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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205536

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205536

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205536
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022, M. B C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2022 par lequel le préfet du Finistère lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été notifiée irrégulièrement dès lors qu'il ne bénéficiait pas de l'assistance d'un interprète ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de M. A au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

1. En premier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative n'affectent pas sa légalité et n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux. M. C ne peut donc utilement soutenir que l'arrêté attaqué aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il lui aurait été notifié dans une langue qu'il ne comprend pas et sans avoir recours à un interprète. Par suite, le moyen tiré de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

2. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, après avoir rappelé les textes applicables, se fonde sur la circonstance que M. C, de nationalité algérienne, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2019, qu'il a été interpellé le 30 octobre 2022 pour des faits de détention de stupéfiants et de marchandises contrefaites, qu'il ne présente aucun document d'identité, ne justifie pas avoir effectué des démarches de régularisation de sa situation, qu'il n'a pas de famille en France et travaille irrégulièrement. Par suite, le moyen d'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté, qui mentionne l'ensemble des motifs de droit et des circonstances de fait le fondant, ne peut qu'être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

3. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que si M. C soutient que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au motif qu'il a été pris en charge de l'aide sociale à l'enfant en qualité de mineur isolé le 27 juin 2019, qu'il a effectué une formation en plomberie, qu'il est en couple à la date d'introduction de la requête depuis un an et a des projets avec sa compagne, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer ces allégations. En outre, s'il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition par les services de la police nationale produit par le préfet du Finistère que M. C a entamé une formation en plomberie qu'il a arrêtée avant son terme et qu'il travaille illégalement comme livreur, ces éléments ne sont pas suffisant à démontrer que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

5. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation du préfet des conséquences son arrêté sur la situation personnelle de M. C doit également être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

7. Si M. C invoque la méconnaissance des dispositions citées au point 6 en invoquant la circonstance qu'aucune question ne lui a été posée sur son état de santé et que l'arrêté ne fait pas mention de son hospitalisation ou d'une intervention chirurgicale à venir, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer que son état de santé nécessité une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins en Algérie il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite le moyen ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 octobre 2022 par lequel le préfet du Finistère lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

Le rapporteur,

signé

C. A

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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