mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204907 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LBP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 septembre 2022 et le 15 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Barthe, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions du 9 juin 2022 portant rejet d'une demande tendant à l'obtention d'un plan de chasse individuel chevreuil et sanglier ;
2°) de mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine la somme de 2 500 euros au titre du préjudice subi.
Il soutient que :
- tous les avis prévus à l'article R. 425-6 du code de l'environnement n'ont pas été sollicités ;
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- il est bien détenteur d'un bail de chasse.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2023, la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine, représentée par Me Laudic-Baron de la SELARL LBP avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Terras,
- et les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a sollicité en mars 2022 auprès de la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine l'attribution de deux plans de chasse individuels, l'un chevreuil et l'autre sanglier. Par deux décisions du 9 juin 2022, dont il demande l'annulation, ces plans de chasse lui ont été refusés au motif qu'il ne justifiait pas être titulaire d'un droit de chasse sur les 56 hectares du territoire de la commune de Val-d'Izé.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 425-7 du code de l'environnement : " Toute personne détenant le droit de chasse sur un territoire et qui désire obtenir un plan de chasse individuel doit en faire la demande. (). ". Aux termes de l'article R. 425-9 du même code : " Des demandes de révision des décisions individuelles peuvent être introduites auprès du président de la fédération départementale des chasseurs. Pour être recevables, ces demandes doivent être adressées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par un envoi recommandé électronique au sens de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification des décisions contestées ; elles doivent être motivées. Le silence gardé par le président de la fédération départementale des chasseurs dans un délai d'un mois vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale. ". L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Dès lors, il y a lieu de regarder les conclusions à fin d'annulation de la requête dirigées, non contre les décisions initiales du 9 juin 2022 du président de la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine, mais contre la décision implicite de rejet de la demande de révision présentée le 27 juin 2022 par le requérant et réceptionné le 28 juin.
Sur les conclusions d'annulation :
3. Aux termes de l'article R. 425-6 du code de l'environnement : " Le président de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs soumet les demandes de plan de chasse individuel et les demandes de révision annuelle des plans de chasse individuels triennaux à l'avis de la chambre d'agriculture, de l'Office national des forêts, de l'association départementale des communes forestières et de la délégation régionale du Centre national de la propriété forestière. Ces organismes se prononcent dans les délais fixés par arrêté du ministre chargé de la chasse. "
4. Il ressort des pièces du dossier que les décisions initiales ont été prises après avis du centre régional de la propriété forestière et de Fransylva 35, le syndicat des propriétaires forestiers d'Ille-et-Vilaine. La circonstance que la décision de rejet de la demande de M. A n'ait pas été soumise pour avis à d'autres organismes n'a pas été de nature, au regard du motif de rejet de la décision qui repose sur l'absence de justificatifs d'un droit de chasse, à entacher d'irrégularité la procédure ni susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision ou à priver M. A d'une garantie.
5. M. A ne peut invoquer utilement le moyen tiré de ce que la décision était insuffisamment motivée, dans la mesure où ce vice est en tout état de cause propre à la décision initiale et a nécessairement disparu avec elle.
6. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'environnement : " Nul n'a la faculté de chasser sur la propriété d'autrui sans le consentement du propriétaire ou de ses ayants droit ". Aux termes de l'article L. 422-16 du code de l'environnement : " L'apport de ses droits de chasse par le propriétaire ou le détenteur de droits de chasse entraîne l'extinction de tous autres droits de chasser, sauf clause contraire passée entre les parties ". Aux termes de l'article L. 422-9 du même code : " A la demande de l'association communale, ces apports sont réputés réalisés de plein droit pour une période renouvelable de cinq ans, si dans le délai de trois mois qui suit l'annonce de la constitution de l'association communale par affichage en mairie et par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée à tout propriétaire ou détenteur de droits de chasse remplissant les conditions prévues à l'article L. 422-13, les personnes mentionnées aux 3° et 5° de l'article L. 422-10 n'ont pas fait connaître par lettre recommandée avec demande d'avis de réception leur opposition justifiée à l'apport de leur territoire de chasse. " Aux termes de l'article L. 422-10 du même code : " L'association communale est constituée sur les terrains autres que ceux : / 1° Situés dans un rayon de 150 mètres autour de toute habitation ; / 2° Entourés d'une clôture telle que définie par l'article L. 424-3 ; / 3° Ayant fait l'objet de l'opposition des propriétaires ou détenteurs de droits de chasse sur des superficies d'un seul tenant supérieures aux superficies minimales mentionnées à l'article L. 422-13 ; / 4° Faisant partie du domaine public de l'Etat, des départements et des communes, des forêts domaniales ou des emprises de la SNCF, de SNCF Réseau et de SNCF Voyageurs ; / 5° Ayant fait l'objet de l'opposition de propriétaires, de l'unanimité des copropriétaires indivis qui, au nom de convictions personnelles opposées à la pratique de la chasse, interdisent, y compris pour eux-mêmes, l'exercice de la chasse sur leurs biens, sans préjudice des conséquences liées à la responsabilité du propriétaire, notamment pour les dégâts qui pourraient être causés par le gibier provenant de ses fonds. "
7. Pour refuser à M. A l'attribution d'un plan de chasse individuel, chevreuil et sanglier, la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine s'est fondée sur la circonstance qu'alors qu'il avait déclaré posséder 56 hectares de territoire sur la commune de Val d'Izé, les justificatifs transmis ne permettaient pas d'attester de son droit de chasse sur l'ensemble du territoire déclaré. Elle fait également valoir en défense que les parcelles non validées, d'une surface totale de 39,3880 hectares, relèvent de terres appartenant aux associations communales de chasse agréées (ACCA) de Val d'Izé et de Taillis.
8. Si la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine reconnait dans ses écritures en défense avoir validé 23,8843 hectares de superficie de chasse, M. A n'établit pas que cette superficie serait suffisante pour ouvrir droit à un plan de chasse. En outre, s'il soutient avoir demandé le retrait des parcelles concernées du territoire de l'ACCA par courrier du 23 décembre 2021, il ne justifie ni de l'envoi ni de la réception de ce dernier par la fédération départementale, ni, en tout état de cause, d'aucune décision favorable du président de la fédération départementale, alors que, selon le 1° de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, le principe du silence valant acceptation ne s'applique pas lorsque la demande ne tend pas à l'adoption d'une décision présentant le caractère d'une décision individuelle. Enfin, il résulte du dernier alinéa de l'article L. 422-18 du même code de l'environnement que le droit d'opposition, formulée en application du 3° ou du 5° de l'article L. 422-10, est réservé aux propriétaires et aux associations de propriétaires ayant une existence reconnue lors de la création de l'association, ce que n'est pas M. A, qui établit seulement être détenteur de baux de chasse.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions rejetant les demandes de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il demande au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A le paiement d'une somme à verser à fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine au titre de ces mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Thielen, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. Terras
Le président,
Signé
N. Tronel
La greffière,
Signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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