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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204962

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204962

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 30 septembre 2022, 23 mars 2023 et 30 janvier 2024, M. et Mme C, représentés par Me Béguin, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel le maire de Cesson-Sévigné a délivré un permis de construire à M. H et Mme E pour la création d'une maison individuelle sur un terrain cadastré section ZV n° 125p situé au sis 11 H rue de la Ménouriais ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cesson-Sévigné et de M. H et Mme E une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de rejeter la demande de sursis à statuer formée par la commune de Cesson-Sévigné et M. H et Mme E, ainsi que la demande d'annulation partielle formée par M. H et Mme E.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt pour agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué ne permet pas d'identifier son auteur, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le dossier de demande de permis de construire comporte des contradictions et est incomplet : l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît l'article 2 du règlement PA10 du lotissement dès lors que le niveau du rez-de-chaussée est situé à plus de 0,40 mètre au-dessus du niveau du terrain naturel avant travaux ;

- il méconnaît l'article 2.1 du titre IV du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole (PLUi) dès lors que le rez-de-chaussée du projet n'atteint pas les 3,50 mètres requis et que la hauteur de l'étage courant du volume central est supérieure aux 3,20 mètres exigés ;

- il méconnaît l'article 4.2 du titre IV du règlement du PLUi de Rennes métropole dès lors que le projet ne prévoit aucune toiture respectant les caractéristiques des constructions déjà présentes ;

- il méconnaît l'article 4.5 du titre IV du règlement du PLUi de Rennes métropole dès lors que le projet ne permet pas la dissimulation de la boîte aux lettres et du compteur électrique par la clôture ;

- il méconnaît l'article 6.1 du titre IV du règlement du PLUi de Rennes métropole dès lors que l'aire de stationnement prévue dans le projet n'est pas, sur sa partie sud, entourée de haie ou de plantes arbustives, que le coefficient de végétalisation du projet est inférieur aux 60 % exigé, que la réalisation du projet entraînera la suppression de nombreux arbres et que le calcul du coefficient de végétalisation a été faussé ;

- il méconnaît l'article 8-2 du titre IV du règlement du PLUi de Rennes métropole dès lors que les plans contenus dans le dossier de demande de permis de construire ne comportent aucune précision sur le dimensionnement de la zone de stockage des déchets et que la contenance minimale prévue dans le projet pour les ouvrages d'infiltration et de rétention est insuffisante au regard de la surface imperméabilisée du projet ;

- il méconnaît les articles 1.2 applicable à la zone UE3 du titre V du règlement du PLUi de Rennes métropole et 1 du règlement du lotissement dès lors que le projet prévoit la construction d'une terrasse implantée à moins de 2 mètres de la limite séparative.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 février, 23 novembre 2023 et 14 février 2024, la commune de Cesson-Sévigné, représentée par la Selarl d'avocats Valadou-Josselin et associés, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal fasse usage des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que le versement d'une somme de 2 500 euros soit mis à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par deux mémoires, enregistrés les 22 février 2023 et 24 janvier 2024, M. H et Mme E, représentés par la Selarl LGP Avocats, concluent, à titre principal, au rejet de la requête de M. et Mme C, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal fasse application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public ;

- les observations de Me Delagne, substituant Me Béguin représentant M. et Mme C ;

- et les observations de Me Voisin représentant M. H et Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C sont propriétaires des parcelles cadastrées section ZV n° 255 et 256 sur lesquelles se situent leur maison d'habitation et un jardin, situés au 11 A rue de la Ménouriais sur la commune de Cesson-Sévigné. Par un arrêté du 7 avril 2022, le maire de Cesson-Sévigné a délivré à M. H et Mme E un permis de construire en vue d'édifier, sur la parcelle cadastrée ZV n° 125p, située sis 11 H de la rue Ménouriais, une maison individuelle, correspondant au lot n° 6 du lotissement autorisé par des permis d'aménager des 22 septembre 2020 et 2 mars 2021. Par un courrier du 30 mai 2022, M. et Mme C ont saisi le maire d'un recours gracieux, lequel a été implicitement rejeté. M. et Mme C sollicitent l'annulation de cet arrêté ainsi que la décision implicite rejetant leur recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-25 du code de la construction et de l'habitation. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Compte-tenu de la hauteur de la construction envisagée par M. H et Mme E, M. et Mme C, qui sont propriétaires d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée ZV n° 255 situé au 11 A rue la Ménouriais située à environ 60 mètres de la parcelle d'assiette du projet de M. H et de Mme E, les requérants doivent être regardés comme justifiant, au regard des atteintes qu'ils invoquent, d'un intérêt à agir. Les fins de non-recevoir tirées du défaut d'intérêt à agir des requérants, doivent être dès lors écartées.

Sur le bien-fondé des conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

5. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

6. En l'espèce, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'arrêté attaqué, dont ils joignent eux-mêmes la copie, comporte de manière parfaitement lisible l'identité de son signataire, M. I G, en sa qualité de maire de Cesson-Sévigné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrage seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. () ".

8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. En outre, le permis de construire n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, l'autorité administrative n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.

9. Il ressort effectivement des pièces du dossier que la demande de permis de construire comporte une notice architecturale indiquant la plantation de quatre nouveaux arbres sur la parcelle alors que le plan de masse indique, quant à lui, la plantation de six nouveaux arbres. Si les requérants soutiennent que le dossier de permis de construire comporte ainsi une incohérence substantielle ayant eu pour effet de fausser le calcul du coefficient de végétalisation, lequel doit être de 60 %, conformément à l'article 6.1 du titre IV du PLUi de Rennes métropole, cette incohérence, pour regrettable qu'elle soit, affectant la notice architecturale relève d'une simple erreur de plume qui, contrairement à ce que soutiennent les requérants, n'a pas eu pour effet de fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative, au regard du plan de masse, sur le nombre d'arbres prévus et, par suite, sur l'exactitude du coefficient de végétalisation.

10. Par ailleurs, les dispositions de l'article R. 431-9 code de l'urbanisme relatives au plan de masse du projet architectural n'imposent pas de mentionner les aménagements intérieurs des constructions. Il en résulte que le dossier de demande du permis initial n'avait pas à indiquer les surfaces allouées au stockage des déchets ménagers au sein de la construction. Si ces mêmes dispositions commandent d'indiquer les modalités de raccordement aux réseaux publics, ni elles ni celles de l'article R. 431-8 n'imposent de préciser le caractère suffisant de la conduite d'eau potable sur laquelle le projet viendra se raccorder. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles R. 431-8 et 9 du code de l'urbanisme comme celui tiré de la violation des dispositions de l'article 8.2 du titre IV du règlement littéral du PLUi de Rennes métropole, doivent être écartés.

11. Enfin, le plan de coupe prévu par l'article R. 431-10 n'a pas à indiquer ni la hauteur des planchers des étages ni la hauteur de leurs plafonds. Le dossier n'est donc ni imprécis ni incomplet à défaut d'avoir indiqué la hauteur de l'étage courant dans la partie centrale la plus haute de la maison d'habitation.

12. En deuxième lieu, l'article 2 du règlement PA10 du lotissement prévoit que : " La hauteur des volumes secondaires devra toujours être inférieure à celle du volume principal. () Le niveau du rez-de-chaussée ne devra pas être situé à plus de 0,40 m, au-dessus du terrain naturel avant travaux. ".

13. En l'espèce, si les requérants font valoir que le projet en litige méconnaît les dispositions de l'article précité en ce que le niveau de rez-de-chaussée serait situé à plus de 0,40 mètre au-dessus du terrain naturel avant travaux, il ressort toutefois clairement des pièces du dossier, et notamment du plan en coupe des façades du projet, que le plancher bas de rez-de-chaussée se situe à la côte d'altitude 42.92 et que le terrain naturel, en son point le plus bas à proximité immédiate de la construction, est à la côte d'altitude 42.59. Il ressort ainsi des pièces du dossier que le niveau de rez-de-chaussée est situé à une hauteur de 0,33 mètre au-dessus du terrain naturel avant travaux. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que le volume nord constitue le volume principal du projet en ce qu'il présente notamment une emprise au sol supérieure au volume central, il ressort toutefois du dossier que le volume nord a vocation à constituer un local clos à usage de stationnement. Dans ces circonstances, et alors que le volume central présente une hauteur de 7,40 mètres entre le plancher bas rez-de-chaussée et le dessus de l'acrotère, soit 0,90 mètre au-dessus de la hauteur du volume nord, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le volume nord du projet en constitue le volume principal. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2 du règlement PA10 du lotissement doit être écarté en ses deux branches.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 2.1 du titre IV du règlement littéral du PLUi de Rennes métropole : " La hauteur d'un niveau de construction se mesure du dessus du plancher bas au-dessous du plancher haut directement supérieur () / La hauteur du rez-de-chaussée (*) ou à défaut le niveau le plus facilement accessible depuis la voie ou l'espace public (*) est fixée à 3,50 m minimum pour les constructions de premier rang (*) (hors annexe(*)) : / - le long des linéaires commerciaux indiqués au plan de zonage du règlement graphique, / - dans certains périmètres de centralité précisés au plan thématique " Hauteur " du règlement graphique par un symbole R*. / - dans certains secteurs précisés au plan thématique " Hauteur " du règlement graphique. () / Pour la destination habitation, la hauteur des étages courants est de 3,20 m maximum à l'exception des volumes communs à un même logement (duplex, triplex, ) () ".

15. Il résulte de ces dispositions que la hauteur d'un niveau de construction se mesure du dessus du plancher bas au-dessous du plancher haut directement supérieur, les épaisseurs du plancher n'étant pas comprises dans le calcul des hauteurs, pas plus que la hauteur ou l'épaisseur entre le plafond de l'étage et le toit.

16. D'une part, il résulte des dispositions précitées que la hauteur minimum de 3,50 mètres exigée pour le rez-de-chaussée n'est applicable qu'aux constructions situées le long de linéaires commerciaux ou à celles situées dans certaines centralités et autres secteurs identifiés par un symbole R* dans le plan thématique " Hauteur " du règlement graphique du PLUi de Rennes métropole. Ainsi, si les requérants soutiennent que le projet litigieux méconnaît les dispositions précitées en ce que la hauteur du rez-de-chaussée serait inférieure à 3,50 mètres, il ressort toutefois des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet ne se situe ni le long d'un linéaire commercial, ni dans un secteur ou une centralité identifié par un symbole R* dans le plan thématique " Hauteur " du règlement graphique du PLUi de Rennes métropole. Dans ces circonstances, les requérants ne pouvaient se prévaloir des dispositions de l'article 2.1 du titre IV du règlement du PLUi de Rennes métropole. Par suite, la première branche du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

17. D'autre part, si le dossier de permis de construire permet de déterminer la hauteur de l'étage courant du volume nord, soit 2,50 mètres, il ne renseigne toutefois aucune cote altimétrique s'agissant de la hauteur de l'étage courant de l'étage central. Il est toutefois constant que la hauteur du volume central et de 7,40 mètres entre le plancher bas rez-de-chaussée et le dessus de l'acrotère. À supposer en premier lieu que, comme le soutiennent les pétitionnaires, le projet ne prévoit pas de variations du niveau des étages entre les différents volumes, portant ainsi la hauteur comprise entre le plancher bas de rez-de-chaussée et le plafond de l'étage courant du volume central à 5,50 mètres, l'épaisseur entre le plafond de l'étage courant et l'acrotère du volume central serait alors de 1,90 mètre. Or, il ressort des pièces du dossier que le toit du volume central ne prévoit aucune déclivité. À supposer même que, comme le soutient la commune de Cesson-Sévigné, l'épaisseur entre le plafond de l'étage courant et l'acrotère du volume central serait de 1 mètre, qu'il faudrait ainsi déduire de la hauteur totale dudit volume, la hauteur de l'étage courant serait alors de 3,40 mètres dans la mesure où il ressort du plan en coupe de la façade nord que la somme de la hauteur du rez-de-chaussée et de l'épaisseur du plancher haut rez-de-chaussée, respectivement de 2,58 et 0,42 mètre, serait de 3 mètres. Dans ces circonstances, les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en raison de la méconnaissance de l'article 2.1 du titre IV du règlement littéral du PLUi de Rennes métropole.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4.5 du titre IV du règlement du PLUi de Rennes métropole : " Les coffrets, compteurs, boîtes aux lettres doivent être intégrés dans la construction ou les clôtures en s'implantant selon une logique de dissimulation qui tienne compte des modénatures et des matériaux constitutifs. () ".

19. Il ressort des pièces du dossier, notamment du photomontage relatif à l'insertion du projet ainsi que du plan de masse que le compteur électrique, la boîte aux lettres et les autres éléments techniques ne se trouvent pas intégrés dans la clôture conformément aux dispositions susmentionnées. Il ressort également des pièces du dossier que ces éléments, à supposer même qu'ils soient intégrés dans la clôture, ne permettent d'assurer une logique de dissimulation telle qu'elle est explicitement imposée par les dispositions du règlement du PLUi de Rennes métropole. Par suite, M. et Mme C sont également fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en raison de la méconnaissance de l'article 4.5 du titre IV du règlement du PLUi de Rennes métropole.

20. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6.1 du titre IV du règlement du PLUi de Rennes métropole : " Règles générales. / Dans toutes les zones : () / Les arbres existants sont maintenus ou remplacés lorsque la superficie et la configuration de la surface de pleine terre le permet () / Dans les zones U et 1AU : Le terrain doit comporter au minimum les normes cumulatives suivantes : / - 1 arbre planté par tranche complète de 200 m² de surface de pleine terre (*). / - Les aires de stationnement des véhicules automobiles doivent faire l'objet d'un traitement paysager d'ensemble, y compris les délaissés. Elles comportent un arbre pour 4 emplacements de stationnement aérien et sont entourées de haies ou plantes arbustives à l'exception des aires de stationnement sur dalle pour lesquelles seul 1 arbre pour 4 emplacements de stationnement est exigé. Pour les parcs de stationnement sur dalle, les arbres sont plantés en pleine terre (*) à 5 mètres maximum de la limite de la dalle ou en bacs (volume d'1m3 de terre minimum) à l'exception des constructions dédiées uniquement au stationnement (parking silo, parking relai,). / - L'application d'un coefficient de végétalisation (*) si un pourcentage minimal est défini au règlement graphique sur le plan thématique " Coefficient de végétalisation ", sur un plan de masse indicé (m), sur un plan indicé (d) ou dans une orientation d'aménagement et de programmation de quartier ou intercommunale. () ".

21. D'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de masse ainsi que de la notice architecturale que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le projet prévoit la construction d'une aire de stationnement entourée d'une haie arbustive conformément aux dispositions susmentionnées. Dans ces conditions, le projet envisagé respecte ainsi la règle selon laquelle les aires de stationnement doivent faire l'objet d'un traitement paysager d'ensemble.

22. D'autre part, il est constant que le terrain d'assiette du projet est situé en zone UE3 au sein de laquelle est imposé un coefficient de végétalisation de 60 %. Or, il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche de renseignement relative au coefficient de végétalisation que, pour obtenir un coefficient de végétalisation de 60%, les porteurs du projet se sont basés sur un bonus de 8 %, notamment obtenu par la plantation de six arbres. Si les requérants font valoir que le projet en litige méconnaît le coefficient de végétalisation imposé en ce que la notice descriptive ne mentionne la plantation que de quatre nouveaux arbres, il ressort toutefois du plan de masse que le projet prévoit la plantation de six nouveaux arbres. Dans ces circonstances, l'incohérence entre le plan de masse et la notice descriptive résulte d'une erreur de plume. Par suite, le projet envisagé respecte le coefficient de végétalisation imposé par le règlement graphique du PLUi de Rennes métropole.

23. Par ailleurs, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ressort des pièces du dossier que seuls deux arbres seront abattus puis replantés pour la bonne réalisation du projet. Dans ces circonstances, le projet en litige ne méconnaît pas la règle relative au maintien des arbres existants avant toute construction.

24. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 6.1 du titre IV du règlement littéral du PLUi de Rennes métropole, portant règles applicables à toutes les zones, relatif à la végétalisation, doit être écarté en toutes ses branches.

25. En sixième lieu, aux termes de l'article 1.1 applicable à la zone UE3 du titre V du règlement littéral du PLUi de Rennes métropole et repris par l'article premier du règlement PA10 du lotissement : " Les constructions s'implantent en retrait minimal de 5m par rapport aux voies ou emprises ouvertes au public (*). () ". Aux termes de l'article 1 du titre IV du même règlement : " Les règles d'implantation s'applique dans toutes les zones. () Ne sont pas soumis aux règles d'implantation : () / - les constructions dont la hauteur n'excède pas 0,60 m mesurée par rapport au niveau du terrain naturel (*) ou terrain aménagé (*) au droit de la construction ; () ".

26. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que les règles d'implantation ne sont pas applicables aux constructions dont la hauteur n'excède pas 0,60 mètre mesurée par rapport au niveau du terrain naturel.

27. Il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un plan en coupe du terrain d'assiette, que la terrasse projetée, se situant à la côte d'altitude 42.87, se trouve en dessous du terrain naturel situé, pour la partie nord Est du projet, à la côte d'altitude 43.05. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 1.1 applicable à la zone UE3 du titre V du règlement littéral du PLUi de Rennes métropole doit être écarté comme inopérant.

28. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 4.2 du titre IV du règlement littéral du PLUi de Rennes métropole : " () Afin de préserver les caractéristiques des espaces urbains existants, une attention particulière sera portée au sens des faîtages, au vocabulaire architectural des constructions déjà présentes dans la rue ou l'îlot. ".

29. En l'espèce, si les requérants soutiennent que le projet en litige se situe en rupture totale avec les constructions voisines en ce qu'il ne prévoit aucune toiture à plusieurs pans, il ressort toutefois des pièces du dossier que la rue de la Ménouriais comporte plusieurs constructions dotées d'une toiture plate ou à un seul pan, la maison d'habitation des requérants faisant, en outre, partie de ces constructions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4.2 du titre IV du règlement littéral du PLUi de Rennes métropole ne peut qu'être écarté.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

30. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ".

31. Les dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme permettent au juge de procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où l'illégalité affecte une partie identifiable du projet et peut être régularisée par une mesure de régularisation.

32. Les illégalités retenues aux points 17 et 19 du présent jugement, qui tiennent à la méconnaissance du paragraphe 4.5 du titre IV du règlement du PLU de Rennes métropole, du paragraphe 4.5 de l'article 4 du chapitre II du règlement du lotissement et de l'article 2 du chapitre II du règlement du lotissement, constituent des vices n'affectant qu'une partie identifiable du projet au sens de l'article L. 600-5 précité. Il ne ressort pas des pièces du dossier que leur régularisation impliquerait d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, ces régularisations pouvant intervenir en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, il y a lieu de limiter à cette partie du projet l'annulation des arrêtés en litige. Il y a lieu également de fixer à trois mois le délai, courant à compter de la notification du présent jugement, dans lequel le pétitionnaire pourra demander la régularisation des vices retenus.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

33. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. H et Mme E le versement d'une somme de 750 euros et d'une somme identique à la charge de la commune de Cesson-Sévigné au titre des frais exposés par M. et Mme C et non compris dans les dépens.

34. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les conclusions de la commune de Cesson-Sévigné et de M. H et Mme E soient accueillies.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 avril 2022 est annulé en tant que les boitiers du projet de construction ne sont pas intégrés à la clôture sur le plan de masse du projet architectural en méconnaissance du paragraphe 4.5 du titre IV du règlement du PLU de Rennes métropole et du paragraphe 4.5 de l'article 4 du chapitre II du règlement du lotissement et en tant que le volume central de la construction, qui n'est pas le volume principal, est plus haut que le volume nord, le volume principal, en méconnaissance de l'article 2 du chapitre II du règlement du lotissement. La décision portant rejet implicite du recours gracieux des requérants est également annulée dans cette même mesure.

Article 2 : Le délai accordé à M. H et à Mme E pour solliciter la régularisation de leur projet est fixé à trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : M. H et Mme E verseront une somme globale de 750 euros à M. et Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La commune de Cesson-Sévigné versera une somme de 750 euros à M. et Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Cesson-Sévigné et de M. H et de Mme E tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et F C, à M. B H, à Mme D E et à la commune de Cesson-Sévigné.

Copie en sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Rennes en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 19 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024

Le président-rapporteur,

Signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Terras

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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