mercredi 15 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205664 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS MAIRE TANGUY SVITOUXHKOFF HUVELIN GOURDIN NIVAULT |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2205664 le 9 novembre 2022, et un mémoire enregistré le 22 mars 2024, M. B A, représenté par la Selarl Maire - Tanguy - Svitouxhkoff - Huvelin - Gourdin - Nivault - Gombaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 juin 2022 par laquelle le recteur de l'académie de Rennes a refusé le renouvellement de son contrat à la rentrée scolaire 2022/2023, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 15 juin 2022 méconnaît l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 dès lors que le délai de prévenance d'un mois n'a pas été respecté ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la possibilité de consulter son dossier individuel et de présenter des observations ;
- elle constitue une sanction déguisée en raison des faits qui lui sont reprochés dans le cadre d'une procédure disciplinaire dès lors qu'il avait donné satisfaction et que l'inspecteur pédagogique régional d'économie-gestion avait initialement donné un accord au renouvellement de son contrat avant de changer d'avis une fois que les faits litigieux eurent été portés à sa connaissance ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les propos à connotation sexuelle qui lui ont été attribués ne sont pas établis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2206387 le 19 décembre 2022, et un mémoire enregistré le 22 mars 2024, M. B A, représenté par la Selarl Maire - Tanguy - Svitouxhkoff - Huvelin - Gourdin - Nivault - Gombaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du recteur de l'académie de Rennes du 22 août 2022 lui infligeant un blâme, ensemble la décision du 10 novembre 2022 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le recteur ayant refusé de renouveler son contrat à durée déterminée, il ne peut être sanctionné deux fois à raison des mêmes faits ;
- la décision lui infligeant un blâme est entachée d'inexactitude matérielle des faits ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il a toujours donné entière satisfaction depuis son recrutement et qu'aucun des élèves d'une autre classe ne s'est plaint de son comportement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ambert,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Gourdin, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté par contrat à durée déterminée, afin de faire face à une vacance temporaire d'emploi, à compter du 20 septembre 2021 en qualité de professeur d'économie-gestion option comptabilité et finances. Il a été affecté du 20 au 30 septembre 2021 au lycée Benjamin Franklin à Auray puis, à compter du 1er octobre 2021, au lycée polyvalent Alain René Lesage à Vannes pour y assurer un service de 18 heures hebdomadaires. Son contrat, initialement prévu jusqu'au 6 juillet 2022, a fait l'objet, le 15 juin 2022, d'une prolongation jusqu'au 31 août 2022. Par un courrier du 1er juin 2022, remis en mains propres le 16 juin 2022, une procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de M. A en raison de propos inappropriés à connotation sexuelle tenus auprès d'élèves de l'établissement. Le recteur de l'académie de Rennes a saisi, sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale, le procureur de la République de ces faits. Par une décision du 15 juin 2022, le recteur de l'académie de Rennes a informé M. A que son contrat à durée déterminée ne sera pas renouvelé à la rentrée scolaire 2022/2023. M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 12 juillet 2022, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par une décision du 22 août 2022, le recteur de l'académie de Rennes lui a infligé un blâme. M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 3 octobre 2022, lequel a été rejeté le 10 novembre 2022. Par les requêtes n° 2205664 et n° 2206387, M. A demande l'annulation des décisions des 15 juin 2022 et 22 août 2022 ainsi que des rejets des recours gracieux afférents. Ces requêtes présentent à juger des questions analogues. Il y a dès lors lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 juin 2022 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Lorsque l'agent non titulaire est recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'administration lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / () - un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à six mois et inférieure à deux ans / () Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième et quatrième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux effectués avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. () ".
3. Le non-respect du délai de prévenance ainsi fixé n'entache pas d'illégalité la décision de ne pas renouveler le contrat. Ainsi, le moyen tiré du non-respect du délai mentionné à l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 précité est inopérant.
4. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que M. A a été recruté pour exercer les fonctions d'enseignant d'économie-gestion par un contrat à durée déterminée du 20 au 30 septembre 2021, puis du 1er octobre 2021 au 6 juillet 2022. Son engagement a été renouvelé du 7 juillet 2022 au 31 août 2022 par un contrat à durée déterminée daté du 15 juin 2022. Par un courrier du 15 juin 2022, envoyé à deux reprises les 17 et 21 juin 2022, le recteur de l'académie de Rennes a informé M. A que son contrat à durée déterminée ne serait pas renouvelé à la rentrée scolaire 2022/2023. Le refus de renouvellement de son contrat ne court ainsi qu'à compter de la fin de sa prolongation, soit le 31 août 2022. Le courrier du 15 juin 2022, que M. A ne conteste pas avoir reçu, par lequel le recteur l'informe de son souhait de ne pas renouveler son contrat à compter de la rentrée scolaire 2022/2023, a ainsi respecté le délai de prévenance d'un mois prévu à l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 précité, en sorte que ce moyen doit donc, en tout état de cause, être écarté.
5. En deuxième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. L'administration ne peut toutefois légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service.
6. Il ressort des pièces du dossier que l'inspecteur d'académie, inspecteur pédagogique régional a demandé, par courriel électronique du 14 juin 2022, à modifier son avis émis au sujet du renouvellement du contrat de M. A. Il indique qu'il " semble pertinent de transformer l'avis initial en défavorable suite au rapport () sur la manière de servir de Monsieur A. Je trouve très délicat de lui confier une classe dans ces circonstances. Ces éléments constituent une alerte qui devra prévaloir tant que la lumière ne sera pas faite sur cette affaire, ceci dans l'intérêt des élèves et de l'institution ". Cette seule circonstance n'est pas de nature à établir que la décision du 15 juin 2022 constitue une sanction déguisée dès lors qu'elle se borne à prendre en compte des éléments portés à la connaissance du recteur justifiant, dans l'intérêt du service, et conformément aux principes rappelés au point précédent, de ne pas renouveler le contrat de M. A. Le moyen tiré de la méconnaissance des garanties inhérentes à une procédure de sanction ainsi que celui tiré de la disproportionnalité de celle-ci doivent ainsi être écartés.
7. En troisième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe général du droit n'imposent, à peine d'illégalité, que les décisions portant refus de renouvellement de contrat soient motivées, soient précédées d'un entretien préalable et que l'agent concerné soit invité à prendre connaissance de son dossier, dès lors que la mesure ne revêt pas un caractère disciplinaire.
8. Ainsi qu'il vient d'être dit au point 6, la décision de refus de renouvellement du contrat de M. A, datée du 15 juin 2022, ne revêt pas un caractère disciplinaire mais se justifie dans l'intérêt du service. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision et de l'absence de procédure contradictoire préalable est inopérant. Au surplus, M. A a, d'une part, en tout état de cause pu être entendu sur les faits litigieux lors de l'entretien qu'il a eu le 23 mai 2022 avec la proviseure du lycée, dont le rapport du même jour, envoyé au rectorat, relate les échanges. Il a, d'autre part, été informé, par un courrier du 1er juin 2022, qu'il allègue d'ailleurs n'avoir reçu que le 16 juin 2022, de la possibilité de consulter son dossier individuel et de présenter des observations.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 juin 2022 refusant de renouveler son contrat à la rentrée scolaire 2022/2023 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 août 2022 :
10. Aux termes de l'article 43-1 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal. () ". Aux termes de l'article 43-2 du même décret : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme () La décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. / Seul l'avertissement n'est pas inscrit au dossier de l'agent. Le blâme et l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours sont effacés automatiquement du dossier au bout de trois ans si aucune sanction n'est intervenue pendant cette période. () ".
11. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
En ce qui concerne la matérialité des faits :
12. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 23 mai 2022, la proviseure du lycée polyvalent Alain René Lesage à Vannes a adressé un rapport au rectorat à la suite d'un signalement effectué par les élèves délégués de la classe de terminale STMG 2 de ce lycée rapportant des propos déplacés à connotation sexuelle tenus par M. A à l'encontre de leurs camarades de classe de sexe féminin. Plusieurs témoignages d'élèves figurent au dossier. Une élève témoigne avoir été l'objet de propos déplacés tenus par M. A à l'occasion d'un cours d'enseignement technologique en langue vivante : " dommage que tu n'aies pas dix-huit ans ", ainsi que devant les portes des toilettes du lycée où M. A lui aurait déclaré : " Je serais bien venu avec toi mais on nous aurait vus ". Un autre élève relate qu'en mars 2022, alors qu'il était devant le lycée accompagné de trois filles, M. A lui aurait dit, en leur présence, " Tu veux laquelle des trois ' ". L'un des délégués indique qu'à l'occasion d'un cours d'espagnol en présence d'une autre professeure, plusieurs élèves se sont plaints du comportement de M. A. Le délégué rapporte que l'une des élèves a indiqué que M. A lui avait demandé " si elle avait un copain et si elle était active sexuellement ". Ce témoignage indirect est corroboré par le rapport du conseiller principal d'éducation du 19 mai 2022, qui relate s'être entretenu avec l'élève concernée à ce sujet. Ces propos déplacés à connotation sexuelle sont également corroborés par le rapport de la proviseure du lycée du 23 mai 2022 adressé au rectorat, qui relate les propos d'un professeur, présent durant l'entretien de M. A du même jour avec la proviseure et son adjointe : " Après le départ de M. A, il a tenu à nous dire qu'il avait personnellement été un témoin gêné de propos déplacés de M. A envers une jeune fille. ". La proviseure du lycée conclut son rapport du 23 mai 2022 en indiquant : " L'insistance de M. A pour expliquer qu'il prend toujours des précautions pour ne pas être seul avec une élève a paru curieuse. Ses réponses interpellent de même que son attitude. Il donne l'impression d'être flatté et se sourit à lui-même. Un malaise s'est installé pendant l'entretien, en particulier lorsqu'il a évoqué les propositions que lui ferait une élève de terminale (qui ne figure pas parmi les élèves qui ont témoigné) ". Compte tenu de ces éléments, issus de sources diverses et concordants, la décision du 22 août 2022 infligeant un blâme à M. A en raison de propos inappropriés à connotation sexuelle envers des élèves de l'établissement n'est pas entachée d'inexactitude matérielle des faits.
En ce qui concerne la proportionnalité de la sanction :
13. Aux termes de l'article L. 121-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. ". Aux termes de l'article L. 111-3-1 du code de l'éducation : " L'engagement et l'exemplarité des personnels de l'éducation nationale confortent leur autorité dans la classe et l'établissement et contribuent au lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l'éducation. () ".
14. Les propos à connotation sexuelle que M. A a tenus auprès d'élèves de sexe féminin d'une classe de son établissement constituent un manquement à ses obligations de dignité et d'exemplarité qui pèsent sur lui en raison de sa qualité d'enseignant. La circonstance que les élèves d'une autre classe ne se soient pas plaints de son comportement est sans incidence à cet égard. Un tel manquement est de nature à justifier le prononcé d'une sanction disciplinaire à son encontre. Eu égard aux faits reprochés rappelés au point 12, le recteur de l'académie de Rennes n'a pas pris, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, une sanction disproportionnée en décidant de lui infliger un blâme. M. A n'est ainsi pas fondé à soutenir que la décision du 22 août 2022 est entachée d'une erreur d'appréciation.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 août 2022 infligeant un blâme et de la décision du 10 novembre 2022 rejetant le recours gracieux doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera délivrée pour information au recteur de l'académie de Rennes.
Délibéré après l'audience du 17 avril 2024 à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
A. AmbertLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2205664, 2206387
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
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