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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205452

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205452

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de Mme A B, qui contestait le refus du jury de l'examen du titre professionnel "vendeur-conseil en magasin" de lui délivrer ce titre. La requérante soutenait que le jury n'avait pas tenu compte de ses compétences acquises en entreprise et qu'un traitement inégalitaire avait eu lieu. Le tribunal a estimé que la décision du jury, fondée sur l'insuffisance des compétences professionnelles, était régulière et ne révélait pas d'erreur d'appréciation. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, en application des articles L. 335-5, R. 338-1, R. 338-2 et R. 338-5 du code de l'éducation, ainsi que des arrêtés du 22 décembre 2015 et du 21 juillet 2016.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 octobre 2022 et 15 février 2023, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision, notifiée le 1er juillet 2022, par laquelle le jury de l'examen du titre professionnel " vendeur-conseil en magasin " de la session du 14 au 17 juin 2022 organisée à l'institut breton d'éducation permanente (IBEP) de Morlaix a refusé de lui délivrer ce titre, ainsi que la décision de la directrice régionale de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bretagne du 27 septembre 2022 portant rejet de son recours gracieux.

Elle soutient que :

- le jury a omis de tenir compte des relations de vendeur-conseil qu'elle a développées auprès des clients du magasin Promocash de Saint-Martin des Champs où elle a effectué son apprentissage sur les conseils de l'IBEP et s'est borné à lui opposer le choix de cette entreprise pour effectuer son alternance ;

- deux de ses collègues de formation ont obtenu leur titre professionnel alors qu'elles ont effectué leur apprentissage dans des entreprises de grande distribution comparables au magasin Promocash précité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, le préfet de la région Bretagne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- l'arrêté du 22 décembre 2015 relatif aux conditions de délivrance du titre professionnel du ministère chargé de l'emploi ;

- l'arrêté du 21 juillet 2016 portant règlement général des sessions d'examen pour l'obtention du titre professionnel du ministère chargé de l'emploi ;

- l'arrêté du 3 novembre 2016 modifiant l'arrêté du 19 février 2004 modifié relatif au titre professionnel de vendeur(se)-conseil en magasin ;

- l'arrêté du 9 juillet 2020 portant prorogation du titre professionnel de vendeur-conseil en magasin ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- et les conclusions de M. Martin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a suivi la formation de vendeur-conseil en magasin au sein de l'institut breton d'éducation permanente (IBEP) de Morlaix et s'est présentée aux épreuves de validation du titre professionnel de vendeur-conseil en magasin qui se sont déroulées du 14 juin au 17 juin 2022 au sein de cet institut. Par un courrier du 1er juillet 2022, la directrice régionale de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bretagne lui a notifié la décision par laquelle le jury a estimé que ses compétences professionnelles étaient insuffisantes pour lui délivrer le titre professionnel sollicité. Cette décision a été confirmée par une décision du 27 septembre 2022 portant rejet de son recours gracieux. Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

2. Aux termes de l'article L. 335-5 du code de l'éducation : " I. - Les diplômes sont obtenus par les voies scolaire et universitaire, par l'apprentissage, par la formation professionnelle continue ou, en tout ou en partie, par la validation des acquis de l'expérience. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 338-1 du même code : " La certification professionnelle délivrée, au nom de l'Etat sur le plan national, par le ministre chargé de l'emploi est appelée " titre professionnel ". Ce titre atteste que son titulaire maîtrise les compétences, aptitudes et connaissances permettant l'exercice d'activités professionnelles qualifiées. ". Selon l'article R. 338-2 du même code : " Chaque spécialité du titre professionnel est définie par arrêté du ministre chargé de l'emploi () ". Aux termes de l'article R. 338-5 du même code : " Le titre professionnel et les certificats qui le composent ou qui lui sont associés sont accessibles par la formation professionnelle continue et par la validation des acquis de l'expérience. Les conditions d'accès, de préparation ainsi que les règles générales d'évaluation en vue de l'obtention du titre ou des certificats qui lui sont associés sont précisées par arrêté du ministre chargé de l'emploi en vue de l'obtention du titre. () Les modalités de validation pour l'obtention du titre et des certificats qui le composent ou qui lui sont associés permettent d'attester de compétences professionnelles pour l'exercice des activités visées par le titre. A cet effet, les évaluations peuvent être réalisées en situation de travail réelle ou reconstituée, ainsi qu'à l'aide de tout document susceptible d'établir que le candidat possède les compétences, aptitudes et connaissances requises. L'acquisition de connaissances et de compétences générales est évaluée dans ce cadre. Pour l'attribution du titre, un entretien avec le jury permet de s'assurer que le candidat maîtrise l'ensemble des compétences, aptitudes et connaissances requises. ".

3. Aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 22 décembre 2015 relatif aux conditions de délivrance du titre professionnel du ministère chargé de l'emploi : " () Pour prendre sa décision, le jury dispose : / 1. Des résultats de la mise en situation professionnelle complétés, éventuellement, du questionnaire professionnel ou de l'entretien technique ou du questionnement (). / 2. Du Dossier Professionnel (DP) dans lequel le candidat a consigné les preuves de sa pratique professionnelle. / 3. Des résultats des évaluations réalisées en cours de formation lorsque le candidat évalué est issu d'un parcours de formation. / 4. De l'entretien final. / L'ensemble de ces éléments fonde la décision du jury pour la délivrance du titre. ". Aux termes de l'article 6 relatif aux réclamations et voies de recours de l'arrêté du 21 juillet 2016 portant règlement général des sessions d'examen pour l'obtention du titre professionnel : " Les irrégularités affectant les conditions d'organisation ou de déroulement des sessions d'examen, constatées par un candidat ou un membre du jury sont signalées immédiatement au responsable de l'unité départementale sous l'autorité duquel la session est organisée. / Celui-ci peut prononcer l'annulation de la session d'examen par décision motivée. / Lorsqu'un candidat conteste la régularité des conditions d'organisation ou de déroulement d'une session d'examen et que le responsable de l'unité départementale refuse de prononcer l'annulation de la session d'examen, ce refus peut faire l'objet d'un recours hiérarchique, devant le ministre chargé de l'emploi. () ".

4. Selon l'article 3 de l'arrêté du 3 novembre 2016 modifiant l'arrêté du 19 février 2004 modifié relatif au titre professionnel de vendeur(se)-conseil en magasin : " Le titre professionnel de vendeur (se)-conseil en magasin est composé des deux unités constitutives suivantes :1. Développer sa connaissance des produits et contribuer à l'animation de l'espace de vente ; / 2. Vendre et conseiller le client en magasin ; / Elles sont sanctionnées par des certificats de compétences professionnelles (CCP) dans des conditions prévues par l'arrêté du 22 décembre 2015 susvisé. ". Selon l'annexe relative aux informations requises pour l'inscription au répertoire national des certifications professionnelles de cet arrêté : " () Capacités attestées et descriptif des composantes de la certification : / 2. Vendre et conseiller le client en magasin. /

Mener un entretien de vente de produits et de prestations de services en magasin. /

Consolider l'acte de vente lors de l'expérience client en magasin. / Prendre en compte les objectifs fixés pour organiser sa journée de vente. ".

5. Il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'appréciation souveraine portée par un jury sur un candidat dès lors que cette appréciation a été portée dans des conditions conformes au règlement de l'examen et qu'elle ne repose pas sur des faits étrangers aux mérites du candidat.

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la grille d'évaluation du titre professionnel en litige, que le jury a estimé que Mme B ne maîtrisait pas suffisamment les trois capacités de l'unité constitutive " vendre et conseiller le client en magasin " citées au point 4. Le procès-verbal du jury fait état de ce que son apprentissage au sein de l'enseigne Promocash ne lui a pas donné l'opportunité de mettre en pratique cette compétence et qu'elle a été mal orientée dans le choix de cette entreprise. Cette circonstance a été prise en considération dans l'évaluation de ses mérites au titre de l'appréciation de la cohérence de son comportement avec le métier. S'il est constant que Mme B a été orientée vers l'entreprise Promocash par une conseillère de l'équipe pédagogique de l'IBEP, cette circonstance est sans incidence sur la conformité de l'épreuve au règlement de l'examen et n'est pas étrangère aux mérites de l'intéressée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision du jury serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté comme inopérant.

7. En second lieu, la requérante soutient que deux de ses collègues qui ont suivi la même formation, en même temps qu'elle, ont obtenu leur titre professionnel alors qu'elles ont effectué leur apprentissage dans des entreprises de grande distribution comparable au magasin Promocash où elle a effectué le sien. L'intéressée doit être regardée comme invoquant une rupture d'égalité de traitement avec d'autres candidats aux sessions d'examens du titre professionnel en litige. Toutefois, la requérante, qui n'assortit son allégation d'aucune pièce justificative, n'établit pas avoir été dans une situation identique à celle de ses collègues. Par suite, le moyen tiré d'une rupture d'égalité de traitement de la requérante avec d'autres candidats de sa formation doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du travail et de l'emploi.

Une copie en sera adressée pour information à la préfecture de la région Bretagne.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

Le président,

signé

E. BerthonLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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