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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205585

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205585

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 novembre 2022 et 8 octobre 2024, Mme A C, représentée par la SARL Martin avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Languidic s'est opposé à la déclaration préalable déposée pour la division en deux lots à bâtir de la parcelle cadastrée section YA n° 185 située 3 Lann Vrehan à Languidic, ainsi que la décision du 30 août 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Languidic d'édicter une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Languidic la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué, qui doit être regardé comme une décision de retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable née le 27 mai 2022, est entaché d'un vice de procédure, à défaut d'avoir été précédé de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation en l'absence de motivation en fait ;

- le motif opposé dans l'arrêté attaqué est erroné dès lors que le classement en zone Ah de la parcelle en cause par le plan local d'urbanisme de la commune de Languidic n'étant pas incompatible avec le schéma de cohérence territoriale du Pays de Lorient, il n'y a pas lieu d'écarter l'application du règlement de ce plan et d'apprécier la régularité du projet en litige au regard du règlement national d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, la commune de Languidic, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que l'arrêté attaqué constitue une décision purement confirmative de la décision d'opposition à déclaration préalable du 22 juillet 2021 ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Laville-Colomb, représentant Mme C, ainsi que celles de Me Messéant, représentant la commune de Languidic.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 avril 2023, Mme A C a déposé une déclaration préalable pour la division en deux lots à bâtir de la parcelle cadastrée section YA n° 185 située 3 Lann Vrehan sur le territoire de la commune de Languidic (Morbihan). Par un arrêté du 27 mai 2022, le maire de cette commune s'est opposé à cette déclaration préalable. Par courrier du 25 juillet 2022 reçu le lendemain, Mme C a présenté un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, lequel a été rejeté par une décision du 30 août 2022. Par la présente requête, elle demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Si la commune de Languidic soutient que la requête est irrecevable au motif que la décision attaquée serait purement confirmative d'une précédente décision d'opposition à déclaration préalable du 22 juillet 2021 portant sur le même projet et se fondant sur des motifs identiques, il ressort des pièces du dossier que, outre que le périmètre des lots projetés n'est pas strictement identiques, la précédente déclaration préalable avait été déposée non pas par Mme C mais par la société de géomètres-experts SELARL Nicolas associés " pour le compte des consorts B ". Or il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas même allégué que Mme C aurait été concernée par le dépôt de la déclaration préalable qui a donné lieu à la décision du 22 juillet 2021. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut être qu'écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / () ". La décision portant retrait d'une décision de non-opposition à déclaration préalable est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de ces dispositions et qui doivent, par suite, être précédées d'une procédure contradictoire.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du tampon de la mairie de Languidic apposé sur le formulaire de la déclaration préalable déposée par Mme C et des termes de la décision attaquée, que cette déclaration a été reçue en mairie le 27 avril 2022, de sorte qu'une décision tacite de non-opposition est intervenue le 27 mai suivant. Or, il ressort de l'enveloppe de la lettre de notification de l'arrêté attaqué reproduite dans les écritures de la requérante que ce courrier n'a été posté par les services de la commune de Languidic que le 1er juin 2022. Si cette dernière fait valoir qu'il n'est pas démontré que cette enveloppe correspondrait à l'envoi de l'arrêté attaqué, le numéro d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception qui y figure est identique à celui correspondant au feuillet " preuve de distribution " de ce courrier recommandé, dont l'expéditeur est la mairie de Languidic, qui est adressé à la requérante et qui comporte la référence à la déclaration préalable en litige. Dans ces conditions, et alors que la commune de Languidic n'apporte aucune précision sur la date à laquelle aurait eu lieu, selon elle, la notification en cause, cette dernière doit être regardée comme étant nécessairement intervenue postérieurement au 1er juin 2022, de sorte que l'arrêté attaqué doit être regardé comme une décision de retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable née le 27 mai 2022. Il s'ensuit que Mme C, qui peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire de Languidic aurait été en situation de compétence liée pour retirer la décision tacite de non-opposition, est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, à défaut d'avoir été précédé par une procédure contradictoire.

5. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Languidic s'est opposé à la déclaration préalable déposée par Mme C pour la division en deux lots à bâtir de la parcelle cadastrée section YA n° 185.

6. Il résulte de tout ce qui précède que cet arrêté du 27 mai 2022 doit être annulé, de même que, par voie de conséquence, la décision du 30 août 2022 rejetant le recours gracieux de la requérante.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

8. Lorsqu'une décision créatrice de droits est retirée et que ce retrait est annulé, la décision initiale est rétablie à compter de la date de mise à disposition de la décision juridictionnelle prononçant cette annulation.

9. Ainsi qu'il a été dit au point 4, la déclaration préalable de Mme C a fait l'objet le 27 mai 2022 d'une décision tacite de non-opposition, une telle décision présentant le caractère d'une décision créatrice de droits. Par suite, en application du principe mentionné au point précédent, le présent jugement a pour effet de rétablir cette décision à compter de sa date de mise à disposition. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de la commune de Languidic de délivrer à Mme C une décision de non-opposition ou de réexaminer son dossier doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Languidic le versement de la somme de 1 500 euros à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme à la commune de Languidic au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Languidic du 27 mai 2022 et la décision du 30 août 2022 rejetant le recours gracieux de Mme C sont annulés.

Article 2 : La commune de Languidic versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Languidic.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Labouysse, président,

M. Bouju, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

D. Labouysse

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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