vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205566 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2022, M. F A et Mme C B, représentés par Me Le Bihan, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 août 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de cesser le versement de leurs conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de les rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles à compter du 26 août 2022, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 800 euros au profit de leur conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision litigieuse :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Grondin a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A et Mme B, ressortissants guinéens respectivement nés les 8 octobre 1993 et 29 juillet 1997, sont entrés sur le territoire national le 8 novembre 2021, accompagné de leur fils, et ont présenté une demande d'asile le 25 novembre 2021. Ils ont accepté l'offre des conditions matérielles d'accueil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 25 novembre 2021. Ne s'étant pas présentés en préfecture pour organiser leur transfert vers l'Espagne, Etat responsable du traitement de leurs demandes d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil leur a été retiré par une décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 26 août 2022. Par la présente requête, M. A et Mme B demandent au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de son article D. 551-18 : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. / () ".
3. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme E D, directrice territoriale à Rennes de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficiait d'une délégation de signature régulière, conformément à la décision du 15 janvier 2019 publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constitue la base légale. Elle contient donc les considérations de droit qui en constituent le fondement. Par ailleurs, elle relève que les requérants n'ont pas respectés l'obligation de se présenter aux autorités, et qu'ils ne justifient pas des raisons pour lesquelles ils n'ont pas respecté les obligations auxquelles ils avaient consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge. La décision ajoute que l'évaluation de leur situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître un facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Dans ces conditions la décision litigieuse, elle comporte une motivation suffisante en fait et en droit pour permettant aux intéressés de comprendre les raisons pour lesquelles les conditions matérielles d'accueil ont été supprimées et au juge de statuer en toute connaissance de cause. A ce titre, si les requérants se prévalent de ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne fait pas état de la présence en France de leur fils dont l'état de santé l'empêcherait de voyage, ils n'ont produit aucune pièce attestant de ce qu'ils avaient informé l'administration de la situation de leur enfant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de la décision attaquée, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de la vie privée et familiale des requérants mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision, a procédé à un examen particulier de la situation personnelle des intéressés.
6. En dernier lieu, il est constant que M. A et Mme B ne se sont pas présentés à l'embarquement du vol qui leur avait été réservé à destination de Madrid le 28 juin 2022 et que, ce faisant, ils n'ont pas respecté leur obligation de présentation aux autorités. Si les intéressés font valoir que l'état de santé de leur enfant constitue un motif légitime de soustraction à cette obligation, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que son état de santé et ses troubles du comportement soient effectivement incompatibles avec un vol en avion, d'une durée d'environ 3 h 30, le certificat médical produit n'étant pas circonstancié ni étayé sur ce point, alors même, au demeurant, que si le diagnostic médical a été récemment posé, les troubles de leur enfant préexistaient à leur arrivée sur le territoire français et n'ont pas empêché leur voyage. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les intéressés ont fait valoir auprès des autorités compétentes qu'un voyage en avion leur paraissait inenvisageable, pas davantage qu'ils n'ont proposé d'exécuter la mesure de transfert par un autre moyen de transport que l'avion. Il est par ailleurs constant que les intéressés n'ont pas produit d'observations devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en réponse à l'intention qui leur a été notifiée de cesser le versement des conditions matérielles d'accueil. Enfin, la décision en litige n'a ni pour objet, ni pour effet, de mettre fin ou d'empêcher la prise en charge pluridisciplinaire dont est susceptible de bénéficier leur enfant et que son état de santé requiert. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à solliciter l'annulation de la décision du 26 août 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de cesser le versement de leurs conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A et Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme de 1 800 euros sollicité par M. A et Mme B au profit du conseil au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A et Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, Mme C B, Me Le Bihan et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Grondin, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
T. Grondin
Le président
signé
C. Radureau
La greffière d'audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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