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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204933

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204933

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204933
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2022, Mme A H D, représentée par Me Béguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2022 par lequel le préfet du Morbihan lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une personne incompétente, à défaut de justifier d'une délégation de signature ;

- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Béguin, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante ivoirienne née en 1987, déclare être entrée en France le 4 juillet 2015. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 janvier 2016. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 10 novembre 2016. Mme D a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français en date des 30 janvier et 21 novembre 2017 mais s'est toutefois maintenue en situation irrégulière en France. Elle a sollicité le 20 décembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se prévalant de la conclusion d'un pacte civil de solidarité avec M. B. Par arrêté du 24 août 2022, le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 10 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Morbihan a donné délégation à Mme F E, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite des attributions du bureau et notamment les refus de titre de séjour et obligations de quitter le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G, directeur de la citoyenneté et de la légalité. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire dont serait entaché l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que les différentes décisions comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le support, notamment s'agissant de la situation personnelle et familiale de Mme D et de la situation régulière de M. B, son partenaire de pacte civil de solidarité. Contrairement à ce que fait valoir l'intéressée, l'arrêté attaqué fait état de la nationalité congolaise de celui-ci. Le préfet n'était pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle de Mme D, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour rejeter sa demande de titre de séjour et estimer que rien ne s'opposait à son éloignement, mettant l'intéressée en mesure de critiquer ces motifs. À défaut d'obligation pour le préfet de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de Mme D, l'absence de mention des enfants congolais et français de M. B ne saurait constituer une insuffisance de motivation et ne révèle pas non plus qu'il aurait été procédé à un examen incomplet ou insuffisant de sa situation. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet de la situation de Mme D ne peuvent, par suite, être accueillis.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que si Mme D est entrée en France en 2015, elle a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français en 2017 auxquelles elle n'a pas déféré. La requérante se prévaut de sa relation avec M. B, ressortissant congolais titulaire d'une carte de résident valable du 9 septembre 2015 au 8 septembre 2025, laquelle aurait débuté en 2018 et a donné lieu à un pacte civil de solidarité conclu le 31 août 2021. Toutefois, les différents documents produits ne permettent pas d'établir l'existence d'une vie commune entre les intéressés avant le mois d'octobre 2021. Si Mme D allègue qu'elle envisage d'avoir un enfant avec M. B dans le cadre d'un projet de procréation médicalement assistée, elle n'en justifie pas en se bornant à produire des documents médicaux faisant état de problèmes gynécologiques récurrents, d'une interruption de grossesse en 2018 suivie d'une fausse couche et du désir de grossesse dont l'intéressée a fait part à son médecin en juin 2020. Par ailleurs, Mme D ne travaille pas, dépend des aides sociales et ne fait état d'aucune insertion sociale ou attaches en dehors du cercle familial. Elle n'établit pas ne plus avoir d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, elle n'établit pas que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté pour les mêmes motifs.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Les seules circonstances que Mme D, qui a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, soit présente en France depuis sept ans et qu'elle ait conclu un pacte civil de solidarité en 2021 avec un ressortissant congolais ne peuvent être regardées comme des motifs exceptionnels justifiant de l'admettre au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par ailleurs, l'intéressée ne fait état d'aucun travail et n'établit pas que des motifs exceptionnels justifieraient la délivrance d'un titre de séjour salarié. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de Mme D.

8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Mme D fait valoir que M. B est père de trois enfants de nationalité congolaise vivant au Congo et d'un enfant français résidant en France, et que du fait de sa nationalité congolaise, la cellule familiale n'est pas en mesure de se reconstituer en Côte-d'Ivoire. Toutefois, la requérante, n'établit pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'ancienneté de sa relation avec M. B. Il suit de là qu'elle n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaît par suite les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 août 2022, par lequel le préfet du Morbihan lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A H D et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

L. CLe président,

signé

F. Etienvre

La greffière d'audience,

signé

A. Bruézière

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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