vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205615 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 novembre 2022, M. C B représenté par Me Maony, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2022 par lequel le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet du Finistère, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et ce, dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;
- elle méconnaît le second alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît le premier alinéa l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de cet article ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination :
- l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité qui entache le refus de titre de séjour ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Maral substituant Me Maony.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né en 1984 est entré irrégulièrement en France en 2009 selon ses déclarations. Le 19 mai 2022 il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 3 octobre 2022, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il décrit la situation administrative de M. B ainsi que les principaux éléments de sa situation personnelle. Cette motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté établissent que le préfet a procédé à un examen suffisant de la situation de M. B, la circonstance que les dates de décès de son père et de son grand-père sont inexactes et celle que l'arrêté ne fait pas état des démarches entreprises par M. B durant son séjour en France pour obtenir des renseignements sur le décès de son grand-père durant la seconde guerre mondiale, n'étant pas de nature à établir une insuffisance d'examen. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et d'un défaut d'examen complet de la situation du requérant doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". Aux termes de l'article L. 432-13 de ce code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. "
4. M. B soutient être entré en France en 2009 et y résider habituellement depuis plus de dix ans. Toutefois le requérant qui ne justifie pas de sa présence en France en 2009 et en 2010, ne verse au titre des années 2011 à 2014 que deux ordonnances médicales pour chacune de ces années et quelques bulletins de salaire pour l'année 2011 qui ne permettent pas d'établir la résidence habituelle de M. B sur le territoire français au cours de cette période. Dans ces conditions, la résidence habituelle en France de M. B depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué n'étant pas établie, le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission de séjour doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
6. M. B fait valoir que sa présence en France était motivée par la présence de son père titulaire d'une carte de résident et par les recherches qu'il souhaitait entreprendre sur le décès de son grand-père mort pour la France durant la première guerre mondiale. Toutefois il est constant que le grand-père et le père de M. B sont décédés respectivement en 1986 et en 2020, et que l'intéressé ne dispose pas en France d'autres membres de sa famille. Si M. B justifie d'un contrat à durée déterminée du 1er mai 2011 au 31 août 2011 dans une entreprise spécialisée en bâtiments, de son embauche ponctuelle à compter de 2018 en qualité de travailleur saisonnier auprès d'un maraîcher et d'une promesse d'embauche pour un emploi saisonnier du 1er mars au 31 août 2023, ces éléments sont insuffisants pour caractériser une intégration sur le territoire français. Il n'est pas par ailleurs établi que M. B, célibataire et sans enfant serait dépourvu de toute attache familiale et personnelle en Tunisie où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Dans ces conditions en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Finistère n'a pas méconnu les dispositions de cet article.
7. En quatrième lieu, si les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 3 permettent à l'autorité préfectorale de délivrer, au titre de l'admission exceptionnelle au séjour la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", cette faculté est toutefois subordonnée à la condition que l'admission au séjour du demandeur réponde à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Les éléments de la situation personnelle de M. B telle que décrits au point précédent, ne permettent pas de caractériser de telles considérations ou de tels motifs au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit donc être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de cet article et de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation par le préfet du Finistère de ses conséquences sur la situation de M. B doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination :
9. En premier lieu, l'illégalité du refus de séjour opposé à M. B n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de ce refus, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.
10. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête doivent être rejetées y compris celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.
La rapporteure,
signé
A. ALe président,
sgné
N. TronelLa greffière d'audience,
signé
E. Fournet
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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