B, des frais hospitaliers, médicaux, des soins infirmiers et des frais pharmaceutiques, d'un montant de 709,76 euros avant la consolidation de son état de santé, en lien avec l'accident du 31 août 2017. Dans ces conditions, le montant des débours de la CPAM d'Ille-et-Vilaine, peut être évalué à la somme de 709,76 euros. Par ailleurs, eu égard au montant qui lui est alloué par le présent jugement, la CPAM d'Ille-et-Vilaine a droit, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, à la somme de 236,59 euros.
En ce qui concerne les dépens :
12. Les frais et honoraires de l'expertises, liquidés et taxés à la somme totale de
1 248 euros par une ordonnance du 19 janvier 2021, sont mis à la charge définitive de la commune Noyal-Chatillon-sur-Seiche.
Sur les frais d'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme B, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, verse à la commune
Noyal-Chatillon-sur-Seiche la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
14. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cartron renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cartron de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche est condamnée à verser à Mme B la somme de 5 083,74 euros.
Article 2 : La commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine la somme de 709,76 euros au titre des débours ainsi que la somme de 236,59 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : La commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche versera à Me Cartron, avocat de Mme B, une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Cartron, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine et à la commune de Noyal-Chatillon-sur-Seiche.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
P. Le Roux
Le président,
signé
G. Descombes
Le greffier,
signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026