mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205364 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS ARCIANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 et 21 octobre 2022 et 29 juin 2023, M. et Mme C et D B représentés par Me Bourges, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel la maire de Rennes a accordé à la société groupe Launay un permis de construire n° PC 35238 21 10411 en vue d'édifier un ensemble de 14 logements après démolition d'une maison sur un terrain situé 6 rue Anatole France ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Rennes la somme de 3 000 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- le signataire de l'arrêté contesté n'a pas reçu délégation à cet effet ;
- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 février et 8 août 2023, la commune de Rennes, représentée par la société d'avocats Valadou-Josselin, conclut :
1°) à titre principal au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L. 600-5 et/ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;
3°) à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B la somme de 2 500 € au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 mars et 17 août 2023, la société groupe Launay, représentée par la société d'avocats Ares, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B la somme de 3 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Tronel,
- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,
- les observations de Me Bourges, représentant M. et Mme B, E, représentant la commune de Rennes et de Me Balloul, représentant la société groupe Launay.
Considérant ce qui suit :
1. En prenant acte de la production par la ville de Rennes de l'arrêté du 7 juillet 2020 donnant délégation à M. A, adjoint au maire délégué à l'urbanisme et signataire de l'arrêté contesté, pour signer notamment les permis de construire et de démolir, les requérants doivent être regardés comme ayant abandonné leur moyen tiré du défaut de délégation du signataire de l'acte.
2. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
3. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient au juge d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
4. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet litigieux, situé 6 rue Anatole France à Rennes, s'inscrit dans un environnement bâti qui, s'il comprend plusieurs maisons individuelles dans cette rue identifiées par le plan local d'urbanisme comme patrimoine bâti d'intérêt local, n'en apparaît pas moins comme très hétérogène et sans intérêt architectural particulier, composé de maisons individuelles de conception traditionnelle (façades en pierre, encadrement de fenêtres en briques) ou plus modernes (façades en bois, béton apparent), ainsi que d'immeubles collectifs modernes ou plus anciens de taille relativement importante, jusqu'à six étages. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que le projet envisagé, côté rue Anatole France, compte tenu de ses dimensions, de sa volumétrie, du parti-pris architectural retenu (conservation totale de la façade en rez-de-chaussée, toiture à double pente) ou des matériaux choisis, ne s'insérerait pas dans cet environnement urbain. Enfin, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la façade du projet située boulevard du maréchal de Lattre de Tassigny, qui n'est pas en situation de covisibilité directe avec les maisons individuelles qualifiées de patrimoine bâti d'intérêt local, et qui s'insère dans un ensemble particulièrement hétérogène d'immeubles d'habitat collectifs de dimensions variées, ne s'intègre pas harmonieusement dans le prolongement des constructions existantes. Ainsi, la réalisation du projet litigieux n'est pas, compte tenu de sa situation, de son architecture et de ses dimensions, de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Rennes et la société groupe Launay, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes, versent à M. et Mme B la somme que ceux-ci demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées à ce titre par la commune de Rennes et par la société groupe Launay.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Rennes et de la société groupe Launay présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et D B, à la ville de Rennes et à la société groupe Launay.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, où siégeaient :
M. Tronel, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Thielen, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le président rapporteur,
Signé
N. Tronel L'assesseur le plus ancien,
Signé
F. Terras
La greffière,
Signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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