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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205600

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205600

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2022, Mme E B, représentée par Me Buors, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 20 octobre 2022 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou, à défaut, d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder à un nouvel examen de sa demande dans le même délai ;

4°) d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte de 300 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros à Me Buors au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les article L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le père de son enfant français contribue à son entretien et à son éducation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 février 2023 et 27 juin 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Vu la décision du 22 décembre 2022 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Albouy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante comorienne née en 1987, qui est entrée irrégulièrement en France métropolitaine le 3 octobre 2020, a sollicité, le 21 juillet 2022, auprès des services de la préfecture du Finistère, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision attaquée, du 20 octobre 2022, le préfet du Finistère a refusé de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Finistère a donné délégation à M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture du Finistère et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exclusion des arrêtés de délégations de signature et des évaluations des directeurs et chefs de service de l'État. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne l'ensemble des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet du Finistère a décidé de refuser à Mme B le titre de séjour sollicité. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de sa motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

5. Aux termes de l'article 316 du code civil : " Lorsque la filiation n'est pas établie dans les conditions prévues à la section I du présent chapitre, elle peut l'être par une reconnaissance de paternité ou de maternité, faite avant ou après la naissance. / La reconnaissance n'établit la filiation qu'à l'égard de son auteur. / Elle est faite dans l'acte de naissance, par acte reçu par l'officier de l'état civil ou par tout autre acte authentique. / () ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. : () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a une fille, A, de nationalité française, née en mars 2016 à Mayotte et reconnue par son père de nationalité française, M. C, dès le 15 décembre 2015 auprès des services de mairie de Pierre-Bénite (Rhône), en application de l'article 316 du code civil. Le préfet du Finistère a apprécié le droit au séjour en métropole F B au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de sa fille française, après avoir estimé qu'elle n'établissait pas la contribution effective de M. C, résidant à Marseille, à l'entretien et à l'éducation de leur fille. Pour contester cette dernière appréciation, Mme B fait valoir que M. C lui adresse un mandat de 50 euros tous les mois afin de contribuer à l'entretien et à l'éducation de leur fille et qu'il est en contact régulier avec cette dernière. Elle souligne que, lorsqu'elle résidait en région lyonnaise, M. C venait leur rendre visite chaque vendredi. La contribution effective à l'entretien et à l'éducation prévue à l'article L. 423-8 le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'apprécie sans condition de durée, mais à la date de la décision attaquée et, en l'absence d'une décision de justice relative à cette contribution, au regard du comportement du parent concerné durant les mois ayant précédé cette décision. Si, par les pièces qu'elle produit, Mme B établit avoir perçu de M. C, entre mai 2019 et mai 2023, des sommes d'argent qui peuvent être regardées comme lui ayant été versées pour l'entretien de leur fille, elle ne justifie avoir perçu en 2021 qu'un montant total de 146 euros et au cours de l'année 2022 et jusqu'à la date de la décision attaquée uniquement 250 euros. Mme B n'apporte aucune précision quant aux ressources de M. C durant cette période et ne permet donc pas au tribunal d'apprécier si le père de sa fille contribuait alors à proportion de ses ressources à son entretien et par suite de manière effective, alors que les montants relevés sont très modestes. Par ailleurs, la production de billets de bus et de train démontrant que M. C est venu chercher la jeune A C, à la mi-décembre 2022 afin qu'elle séjourne à Marseille jusqu'au 4 janvier 2023, soit postérieurement à l'introduction de la requête, ne permet pas de regarder comme établi la contribution de M. C à l'éducation de sa fille à la date de la décision attaquée. Il en est de même de la production de cartes d'embarquement relatives à un voyage aller et retour entre Marseille et Brest, du 19 au 28 mai d'une année indéterminée. Au demeurant, dans son attestation établie le 27 octobre 2022, postérieurement à la décision attaquée, M. C a fait uniquement mention de visites remontant à la période durant laquelle Mme B résidait en région lyonnaise, sans cependant en justifier, et a indiqué avoir prévu de rendre visite à sa fille à Quimper, sans faire état de contacts récents entre eux. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en estimant que M. C ne participait pas, à la date de la décision attaquée, à l'entretien et à l'éducation de sa fille, le préfet du Finistère aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, Mme B qui est née en 1987, a en plus de sa fille A, un fils aîné majeur, Yousra D, né en mars 2003 aux Comores et de nationalité comorienne, un second fils, G D, né en décembre 2013 qui vit au Comores chez sa grand-mère et une seconde fille, de nationalité comorienne, née en juillet 2021 à Lyon, qui n'a pas été reconnue par son père. Elle n'apporte aucune précision sur le lieu où résiderait le père de ses deux fils. Ses parents vivent aux Comores avec cinq de ses frères et sœurs et elle aurait un cousin en Bretagne. Elle a séjourné à Mayotte depuis une date qu'elle ne précise pas et, en tout état cause, depuis au moins le mois de mars 2016 et y a obtenu un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, valable, du 10 août 2020 au 9 août 2021, uniquement pour le département de Mayotte, qui ne lui permettait pas, sans autorisation spéciale, d'entrer régulièrement en métropole. Elle est arrivée en métropole le 3 octobre 2020, soit seulement deux ans avant la décision attaquée. Si elle fait valoir qu'elle a travaillé en intérim dans une conserverie dès lors qu'elle a été titulaire d'un récépissé de dépôt d'une demande de titre de séjour lui permettant de travailler et que ses deux filles sont scolarisées, elle ne fait état d'aucune intégration particulière en France. Elle produit d'ailleurs, un courrier rédigé par une assistance sociale le 3 octobre 2022 soulignant qu'elle est sans ressource et hébergée dans un hôtel par le département du Finistère et qu'elle a besoin d'une prise en charge par les associations caritatives. Si elle a produit, en dernier lieu et sans en faire mention dans ses écrits, un document manuscrit se présentant comme une attestation qui aurait été délivrée le 28 septembre 2016 par un secrétaire greffier du tribunal du cadi d'Oichili à Koimbani, certifiant que M. C aurait contracté avec Mme B un mariage religieux, le 26 mai 2015, ce document, qui contredit les propos de la requérante qui ne s'est jamais présentée comme l'épouse d'un ressortissant français, est dépourvu de force probante. Au demeurant, Mme B n'a jamais fait état d'une vie commune ou d'une relation sentimentale avec M. C. Enfin, il n'est pas établi que ses enfants qui étaient scolarisés en France depuis deux ans à la date de l'arrêté attaqué ne pourraient pas poursuivre leur scolarité aux Comores. Au regard de l'ensemble de ces éléments et notamment du caractère récent de la présence en France de la requérante, le préfet du Finistère n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des faits relatés aux points 7 et 8, que le préfet du Finistère aurait omis d'attacher une considération primordiale à l'intérêt supérieur des enfants mineurs F Mme B en prenant la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête F B tendant à l'annulation de la décision du 20 octobre 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête F B présentées aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, la demande présentée par Mme B sur leur fondement doit être rejetée

D É C I D E :

Article 1er : La requête F B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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